THÉORIES DE L ÉVOLUTION SANS DÉTERMINISME INITIAL
que même Ton ne soupçonne pas. Imaginons une région montagneuse quelconque; sa surface, telle qu'elle serait représentée sur une carte en relief, est continue quoique fort tourmentée. Promenons au hasard un crayon sur celte carte, sa pointe trace une courbe continue ; mais ajoutons la condition que notre crayon reste dans des plans horizontaux, il suit alors les courbes de niveau. Elles sont continues ou discontinues suivant que nous les prenons dans les cotes basses ou dans les cotes élevées. De telle façon que la combinaison de deux données, Tune et l'autre continues, d'une part la surface en relief, de l'autre la cote progressivement croissante du plan horizontal peut donner des effets continus ou discontinus suivant le cas.
Dans la circonstance en question, les deux facteurs étant connus et très précisément formulés, il n'y a aucune difficulté à comprendre l'événement.
Supposons maintenant que, comme l'a fait Bateson, on prenne un millier d'insectes du genre foiTicule vivant sous les mêmes pierres, dans la môme localité, et que l'on mesure une de leurs qualités, par exemple la grandeur de leurs pinces caudales. Il semblerait d'abord, d'après toutes les données de Galton, que l'on puisse avec ces mesures construire une courbe à un seul maximum et telle que la moyenne de la qualité tombe sur le plus grand nombre des individus. Il n'en est rien et Ton trouve une courbe à deux maxima, de laquelle Bateson conclut à l'apparition d'une discontinuité dans Tespèce et à sa coupure en deux.
Giard a fait remarquer que si Ton opérait de la même manière sur les crabes d'une plaire, en mesurant par exemple la largeur de leur abdomen, on obtiendrait le même résultat, mais, dans ce cas, il ne serait point pour surprendre et il serait dû à 1 infeslation plus ou moins Drofonde d'un certain nombre
des individus par une sacculine. Il pourrait bien y avoir quelques raisons acluelles de parasilisme ou d'autre sorte amenant sur les forficules la variation qu'a relevée Bateson.
Un botaniste hollandais, Hugo de Vries (1) a, dans ces dernières années, élevé la variation discontinue, qu'il appelle mutation, au rang de facteur primordial pour le démembrement d'une espèce donnée qui présente tout à coup une foule de variations discontinues. En semant par milliers les graines de r« CEnothcra lamarckiana » il a obtenu du premier coup un certain non^bre d'individus avec des caractères permettant de les distinguer facilement de la forme primitive.
Il a déterminé de la sorte une douzaine de types dilTérents. Certains d'entre eux étaient stériles, mais les autres donnaient des graines, et, en les semant, on obtenait tantôt un retour à l'espèce primitive, tantôt, ce qui est plus intéressant, un certain nombre de types transformés se conservant pendant plusieurs générations sans aucune réversion. Plusieurs espèces étaient donc apparues brusquement aux dépens d'une seule ; de Vries dénomme de la sorte « ÛEnothera gigas, albida, scintillans, lata, nanella ». Sauf les individus d' « Œnothera gigas », qui sont plus robustes que ceux de l'espèce souche, tous les autres sont moins vigoureux et de plus petite taille. Molliard, qui a beaucoup étudié les déformations produites sur les plantes par des parasites divers» ne serait pas éloigné de croire qu'une infestation a bien pu jouer son rôle dans ces curieuses mutations, étant donné surtout que les individus variés sont ordinairement chétifs, que certains, comme dans « Œnothera lata », sont tous femelles par avortement du pollen, que d'autres même ont été entièrement stériles et n'ont