INTRODUCTION
Les études qui composent le présent ouvrage, ne constituent pas un exposé d'allure abstraite et doctrinale. Elles sont reliées les unes aux autres par la seule unité de l'inspiration, conformément, dirionsnous, à cet ordre dont Pascal écrivait qu'il consiste principalement à la digression sur chaque point qu'on rapporte à la fin, pour la montrer toujours.
Notre but est d'illustrer une certaine conception de la philosophie, dont ces pages préliminaires essaient d'esquisser'le schème.
Toute recherche poursuivie sur le terrain scientifique ou dans le domaine pratique, toute technique individuelle ou collective, suppose une acceptation, tacite ou explicite, de bases sur lesquelles l'effort de la pensée s'appuie, de procédés qui servent à la guider.
Si l'on se demande ce que valent bases et pro- ' cédés, on est conduit à une série de problèmes nou-
VI INTnODUCïION
veaux. Au lieu de dérouler la chaîne des conséquences suivant des règles uniformes de raisonnement ou d'action, l'esprit remonte de condition en condition, j)ar le progrès d'une réflexion qui aspire à posséder, qui conçoit tout au moins, ce qu'elle appelle Vincondiiionnel.
Une discipline se présente alors, qui a pour objet les principes, et qui est la philosophie. Connaître l'univers, c'est être savant; agir à propos, c'est être habile ; être philosophe, c'est avoir la conscience, et c'est donner l'impression, d'introduire dans chacune de ses affirmations ou de ses décisions les principes dont relève la pensée ou la conduite. Chez le philosophe, en d'autres termes, le savoir spéculatif, scientia, l'habileté pratique, prudentia, seront fondés sur la sagesse : sapientia, docpia.
Voilà l'idée traditionnelle de la philosophie. A la lumière de celte idée, s'éclaire la difficulté essentielle à laquelle s'est heurtée l'ambition des philosophes, et qui a été, dans l'histoire, le ressort perpétuellement en acte du mouvement philosophique.
Une discipline qui porte sur les principes de la connaissance et de l'action, requiert, pour se constituer, qu'elle réussisse à établir, comme source de toutes les sciences théoriques et de toutes les lois pratiques, un certain nombre d'affirmations liées entre elles, un système. La philosophie par essence, et non par accident, d'Aristote à Herbert Spencer, est <( Discours préliminaire » à une « Encyclopédie ».
Or ces affirmations, pour être posées à titre de principes, doivent être des vérités premières^ c'est-à-dire qu'elles ne sauraient se rattacher à rien d'antérieur