‹ NatureChapitre 8 sur 39 · FEUILLE LÉGÈRE · texte numérisé non relu

FEUILLE LÉGÈRE

Les arbres, mes amis, ont peut-être des mains...

Un jour, au croisement poudreux de deux chemins,

Un platane semblait agiter ses ramures.

« Oh! viens donc! » disait-il, de ses vagues murmures,

« Viens donc, bûcheronnette aux grands yeux souriants. »

Et sa tige mimait des gestes suppliants

Dans le soir rose, empli de brises parfumées. <

Puis, retournant soudain ses frivoles ramées :

« Oh ! viens donc aussi, toi, petit meunier joyeux ! »

Et ses branches faisaient des signes dans les cieux

En contournant leurs gros biceps verdis de mousse.

Et la bûcheronnette à la gente frimousse

— Un teint de pêche, avec deux lèvres sentant bon —

Et le petit meunier — un tantinet fripon...

Mais cela va si bien aux gars de son espèce ! —

Se trouvèrent sous Farbre à la ramure épaisse,

Et rougirent tous deux, avant d'avoir rien dit.

C'était l'heure adorable où le vent qui tiédit

Fait se toucher du front les grandes fleurs tremblantes.

Et, prenant sans façon leurs têtes pour deux plantes

Très lasses, dont on voit les tiges s'affaisser,

Le vent les obligea bien vite à s'embrasser.

(( Oh ! pardon ! . . . » murmura le meunier. — Faites ! faites !

Senjblaient dire, tout bas, les yeux remplis de fêtes

De la bûcheronnette exquise, qui riait...

On se fit des serments sacrés, comme il seyait,

Sous le platane rond ainsi qu'une couronne

Et, quoiqu'ils fussent seuls, bien seuls, la bûcheronne

Se remit à rougir près du meunier joyeux...

Les arbres, mes amis, ont peut-être des yeux !

Ils s'aimèrent hoauroup, beaucoup ! Ils s'épousèrent,

Et, par un clair matin de printemps, ils passèrent,

Elle blanche, lui noir, sous le platane ami.

Et les époux heureux entendirent, parmi

Les rameaux verdoyants, des chants de bienvenue.

Deux bouvreuils, dans leur lanii,ue enfantine et menue,

Modulaient mille vœux de bonheur, un pinson

Leur dédiait sa folle et naïve chanson.

Cependant que des chœurs effrénés de cigales

Jetaient sur eux des bruits allèii,Tes de cymbales !

Oh ! l'arbre était tout plein de compliments charmeurs !

Et l'époux souriant écoutait ces rumeurs

Comme des mots bien doux d'aïeul aimable et tendre !

Et réponse pleurait de plaisir à l'entendre ;

Puis, candide, voulait lui répondre parfois!...

Les arbres, mes amis, ont peut-être une voix !

La bûcheronne est morte, un soir brumeux d'automne. Et le petit meunier sur sa mule chantonne Comme il faisait jadis, quand il était garçon.

Dans le platane vert sitïïe un nouveau pinson, Sans penser aux pinsons défunts de l'autre année. Et, par une limpide et blanche matinée D'octobre, au croisement des deux chemins poudreux Le meunier vit passer les deux yeux langoureux D'une bergère accorte et fleurant la verveine. Les feuilles d'autrefois tombaient sur l'herbe vaine Qu'une autre herbe aussi vaine, hélas ! remplacera. Et, dans le ciel tout pur, nul écho ne pleura Quand le meunier tendit ses bras vers la bergère. Mais, du platane pâle, une feuille légère Ainsi que par hasard se détacha, soudain ; Et, quand le meunier veuf pencha son front badin Vers la bergère accorte, avec des buts peu sages, La feuille passa, triste, entre leurs deux visages,

Comme pour empêcher un peu ce baiser-là

Et le meunier resta penaud, puis s'en alla. Des souvenirs confus troublant son âme noire...

Les arbres, mes amis, ont-ils de la mémoire ?

LES MAISONS

LES MAISONS

Maisons de bois, maisons de pierre, Maisons qu'entoure un jardinet, Maisons dont chaque lucarne est Un œil ouvert dans la lumière ;

Cabanes, fermes et châteaux, Maisons vieilles ou maisons neuves Qui vous rangez au bord des fleuves Ou vous hissez sur les coteaux ;

Hautes maisons ventripotentes Avec des pignons courbattus, Maisons basses aux toits pointus Comme des coiffes de grand'tantes ;

Maisons blanches à volets verts Semblant des filles bien nippées, Maisons vaguement éclopées Semblant regarder de travers ;

Moulins enfourchant la rivière Comme de grands cavaliers gris, Manoirs dont les fronts assombris Ont de lourdes mèches de lierre ;

Et vous, cottages aux balcons Fleuris comme des boutonnières, Donjons de brique aux tours altières Comme de gros nez rubiconds ;

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