‹ Nature et traitement du goître exophtalmiqueChapitre 2 sur 2 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

Recherches sur l’action pharmacologique et thérapeutique de la malakine ;

par le Dr a. jaquet, privat-docent à la Faculté de médecine

de Bâle.

Le succès inouï de l’antipyrine en thérapeutique a, depuis un cerlain nombre d’années, éveillé la convoitise des fabricants de produits chimiques toujours à l’affût de nouveaux débouchés, et suscité l’apparition sur le marché de toute une série de médicaments nouveaux destinés par leurs propriétés antipyrétiques et antirhumatismales à faire concurrence à l’antipyrine. Mais, à part un ou deux de ces produits, aucun n’a réussi à prendre pied d’une manière effective, et, après une courte existence, ils sont l’un après l’autre retombés dans l’oubli. Est-ce à dire que l’antipyrine soit un médicament idéal, sans défauts et inoffensif pour le malade. Nous ne le croyons pas ! L’antipyrine et toute la

série des médicaments proches parents ont une action dépressive plus ou moins prononcée sur le système circulatoire et doivent être employés avec prudence toutes les fois qu’il existe une lésion de ce côté-là. Administrée longtemps de suite, l’antipyrine délabre l’estomac et ajoute une gastrite à l’affection existante. Enfin l’effet de l’antipyrine se manifeste souvent par des frissons, d’abondantes sueurs, de l’algidité, symptômes aussi désagréables pour le malade qu’alarmants pour son entoui’age. La phénacétine, sous bien des rapports supérieure à l’antipyrine, n’est pas non plus entièrement exempte de ces inconvénients, et son emploi exige toujours certaines précautions. Si, d’un autre côté, on tient compte de l’effet bienfaisant d’une antipyrèse modérée sur l’état subjectif du malade, on reconnaîtra que, abstraction faite de toute spéculation industrielle, un succédané de l’antipyrine exempt de ces inconvénients peut être destiné à rendre des services réels en thérapeutique.

Nous avons été chargé dans le courant de l’année dernière, par la « Société pour l’Industrie chimique à Bâle », d’examiner un nouveau produit pour en établir la valeur pharmacodynamique et thérapeutique. Après de nombreuses expériences sur des animaux et une série d’observations sur des malades, nous sommes arrivé à la conclusion que cette substance possède certaines propriétés dont la thérapeutique pourra faire son profit, et, sous certains rapports, est supérieure aux médicaments actuellement en usage.

Ce produit, baptisé par le fabricant du nom de malakine (de /*<* Xocxôj) pour faire ressortir son mode d’action lent et doux, est proche parent de la phénacétine; c’est une combinaison de l’aldéhyde salicylique avec la paraphénétidine.

P n > o.c2Hs

UH* <NH.GH3.c0

< n=o.-c6h4oh

Phénacétine.

Malakine.

La malakine se présente sous forme de petites aiguilles soyeuses, jaune clair, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool froid, assez solubles dans l’alcool bouillant. Elle est insoluble dans les carbonates alcalins, mais se dissout dans la lessive de soude, en formant une combinaison sodée d’un jaune intense. Les acides minéraux très dilués(acide chlorhydrique àO, 3 0/0) dédoublent la combinaison avec mise en liberté d’aldéhyde salicylique et de p. phénétidine.

L’insolubilité de la malakine dans l’eau pouvait faire douter de son activité physiologique. Malgré cela, nous avons pu nous convaincre, dès nos premières expériences sur les animaux, que cette substance possède une action bien caractérisée, due probablement à son instabilité en présence des acides minéraux même très dilués (suc gastrique). Nous avons opéré exclusivement sur des lapins. Des doses de 1 à 2 grammes injectées dans l'estomac en émulsion avec de la dextrine au moyen de la sonde oesophagienne furent parfaitement supportées et, hors un peu d’apathie, nous ne pûmes constater le moindre trouble dans l’état général de nos lapins. Nous pûmes cependant nous convaincre de l’assimilation de la malakine par l’apparition de l’acide salicylique dans l’urine. L’action du cœur et la respiration restent sans changement après l’injection de la substance et la pression sanguine se maintient même après de fortes doses (2 grammes) toujours à la même hauteur. Pour déterminer l’action antipyrétique de notre substance, nous nous sommes servi de la piqûre d’A-

Page 1