X INTRODUCTION
semblait tenir en échec l'aspiration au dogmatisme et tourner à la gloire du seul scepticisme, revêtira la continuité d'une courbe, qui aurait sans doute une allure extrêmement irrégulière et compliquée, mais dont il n'est plus interdit de tenter l'analyse. Décrire avec exactitude le jeu d'actions et réactions entre les faits et les raisons, qui de la science et de l'action fait surgir les principes sur quoi elles vont s'appuyer, c'est se donner l'occasion, et la base, d'un jugement. La philosophie saura ce que les hommes ont cru, pourquoi ils y ont cru; mais du même coup elle dira pourquoi il y a certaines propositions qu'il est absurde d'affirmer encore, d'autres qu'il ne serait pas moins absurde de ne pas affirmer. Parce que, sont bien fondées l'astronomie de Copernic et la chimie de Lavoisier, apparaissent illusoires l'astronomie de Ptolémée et la chimie de Stahl; de même, parce que s'appliquent aux conditions effectives de la connaissance humaine l'intellectualisme mathématique de Descartes et l'idéalisme critique de Kant, l'empirisme qualitatif de Bacon est stérile, chimérique la Théodicée de Leibniz. La philosophie, dans l'hypothèse où nous nous plaçons ici, résumera l'expérience de l'humanité pensante : cette expérience, après avoir par ses étonnantes variétés instruit le clinicien et diverti le dilettante, devra s'achever, en épreuve de vérité qui opérera le discernement des valeurs, qui éliminera la diversité et les contradictions, pour ne plus laisseri subsister que la seule unité. i
Telle est, dans son contour abstrait, l'idée de laphilosophie vers laquelle sont orientées les études qui suivent. La première est destinée à montrer com-