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Nature

0 glèbe maternelle, ô champs roux, ô prés verts, Bons sillons nourriciers, doux arbres tutélaires. Bœufs blonds buvant, le soir, au bord des mares claires. Landes où les pins bruns montrent leurs flancs ouverts,

Vous vîtes mes aïeux virils, fiers et robustes.

Passer auprès de vous, sous leurs grands bérets bleus,

Avec des fronts hàlés comme nos monts sableux

Et des bras durs et forts comme des troncs d'arbustes ;

Et VOUS me voyez, moi, riiomme aux pieds trébuchants,

A la poitrine étroite, à la main inhabile,

Moi le dégénéré lamentable et débile

Et dont le cerveau seul travaille dans les champs!

Mais si le soc superbe et la pique tranchante Dans mes poings affaiblis, hélas! ne vibrent pas. Aïeux, je tiens la plume et marche sur vos pas : Mon père labourait la terre, et je la chante!

LES CHAMPS

A Louis Labat,

LES CHAMPS

Sur les coteaux rieurs, sur les plaines immenses, Couronnés de fruits mûrs ou grouillant de semences, Baisés par le soleil ou fouettés par les vents, Ils s'étendent, les champs féconds et magnifiques, Les bons champs paternels dont les flancs pacifiques Nourrissent les troupeaux afTamés des vivants.

Le printemps voit fumer leurs entrailles ouvertes, . L'été les pare tous de larges robes vertes.

Et rautomne leur tisse une chasuble d'or. L'hiver les couvre enfin d'une hermine sévère Et tout flocon de neige, en tombant, semble y faire Un petit berceau blanc au grain de blé qui dort.

Ils nous aiment; ils ont des fleurs pour nous sourire. Ils parfument le soc brutal qui les déchire, Ils sont doux à tous ceux que le malheur aigrit Et donnent, que le ciel les noie ou les dessèche. Toujours du pain bien blanc à l'homme qui les bêche. Et de rherbe bien tendre au bœuf qui les meurtrit.

Ils entonnent parfois d'ineffables cantiques,

Ils ont des unissons de grillons extatiques

Pour saluer la lune aux rayons bienfaisants ;

Ils offrent des lits d'herbe aux vagabonds moroses

Et, pour faire plaisir aux cieux pleins d'astres roses.

Ils s'ctoilent comme eux avec des vers luisants.

C'est d'eux, les champs bénis, que sortirent les êtres; C'est d'eux, les champs sacrés, qu'ont jailli nos ancêtres ;

LES CHAMPS 18

Dieu fait de leur sol gras la chair du genre humain ; Et, quand le soir répand sa pourpre sur leurs herbes, Le soleil leur infuse en cascades superbes Le sang qui doit bouillir dans les cœurs de demain.

La brise qui les frôle y plonge des haleines ; La nuit, leurs liserons ont les corolles pleines De gouttelettes d'eau qui deviendront des pleurs; Chaque étoile qui passe y met peut-être une âme, Et d'invisibles doigts, sur des creusets de flamme, Y font des yeux d'enfants avec des yeux de flenrs.

0 champs, saturez-vous de printemps et d'aurores.

Couvrez-vous de fruits lourds et de moissons sonores.

Préparez l'avenir, réconfortez nos cœurs !

Donnez du blé bien sain à nos fils bien robustes

Pour qu'aux heures de paix ils soient aimants et justes,

Pour qu'au jour du combat ils soient forts et vainqueurs!

Et toi, qu'ombrage seul le sycomore austère. Champ des morts par lequel tout finit sur la terre.

Fais-toi doux, oh ! bien doux, quand tu nous recevras ! Que ton sol plein d'amis nous prenne avec tendresse Et que nos corps glacés y tressaillent d'ivresse Comme si nos aïeux nous serraient dans leurs bras !

m LE ROI DE LA CRÉATION

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