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ÉQUILIBRE, FRÉQUENCE ET DISCOTTINUITÉ

organes, on ne peut dire à aucun moment avec certitude s'il est encore de l'air ou s'il est déjà du tissu animal. II en va de même pour tout, pour l'eau que nous buvons, pour la vapeur qui monte de la mer, qui est le nuage, puis la pluie ruisselant sur le rocher qu'elle dissout. JLe liquide qui coule n'est plus Teau, n'est plus le rocher, mais il peut rede* venir l'un et Tautrc par évaporation. Rien n'est absolument ni complètement distinct do rien.

La vision continue dont nous venons d'esquisser quelques traits est bien loin d'être paradoxale, bien loin même d'être purement intellectuelle et les artistes à l'œil pénétrant l'ont comme les savants. Les peintres ne cherchent-ils pas à rassembler les êtres du paysage et à les amalgamer ensemble dans une gangue d'atmosphère? Et certains même, comme Carrière, dont celte impression tourmente le génie, ne peignent-ils pas de façon que tout tienne à tout?

Et cependant nous distinguons ; mais cette distinction n'est fondée que sur la fréquence, sur le nombre de fois très grand où les objets ont été vus distincts, c'est-à-dire sur la donnée sensorielle des hommes les plus nombreux, de ceux qui n'ont ni pesé les gaz, ni regardé les microbes, et qui ont dénommé séparément les objets qui leur semblaient séparés.

Cette création du nom est donc un premier symbolisme fondé sur la fréquence, une première discontinuité introduite par nous, une première simpliiication de la nature, une réalité distincte supposée aux objets individuels, alors que la réalité véritable ne s'applique qu'à l'inflni et cohérent Cosmos.

La notion d'individualité n'est au reste consacrée par un nom propre à chaque objet que s'il s'agit de personnes humaines, de divinités anthropomorphiques, d'animaux vivant dans la société journalière de

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rhomme et d'un certain nombre d^astres (1). Tous les autres objets naturels sont désignés par catégories à l'aide de noms communs. La création de ces derniers, qui affirment des ressemblances entre objets non complètement identiques, traduit dans l'esprit la construction du type. Les noms d*animaux semblables dans toutes les langues aryennes, relevés par Carus, sont : bétail, bœuf, mouton, chèvre, porc, cheval, chien, âne, oie, rat, mouche, vers, ours, loup et renard souvent confondus, castor, reptile d'eau, serpent, loutre, coucou, corbeau. Us expriment des calégories correspondantes à nos espèces, ou plus larges.

Ces noms communs et tous ceux qui ont pu être créés ou précisés plus tard représentent par rapport au nom propre un second symbolisme, une seconde simplifîcalion, qui, comme la première, est objectivement fondée sur la fréquence. En effet, dans tout groupe d*animaux que nous avons coutume d'estimer semblables, chacune des qualités que nous sommes capables d'exprimer par un mot abstrait : couleur, taille, poids, volume, vélocité, etc., n'est pas développée à un degré identique et si nous faisons la mesure exacte de l'une d'elles, nous reconnaissons que les animaux considérés se distribuent par rapport à elle en sous-groupes, inégaux en nombre et tels que la qualité à son degré moyen s'applique au sousgroupe le plus nombreux. La moyenne d'une qualité tombe sur le plus grand nombre; nos noms de qualité expriment donc des maxima de séries et non des propriétés de grandeur absolue. Us sont seulement Texpression de ce qui nous frappe le plus souvent, et l'abstraction consiste justement à négliger le rare. ,

1. Les noms géographiques sont d*anciens noms communs oa des noms propres de tribus humaines, ayant la personnalité sociale.

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