‹ Nations hyperboréennesChapitre 2 sur 2 · REVUE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

REVUE LITTÉRAIRE

Le Médecin de Campagne, % vol. in -8°.

Cet excellent livre est un peu sérieux , et peut-être trop fort pour vous, mesdemoiselles, et rien n'est plus dangereux que de fatiguer l'esprit encore léger de très-jeunes personnes par des lectures audessus de leurs forces : elles se découlent de ce qu'elles n'ont pas compris , puis , quand l'âge a formé leur corn préhension j elles repoussent des ouvrages utiles par la seule raison qu'elles croient de bonne foi 1rs avoir lus. Mon but esL donc, en vous parlant du Médecin de Campagne, non de vous engager à le lire , mais de vous faire la ]part de plaisir et de profit que vous pouvez y trouver dès à présent ? en

I vous recommandant d'y chercher plus tard les hauts enseignemens qui y sont renfermés.

M. Benassis, le médecin de campagne, quitte Paris à quarante ans , pour aller s'enfoncer dans les montagnes du ï)aupbiné; aux cœurs blessés il faut l'ombre et le silence. Les malheurs dont M. Benassis cherche L'oubli dans la retraite, sont du nombre de ceux que traîne après elle une jeunesse égoïste et sensuelle, et conv* tre lesquels il n'est de remède qu'une vie vrai meut chrétienne. A peu de distance de Grenoble et près de la Grande-Chartreuse, est une vallée solitaire ; le site en est superbe, la terre excellente ; une vé- -Hation naturelle, fraîche , abondante et vigoureuse, indique ce que pourrait produire le sol encore vierge, s'il était convenablement cultivé. Mais M. Benassis ne trouva dans cette vallée qu'un misérable bourg et quelques hameaux plus pauvres encore, dont les habitans croupissaient dans la fange, ne vivant que de laitage.

Les fromages que la plupart d'entre eux portaient sur de petits paniers, à Grenoble et aux environs, étaient les seuls produits dont ils retirassent quelque argent. Les plus riches ou les moins paresseux semaient du sarrazin , de l'orbe , de l'avoine , pour la consommation du bourg, maïs jamais «3e blé. Kniin le seul industriel de ce canton était le maire, qui possédait une scierie à planches , et achetait à bas prix les coupes de bois pour les débiter. Faute de chemins, il transportait ses arbres un à un dans la belle saison, en les traînant comme il pouvait au moyen d'une chaîne attachée au licou de ses chevaux , et terminée par un crampon de fer enfoncé dans le bois. En effet , soit à pied soit à cheval , il fallait passer par un large sentier situé au haut de la montagne ; la vallée était impraticable : on ne pouvait y arriver que par un bourbier infect.

Ce pays, inaccessible , était complètement eu dehors du mouvement social.

Napoléon seul y avait jeté son nom, grâce

à deux on trois vieux soldats revenus dans leurs foyers , et qui , pendant les veillées, raconta icnt les aventures presque fabuleuses de cet homme et de ses armées. Du reste, le retour de ces soldats était luinu -rue un phénomène, car tous les jeunes gens partis pour l'armée y restaient , et ce fait accuse assez la misère du pays.

« Au moment de mon arrivée dans le >■ bourg , ditM t Benassis au commandant » Genestas, je cherchais à me faire une » vie autre que celle dont j'étais las , et » il me vint au coeur une de ces pensées » que Dieu nous envoie pour nous faire » accepter nos malheurs. Je résolus d'é- >» lever cepays comme un précepteur élève » un enfant. Il ne faut pas me savoir gré » de ma bienfaisance : j'y étais trop in- »» teresse par le besoin de distraction que » j'éprouvais. Je cherchais d'ailleurs a user » ma vie dans quelque entreprise ardue.

» Aussi tous leschangemens que l'on pouj> vaît mire dans un pays si beau par sa » nature, mais que l'homme rendait si pauï» vre, le bien qu'on pouvait faire et qui de- » vail occuper toute une vie d'homme, me » tentèrent-ils par la difficulté même de les » opérer. J'achetai la maison du curé , mais » surtout beaucoup de terres vaines et va- »> gues que Ton me vendit à bon marché.

î> Puis je me lis nommer maire , et je me » dévouai a n'être qu'un médecin de cam- » pagne, triste état et le dernier de tous » ceux qu'un homme puisse prendre dans » son pays. Je voulais devenir l'ami des » pauvres sans en attendre la moindre ré- » compense. Je ne me suis laissé aller à » aucune illusion, ni sur le caractère des » gens de la campagne , ni sur les ob— » staclcs qu'on rencontre en essayant » d'améliorer les hommes et les choses, » Je n'ai point fait d'idylles sur nos pay- » sans, je les ai pris pour ce qu'ils sont , » de pauvres gens , ni entièrement bons » ni entièrement médians* »

En effet , M. Benassis éprouva de grandis difTicuUés dans sa pieuse et noble entreprise, Sa première tentative fut pour

extirper le crétinisme du milieu de ce canton , qui en était infecté. Les crétins sont des créatures informes et misérables que l'on trouve dans les montagnes de la Maurienne et même du Dauphiné, faibles de corps et plus encore d'esprit; le crétin semble inachevé. À peine peut-il penser, à peine peut-il s'exprimer! De tels êtres seraient le rebut de la nature et périraient dans l'isolement , si, par un miracle d'amour, la Providence n'avait mis au cœur des hahîtans de ces cantons un sentiment qui les porte à attacher une idée de protection et de bonheur a la présence d'un crétin dans une famille.

Malheureusement de cette superstition, née du plus sublime des sentimens , ressortent de déplorables conséquences. Ou néglige de soigner 1rs enfans menacés de crétinisme, et on laisse ces malheureux se multiplier au point que des villages entiers sont habités par une population hideuse et stupide. Ce fut d'un tel désastre que M. Benassis voulut préserver le bourg où il avait établi sa demeure.

<i Je trouvai ici , dit le docteur en con- » tînuant son récit , une douzaine de cré- » tins. La situation de ce village , dans » un fond sans air, près d'un torrent dont » l'eau provient des neiges fondues, le » défaut de soleil, qui n'éclaire qui te » sommet des montagnes , tout favorisait » la propagation de cette affreuse maladie, » et comme les lois ne défendent pas le » mariage à ces malheureux , rien n'em- » péchait que le crétinisme ne s'étendit » depuis cet endroit jusqu'à la fin de la »■ vallée. C'était donc rendre un grand » service au pays que d'arrêter cette con- » tagion physique et intellectuelle. Mais, » quoique de la plus grande urgence, ce » bienfait pouvait coûter la vie à celui » qui entreprendrait de l'opérer, Tci , tout » aussi bien que dans une plus vaste »« sphère, pour accomplir le bien, il fal~ ■ lail lioisser, non pas des intérêts, mais, » ce qui est plus dangereux , des idées , « e\ des idées religieuses changées en su-

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