ÉQUILIBRE, FRÉQUENCE ET DISCONTINUITÉ
Cela étant, et puisque la notion de type repose sur Tégalité approximative, instinctivement reconnue, de toutes les qualités, elle est aussi fondée sur la fréquence. Or, la notion de type est l'origine de toute science statique; c'est elle qui, en retenant seulement les qualités moyennes et les cas nombreux, crée les ensembles discontinus, opposables en équivalence ou subordonnés, dont l'existence simultanée appelle l'idée d'équilibre.
Par ce fait seul et quand la statique a cherché l'expression de sa méthode, elle n'a pas pu la trouver en dehors des principes implicitement admis : Timportance même d'un caractère n'a eu d'autre mesure que sa constance, c'est-à-dire que plus était grand le nombre de fois où l'on rencontrait semblable à luimême le caractère considéré plus il était tenu pour important; et la subordination des caractères n'est autre chose que l'échelle de leurs degrés de constance ou de fréquence.
Pour nous résumer et conclure : la statique est amenée à négliger les forces du milieu, et à tenir leur résultante pour nulle ; elle isole par suite les vivants dans le Cosmos et les traite en objets spéciaux. Elle fait abstraction de ce qui est rare, le nomme accident et anomalie et ne le fait pas rentrer dans ses lois.
La condition même de son existence est aussi de faire abstraction du temps; car en étudiant les phénomènes dans lesquels le temps intervient d'une façon notable (embryologie, paléontologie), on s'aperçoit tout de suite que les abstractions de la statique ne sont plus adéquates à l'ensemble agrandi des phénomènes.
Cette façon de grouper les faits, la plus abstraite de toutes, n'a pas été sans une grande importance pratique dans la construction de la science; et son utilité d'ailleurs est toujours incontestable.
Il importe seulement de bien préciser ce qu'elle vaut.
Ayant conçu Téquilibre du monde, l'esprit inquiet des hommes cherche, en outre, à savoir comment est survenu Téquilibre, comment il se conserve, et, pour explication, construit des hypothèses qui se ramènent à deux types essentiels. Les uns pensent 'qu'un Citre immatériel, supérieur au Cosmos son œuvre, prévoit et administre, et, projetant à l'infini leurs propres qualités de volonté, d'intelligence, d'ordre et de bonté, ils croient à une Providence éternelle. Dans cette vision, les phénomènes agencés ont un but, ils tendent vers une fin, ils n'ont d'autre raison d'être ou d'autre cause que de concourir à cette finalité. C'est un simple renoncement aux aspirations vers la causalité une fois pour toutes satisfaites.
Les autres supposent que le hasard sans lois simples, les phénomènes à marche confuse et compliquée arrivent en se heurtant, en se contrariant de mille manières à produire un ensemble que nous jugeons harmonique. C'est un renoncement aussi profond à loute recherche causale ; car le hasard est Tensemble des déterminismes trop compliqués pour notre savoir, dont nous nous bornons à enregistrer les effets. Si cette seconde manière de voir supprime la finalité et le but, elle supprime aussi la connaissance des causes; elle est agnostique relativement aux questions qui intéressent l'homme de la plus poignante manière.
Ces deux croyances, quelquefois associées, l'une concevant une cause unique, simple et suffisante, Tautre admettant l'originel chaos organisé par des causes complexes et inconnues sont les deux types de constructions intellectuellesdistinguées par H. Poincaré dans les hypothèses de la physique. Nous les avions nous-méme autrefois opposées en comparant les principes de Lamarck et ceux de Darwin ; et nous les retrouverons toutes les fois où nous suivrons
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les théories qui veulent pénétrer les origines des êtres. Il faut toutefois dans les conceptions modernes remplacer par le déterminisme permanent le Dieu providentiel. Celui-ci n'est plus en dehors du Cosmos mais en lui ; il en est la loi suprême.