SUPPLÉMENT
J’a I SOUS les yeux un mémoire très-détaillé de Desmarets, conîrôleur-jrjénéral dans les dernières années du règne de Louis XIV , sur les finances de ces tems. Voici en quel état elles se trouvaient au commencement de 170S, lorsqueDesniarets entra en' fonctions.
Il était dû au public , au 20 février 1708.
Four billets de monnaie réformés 72^000^000^^*»
Idem convertis en billets des fermiers-généraux 54^435'825
Idem gardés en caisse , et dont il fallait faire
les fonds * ^^670^248
Billets des sous-fermiers des aides 7^200 000
Promesses de la caisse des gabelles 60 ^4^3 7G0
Billets d’emprunts des trésoriers de l’extraordinaire des guerres , pour soutenir les dépenses
de leurs exercices de 1706 et 1707 61 jo5Saj
Intérêts dans différentes parties ^7j3d^ 665
Il était dû aux trésoriers de toute nature,
par ordonnances et états non acquités 102 365 833
11 avait été consommé par avance sur les revenus de 1708, pour les dépenses de 1706
et 1707 5i 833p3
Fins sur les années 1709, 1710, it et 12. . 147.86^670
Four l’emprunt fait à Gênes a 000 000
11 était dû au sieur Bernard , pour avances
faites pour les troupes. 1 1 000 000
Aux frères lioguer , pour avances faites à
, l’armée d’Italie.. 600700
Les dépenses de i’an 1708 , suivant les ordonnances. 202788^351
Les fonds de 1708 ayant été presqo’entièrement consommés par avance, il ne restait de fonds libres de l’année 1708 , dé-duction faite des charges et assignations . anticipées , que ao 388 338 fr. . ■
A cette époque , Louis XIV était en guerre, à peu de chose près, avec toute. F Europe , sans y avoir un seul allié sur lequel il pût compter ses ennemis avaiènt été victorieux pendant plusieurs campagnes , et presque sur tous les points; ils étaient commandés par Malboro'ugh et Eugène. La France, loin d’être en possession de la Belgique , de la rive gauche du Rhin et d’une partie de i’italie, comme elle l’est encore aujourd’hui, •n’avait pas la Lorraine et voyait ses propres frontières entamées ; Landau et Lille étaient au pouvoir des ennemis ; il n’avait été fait aucnne disposition' pour les vivres de la campagne , nul fonds po’ur les remontes et les recrues.
Les papiers décrédités avaient fait resserrer l’argent à un tel. excès , que le paiement des troupes avait manqué dans presque tous les départemens. ^
Loin d’avoir, comme aujourd’hui, la perspective de 200 millions d’impôts en revenus ordinaires à recouvrer sur l’an 7 qui va finir; plus, 5 à 6co entièrement disponibles pour l’an 8 qui va commencer, les fonds entiers de l’année courante d’alors, ou de 1708 qui ne faisait que commencer, étaient entièrement mangés , à 20 millions près.
La population de la France était bien autrement épuisée { qu’au] ou rd’Iiüi , par une guerre ou plutôt par une suite de | guerres aussi longues que désastreuses. ’ |
La révocation de l’édit de Nantes , jointe aux dragoria!^ jh et autres persécutions contra les protestans et les jansénistes; l'I les folles prodigalités de Louis XIV ; la tyrannie de ses cour- U tisans et intendans , avaient mécontenté et exaspéré tous le5|p esprits. Pôur comble de malheur, survint Thiver rigoureux 1709 , avec une’ disette équivalente à la famine.
Eli bien ! à l’aide d’une subvention extraordinaire d’enviro.nVi ào millions en grains, et d’un dixiéme'de tous les revenus,
établis Viin et l’autre proportionneliement et non progressivement/ la France se tira de tout cela, avec son indépendance, avec son territoire plutôt agrandi que diminué, et, ô prodige l sans recourir à un impôt ou emprunt progressif , à une taxe sur les riches , à des expropriations légales, à un jury inquisitorial faisant fonction d’une chambre ardente , et autres mesures désastreuses qui sembleraient annoncer un projet de ruiner la France jusqu’à la quatrième génération.
J’ai dit mal-à-propos , ô prodige ! car c’en eût été un , et le plus grand de tous , si elle s’était tirée en adoptant ces mesures , dont une seule aurait suffi pour l’empêcher de &e relever.
Desmarets , ’ en parlant du versement du dixième de tous les revenus , ajoute oes paroles remarquables :
U Les ■ ennemis de la France se persuadèrent que l’étan blissement de cet impôt serait impossible; mais ayantvu que tous les citoyens se présentaient aux besoins de l’éîat^ » que la levée se faisait paisiblement et sans résistance , iL )> regardèrent ce dixième comme une rèssource inépuisable J) pour la guerre, et l’on peut dire que ce fut un des prin- T) cipaux motifs qui les détermina à faire la paix , n
Que Dieu veuille nous procurer comme alors, sans jury ai impôt progressif. Ainsi soit-il.