LES PINS SANS CIGALES
Un jour, le cœur bien triste et le cerveau bien las, Je voulus voir des champs, des fleurs et des ramures ; Et je fermai les yeux en sentant des lilas, Et je faillis pleurer en oyan<^ des murmures.
O murmures pareils à ceux de mon pays !
(Tétaient de grands pins noirs chantant près d'eaux sereines ;
Et l'on croyait entendre, au fond des cieux bleuis.
Des chœurs mystérieux et graves de sirènes.
loi) NATLIHK
C'étaient des pins landais î Je reconnus leurs troncs, Leurs branches, leurs parfums, leurs hymnes funéraires ; Et je dis, en levant ma tête vers leurs fronts : (( U pins de mon pays, vous êtes tous mes frères 1 »
Et je cherchai Tentaille à leur tlanc de martyr, Le pot de terre empli de résine pleurante... Je les regardai tous avant de repartir : Aucun n'avait de plaie à sa tige odorante !
« Oh non! vous n'êtes pas mes frères, pins heureux ! Arbres parisiens sans pleurs et sans blessures ! » Mais eux semblaient répondre, amers et douloureux. En grondant sous la bise aux cruelles morsures :
(( Ne nous jalouse pas ; plains-nous, passant moqueur ! Plains nos troncs toujours fiers, nos voix toujours égales ! Les pins de ton pays, s'ils ont la plaie au cœur. Ont leur front glorieux plein de chants de cigales ! »