‹ Nature des psychoses choréiquesChapitre 16 sur 18 · XX · texte numérisé non relu

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Le récit détaillé de cette hallucination alcoolique et sa comparaison avec le récit de notre jeune choréique montrent qu'il s’agit là de faits analogues. Voyons maintenant ce qui

sépare ces hallucinations choréiques et autres du délire vésanique essentiel.

D'abord, et nous l'avons déjà dit, ces hallucinations ressemblent à un rêve. « Le rêve, suivant Delage, est le produit de la pensée errante, sans but et sans direction, se fixant successivement sur les souvenirs qui ont gardé assez d'intensité pour se placer sur sa route et l'arrêter au passage, établissant entre eux un lien tantôt faible et indécis, tantôt plus fort et plus serré, suivant que l’activité actuelle du cerveau est plus ou moins abolie par le sommeil ». Ajoutons que les rêves se produisent de préférence dans la période hypnagogique qui précède le sommeil, et dans celle qui précède aussi le réveil. Vers le matin, avant le réveil complet, nous sommes quelquefois plongés dans un état de demi-sommeil pendant lequel nous réêvons encore, mais où la volonté commence à sortir de son engourdissement. Nous pouvons alors diriger les événements du rêve à notre gré. C’est bien le rêve commencé qui continue, mais avec plus de logique.

Nous retrouvons ces caractères dans le délire choréique et dans les délires toxiques. Le premier degré peut être une illusion, une hallucination légère, plutot analogue à ce qu’on retrouve dans la rêverie « cette école buissonnière de la pensée ». Nous voyons devant nous des personnages réels, mais les actes qu'ils accomplissent ne leur sont pas habituels. Nous inventons pour eux des circonstances anormales et des intrigues compliquées. En un mot, nous les prenons dans la vie réelle, mais nous dénaturons leurs actes. Or, comme nous ne dormons pas à ce moment, la volonté contrôle encore tous ces phénomènes et nous dit qu'ils sont imaginatifs.

Nous voyons dans nos deux observations que les hallucinations de nos deux malades ont pour point de départ des individus qui existent ou sont morts depuis peu. C’est là la

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part de la vie réelle : ilne s’agit, en réalité, que de souvenirs. Mais les paroles qu'ils prononcent, les actes qu'ils accomplissent, voilà ce qui constitue l'hallucination.

De plus, comme le rèveur mal endormi, l'halluciné discute ses visions. Il n'accepte pas indistinctement tout ce qui se présente : cette part de réalité que nous venons de signaler, combinée avec une part de fantastique, met quelquefois le malade dans un embarras cruel. Notre jeune choréique admet bien que ses parents puissent défiler devant lui, la tempe percée d’une balle ; mais il se demande comment tout ce monde peut passer entre la cloison et son lit, dans un espace large seulement comme la main. Ainsi, la personnalité du sujet surnage au milieu de ses divagations. Tout en participant aux scènes étranges qui se déroulent devant ses yeux, il les apprécie, les discute et fait quelques restrictions sur la possibilité de certains phénomènes. Voilà ce qu'on ne trouve jamais dans l’aliénation mentale.

Chose curieuse, ces hallucinations sont, pour ainsi dire, exclusivement visuelles. Marcé avait noté le fait chez les choréiques ; chez l'alcoolique il en est de même. L’alcoolique dit rarement : J'entends; il dit : Je vois. Et quand il discute, c'est surtout lui qui parle; l'interlocuteur ne manifeste sa présence que par des phrases très courtes et assez rares.

Il en est de même dans le rêve, où l'hallucination visuelle est d’une merveilleuse précision. Les sens de l'halluciné visuel ne concordent pas entre eux ; quand les perceptions auditives interviennent secondairement, elles n'ont pas la netteté des hallucinations vraies de la vue.

Dans la chorée comme ‘'ans le rêve et le délirium tremens, il s'agit de scènes suivies avec rapidité, la durée de chaque vision étant très courte : la notion de temps n'existe pas. Nul ne peut dire combien d'heures ou de minutes a duré un rêve.

Enfin, il y a tendance au rêve actif, et cette activité se manifeste par des mouvements. Tantôt ce sont de petits mouvements comme en ont les gens dont le sommeil est agité ; tantôt cela va jusqu'au rêve somnambulique, et c’est alors qu'on voit des individus se précipiter par la fenêtre qu'ils prennent sans doute, dans leur hallucination, pour une porte, ou au moins pour une issue moins dangereuse, car ils ne commettent pas cet acte dans le but de se détruire.

Nous n'avons pas insisté ici sur le caractère de profonde tristesse commun à toutes ces hallucimations, nous avons déjà dit combien étaient fréquentes les apparitions d'amimaux d'aspect désagréable, et les évocations de croix, de cimetières et d'objets funèbres en général.

Les délires et hallucinations dont nous venons de parler sont l'apanage de la période aiguë de la chorée, et même de sa période de déclin. Mais dans la convalescence le tableau change un peu. On voit souvent naître un état qui n’est ni de la manie, ni de la mélancolie, ni de la démence, mais qui tient des trois états : c'est la confusion mentale, simple ou hallucinatoire, qui semble liée à la convalescence des maladies infectieuses.

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire iei la description qu'en a donné Wille.

« La confusion mentale est une maladie du cerveau foncounelle, souvent aiguë, mais non rarement chronique, qui commence presque régulièrement avec un stade aigu hallueinatoire, se termine ultérieurement par de la confusion des idées, un délire désordonné, un manque de repos sans motif alternant avec des états intercurrents d'excitation ou de stupeur. On observe des paroles, des actes troublés, dissociés, entrecoupés, avec de la non-clarté et de la désorientation, qui se traduisent en inéme temps par des perceptions et des

sensations défectueuses et inexactes, par une appréciation et un jugement inexacts de ces perceptions et par la perte de la mémoire. Les illusions et hallucinations sont fréquentes, surtout dans les périodes d’excitation. Le caractère et le contenu de ces accès d’excitation est divers et variable : les malades sont excités, ou tristes, ou inquiets; d’autres fois ils sont en colère, ou douloureusement impressionnés, ou tout cela ensemble, par une alternative rapide.

» Dans les stades tranquilles, les malades donnent l’impression d'un grand affaiblissement général, avec une digestion troublée, un sommeil mauvais, une température subnormale avec intervalles d’élévation, des troubles multiples des sécrétions et des excrétions. »

Telle est cette confusion mentale que M. Chaslin a remise au jour, en France, dans son mémoire sur la confusion mentale primitive. Elle est commune à toutes les maladies infectieuses, mais elle nous intéresse particulièrement par sa fréquence. dans la convalescence des chorées délirantes.

Rousseau 10

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