‹ Nature et libertéChapitre 2 sur 9 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

par quoi elles seraient susceptibles d'être démontrées ou justifiées. Le philosophe sera donc celui qui fait table rase de toute idée préconçue, de tout préjugé, celui qui prend l'attitude du doute. Ainsi, de la conception même qui le voulait systématique, déroule cette autre conséquence qu'il sera un sceptique.

Esprit de système et esprit de doute, dogmatisme et scepticisme, sont inséparables, et sont pourtant incompatibles. Par là s'expliquerait assez bien sans doute le rythme ondulatoire suivant lequel semble s'être poursuivi le cours de la philosophie, la succession entre les « ventres » et les « nœuds », périodes d'épanouissement dogmatique et périodes de resserrement sceptique.

De pareilles alternatives sont-elles destinées à se reproduire sans fin? Après la crise du xviii' siècle, Auguste Comte a cru que l'on mettrait un terme aussi bien à l'incertitude dissolvante du scepticisme qu'à la diversité ruineuse des dogmatismes, si l'on renonçait à poser pour elle-même la question des principes, si on les laissait se déposer en quelque sorte et s'inscrire dans l'organisation encyclopédique des sciences et dans la structure biologique de la société. Le philosophe, spécialisé dans l'étude des généralités, se bornerait à recueillir les résultats du savoir positif, sous la forme défaits généraux, grâce à laquelle les principes deviendraient homogènes à ce savoir lui-même.

Or, les prophéties du positivisme se trouvent, après un siècle écoulé, démenties de façon éclatante et décisive par l'évolution de la science positive. Sans entrer dans le domaine politique, moral ou religieux,

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