‹ Nature et MoralitéChapitre 2 sur 23 · CRE · texte numérisé non relu

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ou à recommander : elle commande. Impératif catégorique, non conditionnel, a dit Kant. Les moralistes modernes, y compris les empiristes, acceptent malgré tout, quitte à l’interpréter, cette formule décisive. Geux même qui écartent l’obligation parce qu'ils trouvent impossible de la justifier en admettent et en cherchent des équivalents : n’est-ce pas en reconnaitre implicitement la nécessité idéale ?

Le devoir ordonne sans contraindre, enchaîne la volonté et pourtant la laisse libre, impose l’action sans déterminer le fait, règne en souverain qu’on peut insulter et bafouer sans qu’il perde rien de sa haute et incomparable majesté; tout a été dit sur le caractère sacré et impérieux de cette loi. Mais si l’on veut en chercher aussi méthodiquement que possible le fondement et la portée, il faut s’attacher à ces deux idées essentielles et qui semblent contradictoires:

1° L'obligation n’a de sens que si elle a prise sur la nature de celui qui doit agir. Si je dois, il faut que je puisse, à dit Kant; mais aussi : je rie dois que ce que je peux. La nature n’est pas une maîtresse à servir ; ellen’est pas non plus un ennemi à vaincre, et dans tous les cas il faut savoir s’y prendre: non msi parendo vincitur.

2° L'autorité de l'obligation est telle qu’elle s’évanouirait si on prétendait en obtenir le respect par la violence ou la séduction. C’est ce que Kant a si hautement proclamé; c’est ce que déclarent avec lui ou après lui tous les idéalistes, même les eudémonistes; c’est ce dont conviennent les utilitariens, qui finissent tous par prêcher l’altruisme et par se rallier au principe moral du désintéressement. Singulière autorité, étrange tyrannie qui ne peut sévir, pas même menacer, sans cesser d’être! Despote inflexible,

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