L'ECOLE DES BOIS
Pour les yeux recueillis du poète et du sage, Les bois sont une école aux bruits mystérieux Où, comme des enfants bien doux, bien studieux Les arbres et les fleurs font un apprentissage.
Sur les peupliers verts terminés en fuseau. Où les nids suspendus font des touffettes grises, La feuille qui palpite et claque aux moindres brises Etudie en Tazur pour être aile d'oiseau.
Sur le saule attentif penché près des rocailles Pour voir passer dans l'eau les carpillons d'argent. Les feuillages menus et vifs, au ton changeant, Apprennent tout le jour à devenir écailles.
Les coquelicots fins, coiffés de vermillon, Et les iris légers tremblant au vent qui passe, Semblent parfois vouloir s'élancer dans l'espace Et piochent le galant métier de papillon.
Taadis qu'au ras du sol, les lianes subtiles. Les racines de hêtre aux replis monstrueux, Tordant sous le soleil leurs longs corps sinueux, Cherchent patiemment à devenir reptiles.
Ces beaux rosiers fleuris qui, radieusement, Masquent leurs dards aigus de roses parfumées. Seront peut-être un jour des femmes bien-aimées Qui nous déchireront le cœur en l'embaumant.
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Et ces chênes virils, aux bras liers, aux troncs pales, Surveillant Thorizon avec leurs fronts altiers, Et qui jettent des glands oblongs vers les sentiers Seront hommes bientôt et tireront des balles !
LES OISEAUX
LES OISEAUX
Malgré nivôse à la sombre ire,
Portant sur eux leurs édredons,
Les oiseaux éclatent de rire
En faisant sauter leurs bedons,
Ils chantent, sifflent, piaulent, braillent,
Et raillent Le vent qui cherche à les cingler, Dans leur argot funambulesque Que nulle syntaxe burlesque Ne vient régler.
Lalaïtou ! Faridondaine 1 C'est jovial, c'est fou, c'est net.
Spirituel comme Sedaine, Palpitant comme George Ohnet !
Lalaïtou! Trilles, roulades, Ballades
Comme n^en fit jamais Villon ;
Musique alerte et prose insigne
Enfonçant Gluck et ce vieux cygne De Fénelon.
L'existence de Dieu les laisse Absolument froids ; et leurs chants Ne célèbrent, dans leur simplesse, Que les petites tleurs des champs.
Les grains de mil et les brins dlierbe ;
Leur verbe Jamais rien autre ne conçut :
Schopenhauer peu les enflamme ; A l'immortalité de Tâme Ils disent : Zut !
LES OISEAUX
Ils ignorent si les oiselles Sont une énigme à la Bourget î Le temps de rassembler leurs ailes Et leur roman est fait d'un jet.
Ouant aux coucous de leur espèce,
L'épaisse Forêt les couvre tous de fleurs, Et nul moineau Gandillotesque Ne fait d'opérette grotesque Sur leurs malheurs.
Ils composent de purs distiques Et s'égosillent bellement Sans prendre cure des critiques Et de leur pauvre éreintement ; Ils n'ont point des peurs ridicules
Si Jules Lemaître bâille à leur couplet ; Et, quand ils chantent vers Tespace, Ils fientent sur Wilder qui passe Si ça leur plaît !
Heureux oiseaux, doux camarades Oui possédez au moins un nid, Chantez ! déclamez vos tirades Incomprises \ers le zénith 1 Chantez! Chantons les mêmes choses,
Les roses, L'azur, les blés ou le mouron ; Oiseaux, rimeurs, c'est même troupe :
On a les ailes à la croupe Ou bien au front.