‹ NapolineChapitre 48 sur 75 · DE SORRENTE · texte numérisé non relu

DE SORRENTE

Que sa voix est touchante , Quand elle dit : Demain !

Chacun cherche à lui plaire j Moi seul suis écouté :

Tous craignent sa colère; Je ris de sa fierté.

Les filles de Sorrente Imitent ses atours , Son corsage amarante Aux lacets de velours.

Les bandeaux d'une reine Sont bien moins enviés Que les nattes d'ébène Qui tombent à ses pieds.

i44 LE PÊCHEUR

L'éclat d'une couronne Tenterait moins mes voeux Qu'un bouton d'anémone Caché dans ses cheveux.

Tous ces mets qu'on arrange Pour la table des rois , Valent-ils une orange Que partagent ses doigts?

Rien ne me fait envie ; Tout réjouit mon cœur, Et j'ai fait de la vie Un long jom^ de bonheur.

Jamais je ne prolonge Les heures du sommeil ;

DE SORRENTE. i4o

Il n'est point d'heureux songe Qui vaille mon réveil.

Je prie, et Dieu m'enA^oie Ce que j'ai désiré, Et c'est encor de joie Qu'un seul jour j'ai pleuré.

Ah! si Dieu, que j'adore, Au ciel m'a destiné.

J'y veux choisir encore Tout ce qu'il m'a donné.

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LE

|3ecl)^ur tt'3Mant>e.

Ce pcï)(\xv ïi'Jôlttuîiir.

Islande, noir rivage, Dans l'Océan^perdu, Par l'effroi de ta plage Ton peuple est défendu;

i5o LE PÊCHEUR

Nul vaincfueur sur tes cimes N'osa dresser son camp; Tes ports sont des abîmes , Et ton phare, un volcan!

Mon coeur, dans ces campagnes, Ne craint pas d'ennemis; Les hôtes des montagnes A mes lois sont soumis.

Mon dard atteint sous l'onde Le tyran de nos mers; Un caillou de ma fronde Abat le roi des airs.

J'aime les précipices Où j 'affronte la mort.

Quand l'heure des délices M'attend sur l'autre bord;

D'ISLANDE. i5i

Et je plains l'homme esclave Qui ne peut chaque jour, Par les dangers qu'il brave, Prouver tout son amour.

Elvina sut me plaire; J'avais mille rivaux, Et j'annai ma colère Pour des combats nouveaux :

Mais, cachant en lui-même Un regret insolent, Chacun sait que je l'aime....

Et l'admire en tremblant.

Quand mon bras la protège, Que j'aime les frimas!

Que j'aime sur la neige L'empreinte de ses pasi

i52 LE PÊCHEUR

Les tapis de fougère M'oilriraleiit moins d'attraits :

Là, sa marche légère Sans traces passerait.

De vos fécondes gerbes Je ne suis point jaloux; De vos pampres superbes.

Français, enivrez-vous; Vos chants, votre folie, Votre amère gaîté.

De ma mélancolie N'ont pas la volupté!

Qu'un vin brûlant vous livre A l'oubli du passé, Mieux (jue vous je m'enivre Du lait qu elle a versé;

D'ISLANDE. i53

Et ma coupe rustique Se change en yase d'or, Quand sa lèvre pudique En a touché le bord.

De vos bois solitaires Les ombrages trompeurs Valent-ils les mystères De nos blanches vapeurs?

Là, ma joie inconnue Se cache à tous les yeux; Habitant de la nue.

Je me crois dans les cieux !

LE

Uève &'un^ \mne Jille.

Cf l^he îr'utu \eme Mit

Àvez-vous quelques nouveaux vers à me dire ? — r Non ; je ne travaille pas depuis quelque temps.

— Cela est impardonnable.

— Eh bien, donnez-moi un sujet; je le commencerai, si

vous me promettez de le finir.

-^ Soit : le Rêve d'une jeune Fille.

Conversation.

L'alouette, au matin répondant la première, S'élève du sillon pour héler la lumière; C'est l'heure où, sur nos yeux, la langueur du sommeil Prête à s'évanouir, lutte avec le réveil;

i58 LE RÊVE

Où les songes légers que l'aube fait éclore Se lèvent de nos cœurs, rians comme l'aurore; Où déjà, transparens, nos rêves ne sont plus Qu'un fantôme animé de nos désirs confus !

J'avais laissé bien loin les écueils de la vie; Je touchais à la rive , et voyais sans envie Mille fraîches beautés éclore en leur saison, A ce soleil, poui^ moi si bas à l'horizon! L'espoir qui les guidait, en les trompant sans cesse, N'était plus dans mon coeur qu'un parfum sans ivresse. Le mien, d'un monde à l'autre avait déjà monté; Immuable, il planait dans l'immortalité!

Mais un astre plus pâle, et dont l'éclat que j'aime Prête, comme la lune, un jour à la nuit même. Le souvenir, dorant les sentiers du lointain , Rappelait mes regards du côté du matin,

D'UNE JEUNE FILLE. i5g

Et, ranimant pour moi de chères existences,

De tombeaux en tombeaux me marquaient les distances.

Mes regrets adoucis s'y posaient sans frémir.

Us dorment.... auprès d'eux j'irai bientôt dormir!

Ces regrets qu'en marchant nous laissons en arrière,

Ces vides que la mort fait dans notre carrière,

Ces blessures du temps sont moins tristes le soir.

On est plus près de l'heure où l'on doit tout revoii-,

Et chaque amour éteint, chaque amitié ravie,

Seml)le un gage de plus qu'on jette à l'autre vie!

Mon front avec candeur portait ses cheveux blancs ; Je ne rougissais pas de ces traces des ans. Les vieux jours ont leur neige aussi qui les décore; Le couchant d'un ciel pur n'en vaut-il pas l'aurore.'' Chaque ride h mon front ajoutait un respect; La majesté du temps parlait dans mon aspect;

i6o LE RÊVE

Les enfans à mon col aimaient à se suspendre, Montaient sur mes genoux, et pleuraient d'en descendre,

Alphonse de Lamartine.

Car j'avais abdiqué le droit de les punir, Et mes tremblantes mains ne savaient que bénir. La jalouse beauté me voyait sans alarmes; L'amom' me confiait son espoir et ses larmes. J'étais heureuse et vieille en mon vague sommeil ; Bonheur pur.... qu'a détruit un rayon du soleil! Enlevée aux douceurs d'une paix mensongère. Soudain je vois des fleurs, une écharpe légère. Et des rubans d'azur, et des parures d'or. Que le soleil rendait plus brillantes encor; Puis ma robe de bal aux rideaux suspendue ! . . . Et voilà ma jeunesse à ses ennuis rendue!

D'UNE JEUNE FILLE. i6i

Que de soins fatigans pour être belle un soir ! Briller eslr-il un but? Plaire est-il un devoir? Que je hais de ces soins l'importance futile,

La parure si longue et peut-être inutile!

Que je hais ces beaux ans follement enviés, Et tous ces vains plaisirs, si souvent expiés! Cet âge de l'espoir, ce printemps qu'on regrette, Ne promet que tristesse à mon âme inquiète. Jeune , — je sais déjà qu'en nos sombres destins Les beaux jours sont douteux, — les orages certains ; Que d'inutiles voeux nos âmes sont bercées, Qu'on nomme illusions mes plus douces pensées, Qu'il naît d'amers chagrins sous d'innocens plaisirs. Qu'il faut se défier de ses plus purs désirs ! . . . Semblable au voyageur qui s'arrête.... et qui doute,

Tremblante à chaque pas, je demande ma route

Il presse comme moi les ennuis du chemin , Les fatigues du jour, celles du lendemain.

i62 LE RÊVE

AA'aiit de commencer son dur pèlerinage ,

Il sait quels ennemis l'attendent au passage;

Il prévoit les dangers qui vont le menacer,

Les fleuves à franchir, les monts à traverser; —

Il sait qu'il est des champs sans ruisseaux et sans ombre,

Qu'il pourra s'égarer dans quelque forêt sombre;

Qu'à l'heure du péril nul n'entendra sa voix.

Que son bâton noueux se brisera vingt fois , ;

Et qu'il faudra souvent, dans ce voyage aride,

Quitter ses compagnons, — et soupçonner son guide! . .

Comme lui je m'afflige, et l'aspect du danger.

Même avant le départ, vient me décourager;

Ma jeunesse déjà, de crainte poursuivie, •

Calcule tristement la longueur de ma vie.

Un si vaste avenir m'inspire de l'eflfroi;

Tout ce que j'aime, hélas! doit mourir avant moi

D'UNE JEUNE FILLE. i63

Peut-être qu'au foyer, me laissant solitaire, Je verrai mes amis dispersés sur la terre; L'un fuira loin de moi , par le sort emporté; L'autre, en mon désespoir mettra sa vanité. Mes compagnes, suivant des routes dangereuses, Peut-être m'oublîront — en devenant heureuses!.. Peut-être que l'erreur, mi' entraînant sans retour. Je deviendrai frivole et parjure à mon tour!... Ah! fuyons-le, ce monde où la candeur s'altère. Où le piège est sans nom, le mal involontaire. Dans ce séjour d'orgueil que trouverai s-je, hélas! De perfides succès qui ne me flattent pas ; Pom- un moment d'amour, des haines éternelles; Des femmes au coeur tendre, et, par dépit, cruelles. Implacables vengeurs des triomphes d'un jom^. Dont la rivalité — survit même à l'amour!...

i64 LE RÊVE D'UNE JEUNE FILLE.

Oh! oui, je donnerais ces trésors de mon âge, Ce vaisseau pavoisé pour un si long voyage, Sur une vaste mer, voguant avec effort,

Pour un humble navire à l'abri dans le port

Cette idole nouvelle, aux sublimes oracles.

Pour ma vieille patronne, aux incertains miracles.

Je changerais ce voile et ces tissus de fleurs.

Pour le manteau d'aïeule aux sévères couleurs;

Et cette tête blonde à mes parens si chère ,

Pour leurs vieux cheveux blancs qu'on baise et qu'on révère :

Je donnerais enfin l'espoir et ses trésors.

Pour un beau souvenir — dans un cœur sans remords !

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