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temps le caractère réalisateur de la race dominante et la passivité des éléments subordonnés dont la masse tire son origine de formations communautaires (1).
Utilisant la toute-puissance de l’industrialisme moderne, ils ont poussé jusqu’à son terme extrême, terme logique d’ailleurs comme toutes les créations de l’économie et de la politique américaines, le principe de l’efficiency ou du rendement maximum formulé avec tant de netteté par Richard Baxter et le grand Franklin lui-même, constituant sur cette base suivant l'expression de M. Siegfried, une véritable fhéocratie de rendement, c’est-à-dire une société dans laquelle toute l’organisation économique, sociale, éducative, religieuse et même artistique est subordonnée au même but.
En raison même de sa nature, ce but donne nécessairement la priorité aux tendances réalisatrices sur les tendances spiritualistes, à la machine sur le travailleur isolé, reléguant parmi les formes démodées de la production la conception individualiste de l’artisanat qui permettait jadis au travailleur d’apporter
(1) Le principe de l’efficiency peut être considéré. ainsi que l’a fait remarquer M. Octave Homberg. comme une sorte de (ovenant mystique érigeant la fonction économique au niveau du devoir reli gieux analogue à la notion du «service » qui a assimilé la fonction industrielle ou commerciale à un devoir d’état. Ce principe qui est dans la pure tradition américaine à été apporté en Amérique par les émigrants du May Flower et constitue aujourd’hui la règle idéale «de ce businessmann qui se condamne volontairement lui-même au «hard labour». aux travaux forcés à perpétuité, renonçant aux loisirs qui permettent à l’esprit de goûter tant de plaisirs...» Voir l’exopsé du principe qui a été fait au chapitre 1er de la 2e partie.
On peut remarquer d’ailleurs que ce principe de l’Efficiency n’est que la transposition dans le domaine religieux et social, de cette recherche du profit que Sombart, Hilferdimg, Carnegie et Gide considèrent comme étant le principe moteur de l’activité industrielle moderne. Ce dernier sujet a été traité au chapitre IV, 1"? partie, à l’occasion de la formation du capital financier.
ses conceptions particulières à l'exécution de sa tâche.
De cette production, qui a pris le caractère collectif sinon collectiviste (1), est issue une richesse qui à permis de donner une aisance uniforme à toutes les classes de la société ; mais ce résultat a été obtenu au détriment de la famille, qui a été diminuée au profit de la société trop puissamment organisée, et de l'individu dont on a atrophié la personnalité en le standardisant jusque dans son home et dans ses distractions particulières (2).
Cet état de choses a produit une civilisation qui diffère profondément de la civilisation européenne et qui a été décrite en ces termes par M. Siegfried : «Le milieu américain tend à prendre l’aspect d’un
(1) Aldons Huxley, le Marcel Proust anglais (Contrepoint, IA, p. 108) envelop;'e dans une même condamnation bolchevistes, socialistes et conservateurs.
« Ils croient tous à l'industrialisation sous une forme ou sous une autre : ils croient fous à l’américanisation. Songez à l’idéal bolcheviste : c’est l'Amérique fortement exagérée. L Amérique avec des services gouvernementaux à la place des trusts et des fonctionnaires au lieu de riches. Et puis l’idéel du reste de l'Europe ? C est la même chose, sauf que les riches y sont conservés. D’un côté le machinisme et les fonctionnaires. De l’autre le machinisme et Alfred Mond ou Henry Ford ». D'après M. Van der Velde, Les Etats-Unis et la crise (Dépêche du 1er avril 1921).
Quelqu? avancée que puisse paraître cette opinion, elle se rattache à celles que nous avons déjà citées sur ia nécessité de donner une organisation rationnelle à économie, et peut être comparée aux organisations exposées dans l’article de M. Joseph Barthélemy Economie organisée, économie administrée, économie gouvernée (Capital du 1er mai 1930).
(2) D’après M. Firmin Roz, art. susvisé (Capital du 19° mai 1931), la standardisation a pénétré dans l’ordre des valeurs spirituelles et a été appliquée aux journaux, périodiques, romans à succès, films de cinéma, etc. On a tout fait aux États Unis pour populariser les choses de l’esprit, démocratiser les connaissances. Mais, dit M. Roz, «ce ne sont pas là des conditions favorables au progrès d’une culture propre à nourrir de grandes créations scientifiques, des œuvres d’art originales ».
D’après M. Siegfried, dans les universités elles mêmes les étudiants
collectivisme de fait, voulu des élites, et allègrement accepté de la masse, qui subrepticement, mine la liberté de l’homme...
«De ce point de vue, la communauté américaine, plus que nos sociétés de l’Europe occidentale, issues du moyen âge ou de la Révolution, tend à ressembler à la société antique, dans laquelle le citoyen appartenait à la cité. Le rêve de Rousseau se trouve ainsi réalisé... par l'effet d’un régime de production industrielle qu’il ne pouvait prévoir ».
En définitive les Américains ont constitué une société de rendement qui a permis de doter leur pays d’une richesse sans égale et leurs travailleurs d’un bien-être matériel auquel aspireront sans doute longtemps encore ceux de la vieille Europe.
Mais leurs techniciens ont usé du progrès scientifique sans tenir compte des conditions économiques et ils ont déchaîné une crise de surproduction en déprimant les forces spirituelles de l'individu trop asservi à la machine.
Cette situation n’est pas absolument spéciale aux États-Unis : maisle phénomène de surproduction générale s'y présente avec plus d’acuité qu'ailleurs et chaque jour qui passe montre de manière de
sollicitent l’enssignement d’une vérité toute faite et demandent aux maîtres moins une culture qu’un instrument de succès.
« Rien qui ressemble davantage à la discipline allemande que cel embrigadement susceptible de résultats matériels splendides... La même crainte instinctive que ressentait l£ France devant le système germanique, à la veille de la guerre, elle l’éprouve maintenant à l'égard de certaines méthodes américaines, symbolisées dans l’usine Ford... Si ce système triomphe... tout ce qui demeure entre nos mains s’épanouita en réalisations de richesses, mais elle hésite à payer le prix. Plus d’un chez nous se redit le vers de Lucrèce « Propter vitam perdere causas ». A. Siegfried, Civilisation européenne et civilisation francaise (La marche de France), 12° année, vol. IX.
plus en plus évidente cette vérité que les besoins de l'humanité peuvent, en raison des progrès de la technique, être assurés avec une moindre dépense de travail, ce qui condamne nécessairement une fraction des populations à l’oisiveté ou au chômage (1) .
On doit en tirer comme conséquence qu'il faut, comme le demandent à peu près unanimement les hommes politiques et les économistes, organiser l’économie, c’est-à-dire mettre la production en harmonie avec la consommation et, en ce qui concerne le travailleur isolé, lui restituer les heures qu'on lui a pris pour fabriquer des objets inutiles afin qu'il les consacre à son perfectionnement intellectuel et moral, à des loisirs qui lui permettront de régénérer son individualisme déprimé par la machine ou une standardisation qui aurait même gagné ses heures de repos (2).
C’est pourquoi nous nous permettrons de conclure avec M. Van der Velde :
«Mæterlinck, dans sa Vie des termites, prévoit que les sociétés futures risquent d’être automatisées comme le sont les sociétés d’insectes.
«Mais l’automatisme de certaines fractions a-t-il pour conséquence l'automatisation de l'organisme
(1) C’est ce que J.-M. Keynes définit sous le nom de «chômage technique ». Coup d'œil sur les progrès passés et futurs de l'Economie mondiale (Information d'octobre 1930). Voir chapitre IV, 2e partie.
(2) Voir l’article de M. Albert Despaux, La prospérité économique par la réduction de la durée du travail (In'ormation du 26 février 1931). Question traitée au chapitre V de la 2e partie.
Dans le même ordre d’idées, M. Albert ‘Thomas de la Commission de chômage du Bureau international du travail de Genève s’est déclaré favorable à la diminution de la durée du travail hebdomadaire à cinq jours ou du travail quotidien à sept heures.
Enfin, en ce qui concerne la standardisation qui a gagné les divers modes de distraction offerts au public américain, voir l'article susvisé de M. F. Roz sur Quelques caractères actuels de la vie américaine (Capital du 1er mai 1931).
tout entier ? L’automatisme de la marche, par exemple, paralyse-t-il la vie intellectuelle ? Ne lui permetelle pas au contraire, d’être plus lâche et plus active ? De même ce serait à désespérer de tout si d’une humanité qui, pendant de brèves journées, n’aurait qu’à surveiller le fonctionnement automatique d’un outillage travaillant pour elle, ne se dégageraient point des forces spirituelles inconnues dans un monde où le travailleur se voit mesurer au compte-gouttes le loisir, le bien-être et la liberté (1) ».
We Vu :
Le Doyen, Le Président de thèse, BERTHÉLEMY. Wizziam OUALID.
Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l'Université de Paris, CHARLÉTY.
‘ (4) Van der Velde, Les Etats-Unis et la crise (La Dépéche du 13 avril 1931).