IMPRIMERIE ESPÉRANCE CAGNIARD
rues Jeanne-Darc, 88, et des Basnage, 5
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En 4855, la Navigation aérienne étant considérée comme une utopie, les aérostats furent exclus de l'Exposition; mon Projet seul, et par exception, y fut admis par MM, le général Morin, président, et Tresca, commissaire général, chargé du classement de VExposition universelle.
En 4889, les aérostats étant admis (classe 52, Galerie des Machines), j'en profite pour exposer mon projet, avec les perfectionnements que j'y ai apportés depuis l'Exposition de 1855.
Dès les temps les plus reculés, rhomme a toujours aspiré à s'élever et à se diriger dans les airs. Je n'ai pas la prétention de retracer ici toutes les tentatives faites, ni de donner à cette intéressante question tous les développements qu'elle pourrait comporter : les ouvrages de MM. B. de Grilleau, Gaston Tissandier, Henri de
Graffigny, etc , l'ont supérieurement traitée
et j'y renverrai le lecteur. Je mentionnerai les noms des frères Montgolfier et de Pilàtre de
Rosier, qui marquent les débuts historiques de la question.
Depuis les frères Montgolfier, de nombreux savants se sont sérieusement occupés, en France, de la navigation aérienne. De ce nombre on peut citer le général Meusnier, MM. Giflard, Gabriel Y von, Dupuy de Lôme, Albert et Gaston Tissan-
dier, etc , et ces noms prouvent que , si
je me trompe en cherchant la solution du difficile problème de la direction des aérostats, je me trouve au moins en fort bonne compagnie.
D'ailleurs, MM. Renard et Krebs n'ont-ils pas eu l'honneur d'être les premiers à ramener un aérostat à son point de départ ? . . . Ils ont donc prouvé que la direction des ballons n'est pas une utopie, et l'avenir appartient à celte nouvelle science, aujourd'hui qu'on possède des moteurs électriques.
Dès 1832, un homme pratique, M. Giffard, était parvenu à construire un aérostat ayant vrai-
ment des moyens de direction, et, s'ils étaient imparfaits, ils n'en constituaient pas moins un progrès considérable.
M. Giflard avait donné à son ballon la forme du poisson et avait adopté l'hélice pour propulseur en employant la vapeur comme moteur et une voile triangulaire pour gouvernail.
Moi-même, à la même époque, j'avais conçu le projet d'un aérostat dirigeable à tube central, dont le modèle a figuré à l'Exposition de 1855 et a été déposé depuis dans le Musée-Bibliothèque de Colombe, près Paris, par M. le Président de l'Académie Nationale , où on peut encore le voir aujourd'hui.
M. Dupuy de Lôme a continué les belles expériences de Henri Giflard, mais en substituant les bras de l'homme au moteur à vapeur.
M. Gaston Tissandier a, le premier, employé l'électricité comme force motrice pour la navi-
galion aérienne et adopté la forme du fuseau pour l'aérostat.
Enfin, MM. Renard et Krebs ont également donné une forme très allongée au ballon, pris l'électricité comme force motrice et l'hélice pour propulseur, avec un gouvernail rectangulaire pour moyen de direction.
Le nom du général Du Temple ne doit pas être omis dans cette nomenclature des partisans de la navigation aérienne, puisque ce savant ingénieur des constructions navales cherche depuis vingt-cinq ans à créer un moteur léger applicable aux aérostats.
Malgré les progrès considérables accomplis, la navigation aérienne est toujours dans l'enfance, si on la compare à la navigation maritime. Les aérostats ressemblent encore à ces troncs d'arbres grossièrement creusés dans lesquels nos ancêtres
Aérostat à Tube central il
des âges préhistoriques s'aventuraient sur les eaux sans moyen de direction.
Il a fallu bien des siècles pour transformer le canot informe de nos aïeux en magnifique steamer, et qui peut prévoir aujourd'hui les perfectionnements que la science et les inventions introduiront dans l'aérostation ?
J'ai énuméré précédemment les tentatives, les essais faits depuis un siècle. Qu'est-ce qu'un siècle dans l'histoire de l'humanité ?
Chaque chose d'ailleurs arrive à son temps.
Les premières voies de communication n'étaient que des sentiers. Les Romains ont montré ce que devaient être des routes; puis nos ancêtres ont remplacé les lourds charriots par ces vastes diligences qui roulaient sur les grandes routes. Enfin les ingénieurs du xix"" siècle, en traçant les chemins de fer, ont percé les montagnes, franchi les vallées et lancé sur des rails ces trains qui nous transportent avec une rapidité extraor-
dinaire. Et qui donc aujourd'hui voudrait douter des progrès de la science, lorsque Eiffel a dressé dans l'espace cette tour, qui est le triomphe de
la métallurgie et la gloire de la France ?
Notre siècle a été appelé le siècle de la vapeur et de l'électricité. Espérons que la navigation aérienne aura aussi son siècle ! . . .