‹ Nécessité de l'éducation religieuseChapitre 1 sur 2 · MONSEIGNEUR, MES FRÈRES · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR, MES FRÈRES

C’est un grand honneur pour moi d'avoir été choisi pour prendre la parole dans une circonstance aussi solennelle, devant cet auditoire d'élite, en présence des autorités civiles et religieuses de ce pays venues apporter à cette grande cause de l'éducation chrétienne le témoignage sincère de leur dévoñment et le solide appui de leur haute et bienveillante sympathie.

Mais qu'elle est cette parole que vous attendez de moi? Si je vous parlais au nom de cette noble nation, dont le glorieux drapeau aux ctoiles d'or est à l'aurore de ce XXe siècle le palladium de la plus belle de toutes les libertés : la liberté religieuse, je vous dirais: Instruisez vos enfants dans toutes les branches des connaissances humaines, infusez-leur à profusion la science qui ennoblit l'intelligence, et agrandit l'horizon de l'esprit humain, vous contribuerez ainsi à la grandeur du pays! Si je vous parlais en homme d'Etat, je vous dirais que tout citoyen vraiment digne de ce nom doit posséder à l'heure actuelle un bagage intellectuel bien fourni; les ignorants et les illettrés ne sont pas seulement le déshonneur d'une nation, ils en sont la plaie et la plaie la plus terrible qui puisse s'attacher à ses flancs, parce qu'elle est inguérissable : ce sont des citoyens rates, et que voulez-vous qu'un pays d'avenir comme l'Amérique fasse de tels êtres? Si je vous parlais au nom de votre patriotisme—car je sais que je m'adresse à des Canadiens pur sang—je vous dirais: Donner à vos enfants une solide formation

intellectuelle est le plus grand bienfait que vous puissiez leur transmettre après celui de l'existence; dans un pays où l'Etat favorise, stimule et encourage toutes les activités en vue du bien commun, c'est une question d' honneur pour la race canadienne de déployer toutes ses énergies pour obtenir la prépondérance intellectuelle.

Mais ma parole a une portée infiniment plus haute. Au-dessus de l'Etat 11 y a l'Eglise, et c'est en son nom que je viens proclamer devant vous la nécessité souveraine de l'éducation religieuse ; c'est au nom de cette autorité supérieure chargée de conduire les âmes à leur fin dernière que je viens vous exhorter à fonder des écoles catholiques où vos ue VA pourront recevoir la science des sciences, la science divine et sacrée contenue dans l'Evangile et le catéc “hisme: au-dessus de toute nationalité et de toute patrie terrestre, il y a l'Eternelle Patrie qui est le Ciel qu'il faut conquérir à la pointe de l'épée : au-dessus de l'homme et du citoyen 1} y a le chrétien, enfant de Dieu appelé "4terandir a atteindre un jour la plénitude de sa perfection, à lutter et défendre la possession de sa vie surnaturelle au prix des plus héroïques sacrifices.— Et c'est au nom de cet Idéal chrétien et sublime que vos enfants doivent un Jour réaliser s'ils veulent être des vaillants et des forts :—c'est au nom de l'Église dont ils sont les membres ;—c'est au nom de vos origines si pures et si belles auxquelles vous devez rester fidèles, que moi disciple de Jésus-Christ, moi son apôtre et son porte-parole, moi le faible écho de sa voix divine, je viens vous redire la parole qui proclama pour tous les temps la nécessité de l'éducation religieuse et qu'il prononça un jour devant une foule immense qui ne pouvait se rassasier de l'entendre et en presence d'un groupe ineffable de petites tètes blondes que son irrésistible vertu attirait à Lui:

“Laissez venir à moi les petits enfants

Monseigneur—Vous avez tenu à venir appeler sur cette nouvelle maison et sur la nombreuse jeunesse qu'elle va désormais abriter dans ses murs la.vive et surnaturelle lumière qui éclaire les intelligences, la orande force qui mène le monde, la force de l'Esprit. Rien ne pouvait réjouir d'avantage cette population chrétienne en ce beau jour de fete, rien surtout ne pouvait être plus consolant pour ces àmes si fières de leur foi et aussi fidèlement attaches à leur premier Pasteur.

Pour ma part, j'aime à voir devant moi la plus haute autorité relioieuse de ce diocèse venant attester par sa présence l'importance extrêéme des écoles religieuses et affirmer ainsi hautement le vif intérêt qu'elle porte à cette œuvre capitale. Je mettrai dans mon humble parole toute mon âme et tout mon cœur d'apôtre trop heureux, Monseigneur, si vous l'agréez et si les catholiques de Pawtucket à qui je l'offre veulent bien l'accepter. -

L'éducation est la promotion de l'enfant à l'état de perfection intéorale. Ce perfectionnement complet de l'être humain ne comprend pas seulement l'éducation physique, fin prenuère du mariage et qui consiste à faire de l'enfant un homme; l'éducation intégrale embrasse

aussi la culture de son intelligence, de son cœur, de son âme et de sa conscience ; elle vise pardessus tout la formation en lui de l'être religieux. Et à qui donc appartient ce travail si complexe de l'éducation ? Ÿ oilà bien des siècles que le Philosophe l'a dit: ‘Il est trois choses que nous recevons de nos parents: l'existence, la nourriture et l'éducation...” (Aristote). Les parents sont les éducateurs-nés de leurs enfants, c'est à eux qu'il appartient de droit naturel de nourrir l'enfant, de régler son mode d'existence et de suppléer à sa raison absente. Kt c'est avec une infinie justesse que St-Thomas compare cette période initiale des soins délicats donnés à l'enfance à une seconde gestation où l'enfant vit en quelques sorte dans la raison, le cœur et l'âme de ses parents. [1 ne suffit pas de mettre des enfants au monde, il est du devoir essentiel du père et de la mère de leur faire atteindre la plénitude de la virilité, de les acheminer vers l'état d'hommes parfaits où ils possèderont eux-mêmes la maîtrise de leurs moyens et de leur mode d’'existence. Et comme à son impuissance physique s'ajoute pour l'enfant l'incapacité de vivre selon la loi morale, il importe de lui donner une éducation morale ; au-dessus du corps, il y a en lui l'âme raisonnable et libre: au-dessus de son bien corporel, 1l y a en lui son bien proprement humain : qui donc lui permettra de dompter ses viles tendances natives et d’attemdre pleinement son bien humain? Qui donc l'exercera à vivre d'une façon permanente sur ce sommet ardu mais divinement lumineux qui s'appelle “l'état de vertu”? Qui donc lui imprimera dans l'âme tous ces nobles actes de vertu qui sont le glorieux apanage de l'homme: la justice, l'honnêteté, la loyauté, l'honneur, la bravoure, la générosité, la bonté? L'éducation morale donnée par les parents... L'enfant a beau avoir sa personalité distincte : l'héridité a mis en lui de la substance et du tempérament de ses parents ; ceux-ci connaissent mieux que personne sa nature et le type de vertu qui lui convient; 1l est leur portrait tout vivant ; ils l’aiment passionnément et ils désirent son bien pour luiméme ; ils l’aiment non par libre choix ou par intérêt, mais par pur instinct de nature, comme quelque chose d'eux-mêmes. Oui, les enfants sont bien ‘‘la chose” des parents, et voilà pourquoi l'éducation leur appartient en propre, et voilà pourquoi je ne reconnais à aucune autorité humaine de s'arroger le prétendu‘pouvoir de leur conférer ce droit pas plus que je ne reconnais aucune loi positive capable de leur enlever cette prérogation essentielle. Je sais bien qu'à l'aurore de ce XXe siècle dans un certain triste pays que'je nommerai pas, il s'est rencontré quelques ‘Jacobins aux mains sales”, dignes héritiers ‘des Jacobins aux mains rouges de ‘03’, assez insensés, assez osés pour dire que l'éducation relève du domaine direct de l'Etat, parce que—prétendentils—l'enfant appartient à l'Etat avant d'être à sa famille: ces faibles et haîneuses clameurs de vieux sectaires enragés resteront sans écho même dans l’infortunée nation où elles ont été naguère proférées, et elles iront infailliblement se briser et s’éteindre contre linébranable rempart du droit supérieur conféré par Dicu aux parents.

Rien n'est terrifiant comme le spectacle d'une lionne à qui on voudrait tenter de ravir son lionceaur. Gus des parvenus d'un jour, détenteurs momentanés du pouvoir et écume du caprice populaire, viennent donc

vous dire, Mesdames, au nom de l'Etat: “Vos enfants m'appartiennent! L'éducation c'est moi!” Je sens d'ici le juste frisson d'indignation qui ferait sursauter vos entrailles maternelles, je vois d'ici le flot courroucé de colère légitime qui vous monterait à la figure, j'entends les fières et vibrantes paroles de noble protestation qui jailliraient de vos lèvres enflammées pour stigmatiser ces tyranniques et impudents ravisseurs de l’âme de vos enfants et revendiquer énergiquement ce qui est votre droit intangible, votre bien le plus sacré. Et vous auriez raïison, parce que l'enfant appartient directement à ses parents. Cette grande vérité, vieille comme le monde, a été rappelée à l'univers catholique 1l y a quelques années par la voix du Pontife Romains, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, chargé d'éclairer les âmes, et que nous avons vu s'éteindre hier dans une auréole de clarté divine et de majesté sereine: ‘Les fils—a dit Léon XIIT, reprenant la doctrine Thomiste— sont quelque chose de leur père. Ce n'est pas immédiatement par euxmêmes qu'ils s'aggrègent à la société civile, mais par l'intermédiaire de la société domestique dans laquelle ils sont nés”. Est-ce à dire que je repousse toute intervention de l'Etat en matière d'éducation ?.… Loin de moi une pareille pensée. “Nul homme de bon sens, disait déjà de son temps le Philosophe, ne met en doute que l'éducation ne doive être le principal souci du législateur”. Et plus près de nous: “Personne, dit Zigliara, ne nie le droit de l'Etat à procurer aux citoyens de bons moyens d'éducation soit intellectuelle, soit morale”. Ce droit indéniable de l'autorité civile est d’ailleurs facile à saisir.

L'enfant n'est pas un être isolé, il fait partie d'un groupe; il doit entrer un jour en relations avec ses concitoyens ; par-delà le: cercle étroit de la famille, il y a la société; par-delà les bornes du foyer domestique apparait et se dresse pour nous englober dans son immense orbite, cette Réalité vivante dont la seule pensée électrise les courages et fait battre les cœurs: la Patrie! D'où la nécessité rigoureuse d’une éducation civique destinée à développer chez l'enfant les vertus du citoyen futur, éducation qui le saisit en tant que membre de l'État, comme partie subordonnée d’un tout organisé, à cause de l'influence naturelle et nécessaire qu'elle exerce sur la politique; qui ne sait—et ceci est un simple fait d'observation et d'expérience—que les mœurs privées déterminent la forme et la moralité des sociétés politiques ? Puis donc que l'éducation fait les mœurs et les mœurs l'Etat, un gouvernement bien organisé ne peut se désinteresser de l'éducation sous peine de voir des citoyens denués de toute formation politique le bouleverser dans sa forme ou corrompre les pouvoirs publics: c'est en ce sens que l'État doit agir sur l'éducation, exerçant le rôle vigilant de simple législateur en vue ‘du Bien commun... Que l'Etat s 'efforce donc d’inspirer à tous le dévoument au Bien commun de la Patrie! qu'il forme des citoyens honnètes, justes, sobres et intègres!. qu'il prescrive dans ce but les mesures nécessaires en proclamant comme en Amérique l'obligation universelle et absolue de l'instruction primaire! que pour faciliter l'instruction universelle il fonde des écoles—tout en laissant aux particuliers la liberté d'en diriger aussi; qu'il les subventionne, les inspecte-et impose certaines matières au programme! qu'il fonde des écoles spéciales pour

certains services essentiellement publics et dépendant de son autorité directe comme des écoles du génie, des écoles navales et militaires : cest son rôle! qu'il aille jusqu'à contrôler l'exercice du droit des parents sur la manière d'éduquer leurs enfants ; qu'il intervienne pour constater que les parents manquent gravement à ce devoir de l'éducation par des mauvais traitements et des scandales ; qu'il prouve l'indignité de certains à pouvoir élever leurs enfants; que parfois même il prononce la déchéance paternelle et confie l'éducation de l'enfant moralement orphe- Hn à des sociétés charitables où à des parents que l’ordre naturel désigne: cela relève de son ressort, l'État étant constitué le gardien de tous les droits. Je serai le premier à le féliciter et à l’applaudir!.. Mais qu'il ne cherche pas à vouloir monopoliser l'éducation, qu'il n'essaie pas d’entraver l’œuvre des écoles libres, qu'il ne leur fasse pas hypocritement ou bien ouvertement la guerre; qu'il ne décrète pas insolemment leur supression ; qu'il ne les ferme pas brutalement en recourant à la force armée ou bien qu'il ne s'en empare pas pour y faire régner son omnipotence absolue; qu'il ne renvoie pas après un faux semblant de procès les maîtres religieux que les parents se sont librement choisis, en sÉcramihaveciarropancemifle maitre denl'éducatiôn,- c'est.moi!”?,.: Voila, je l'avoue, un acte qui serait révoltant, un acte monstrueux et souverainement indigne d'une nation civihsée, un acte injuste et antinaturel contre lequel protesteraient énergiquement, et le simple bon sens, et la conscience universelle, et le droit naturel des parents, et toutes les nations où le pouvoir est considéré comme l'instrument de la Providence, le représentant et le juste détenteur de l'autorité divine. que dis-je? Un tel acte de despotisme irait à l'encontre du droit divin, à l'encontre des droits de lEglise—et ceci m'amène à vous dire et à vous montrer pourquoi l'éducation de vos enfants doit etre par-dessus tout religieuse. J'ai dit que l'éducation était la promotion de enfant au perfectionnement intégral de toutes sestfacultést or-qu'est-cei que ‘Fenfant? Un être infiniment complexe dont il faut former et développer les facultés physiques, intellectuelles et religieuses, un être qui a plusieurs fins à réaliser. L'enfant est plus qu'un membre de la famille, plus qu'un futur citoyen, c'est aussi un être religieux. Par son Baptême, 1l est devenu membre de l'Église, il est en route vers sa fin dernière: Île salut éternel. Et comme ‘oute autorité constitutée pour la réalisation d'un but ultérieur a le : droit de commander à celles qui ont charge des buts imtermédiaires”, et comme ‘tout but social temporel êst mférieur au bien éternel que procure l'Eglise”, l'éducation donnée par la famille et par l'Etat doit être subordonnée à l'autorité de l'Eglise qui est préposée au but suprème de la vie humaine. C'est vous dire sa main-mise directe, son droit spécial sur l'enfant, droit qui n’est pas simplement naturel comme celui de la famille, indirecte et purement législatif comme celui de l'État, mais un droit supérieur dérivant de sa nature même de société suprême chargée de conduire les âmes à la conquête de la vie éternelle. Le but uitime de la vie ce n’est pas la famille, ni la société, ni le Panthéon, le but de la vie: c'est le ciel! A l'Eglise donc—pour répondre à sa mission divine et réaliser la perfection intégrale de lenfant—de Timbiber

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et de l’imprégner de son Esprit surnaturel et divin... A l'Eglise de fonder des écoles catholiques, des écoles où l’on prie, des écoles où l’on croit, des écoles où l'on apprend à connaître la Vérité première, à posséder la science divine, à aimer Dieu, à l’adorer, à le servir, et à donner à l'être religieux son épanouissement complet en favorisant son élan vers la Divinité; des écoles où l’on s'occupe avant tout de l’âme, des écoles où l’on donne la première place à la religion, des écoles où l’on fabrique non pas des embryons d'êtres humains, de tristes médiocrités, des non-valeurs, des candidats à la mollesse et au spleen ne sachant le jour que trainer leur indolence et leur paresse sur le pavé des rues et très habiles, la nuit, dans l'art infernal de faire sauter les coffre-forts et de jouer du poignard! ; mais des écoles qui seront autant de succursales de la grande et divine Ecole où pendant sa courte vie terrestre Jésus, groupant autour de Lui tous les âges et toutes les conditions, enseignait cette incomparable morale qui est la plus haute loi de l’humanité et façonnait avec sa puissance divine cette conscience évangélique qui en est la plus pure gloire! A l'Eglise de semer à travers le monde, dans lame si riche, si fraiche et si docile des jeunes enfants le grain vivifiant de l'éducation religieuse! A l'Eglise d'exécuter fidèlement le mandat supérieur qu'elle a reçu de son divin chef: “Allez et enseignez toutes les nations et apprenez leur à observer tout ce que je vous ai mandé, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit!” A 1 Eglise de répéter sans cesse la parole si émouvante et si attirante par son exquise suavité, qui groupait autour de Jésus la multitude immense de ces êtres charmants au front lumineux et limpide, au regard transparent et bleu comme la coupole des cieux: “Laissez venir à moi les petits enfants!” À l'Eglise— en vertu de sa suprématie du droit divin sur l’éducation—le droit de condamner hautement l'enseignement neutre, Ecoutez ce qu'écrivait aux évèques de France le Pape Léon XIII le 8 février 1884: “L'Eglise a toujours ouvertement condamné les écoles neutres”. Et le 8 décembre 1897, s'adressant aux évêques Canadiens à propos des lois scolaires du Manitoba, 1l rappelait cette même vérité avec un redoublement d'énergie encore plus accentuée: “F1 faut fuir à tout prix comme très funestes les écoles où toutes les croyances sont accucillies indifféremment ou traitées de pair, comme si pour ce qui regarde Dieu et les choses divines il importait peu d'avoir ou non de saines doctrines, d'adopter la vérité ou l'erreur. Vous êtes loin d'ignorer, V. F., que toute école de ce genre a été condamnée par l'Eglise!” A l'Eglise—pour ce qui concerne la formation civique, l'instruction primaire, secondaire et professionnelle—le droit indirect de la contrôler en tant qu'elle peut aider ou nuire au bien surnaturel—le caractère chrétien de l'enfant le subordonnant à sa surveillance. Mais à l'Eglise—pour ce qui regarde la formation et l'éducation religieuse—le plein droit d’une autorité directe; à Elle le droit direct de fonder des ecoles, de placer à leur tête des maîtres religieux et de donner à l’enfance un tempérament foncièrement chrétien. Mais qu'est-1il besoin de vous prouver par des raisonnements le droit incontestable de l'Eglise en matière d'éducation? Cette œuvre ne fait-elle pas partie intégrante de son fonctionnement terrestre? Ce rôle prépondérant de suprême

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éducatrice, Elle l'a compris dès sa fondation, Elle l'a exercé dès son origine et durant le cours glorieux de son long passé Elle n’a jamais cessé de le proclamer et de le revendiquer comme une de ses prérogatives essentielles. Voyez le Christ son fondatur. Il commence par appeler à Lui les petits enfants; [1 verse dans leur âme et leur intelligence des torrents de lumière et Il ordonne à ses Apôtres de continuer l'œuvre qu'il a inaugurée: ‘“Euntes docete! Allez et enseignez!” Écoutez la grande voix de Paul de Tarse proclamant la nécessité souvéraine d'une solide formation religieuse: ‘“Elevez vos enfants—dit-il aux premiers chrétiens—dans l'enseignement et la discipline du Seigneur!” Après lui, ce sont les Clément, et les Justin qui instruisent le peuple. L'Empire Romain s'effondre et disparait, les nations européennes surgissent att milieu de torrents de sang, voici le flot redoutable de la Barbarie qui s’avance de l'Orient s 'apprétant à submerger lOccident. Qui est-ce qui descend de nouveau dans les rangs du peuple pour y répandre avec la lumière le Verbe de Vérité? L'Eglise et l'Eglise seule. A la porte de ses vastes et nombreux monastères, Elle place une école, à l'ombre de ses hautes et superbes cathédrales en granit dont Elle a jonché le sol de la vieille Europe, sous le toit hospitalier de ses évêchés, Elle fait fleurir l'enseignement gratuit pour tous et l’on voit les ordres illustres de la famille d'Augustin ou de Benoit se dévouer avec une abnégation sans égale à cette œuvre scolaire... Voici se lever lésiècle célèbre d'Innocent DER l'Europe entière se couvre d’universités, toutes d’origine catholique; Paris, Oxford, Naples, Bologne sont envahis par une jeunesse ardente et studieuse; les Franciscains sous leur robe de bure deviennent les éducateurs des simples; les Dominicains sous une tenue plus éclatante sont les éducateurs des lettrés ; les chaires de philosophie et de théologie sont occupées par Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Roland de Crémone...

À l'époque de la Renaissance, apparait la célèbre Compagnie de Jésus qui à son origine se consacre exclusivement à la formation de la jeunesse, mais qui emportée bientôt par l'impétuosité irrésistible de son zèle dévorant pour la “gloire de Dieu” ne tarde pas à tout embrasser et tout envahir Et à l'entrée des temps modernes, qui est-ce qui donne le branle à ce mouvement superbe et généreux qui s'origine en France pour s'étendre au monde entier? Un humble prêtre—aujourd'hui placé sur les autels-—Jean-Baptiste de la Salle. Il se lève, il parle, il montre cette multitude immense d'abandonnés et de délaissés.… et à sa voix touchante surgit spontanément une phalange d'hommes humbles et dévoués, désireux d'aller porter aux enfants du peuple les premiers éléments de la connaissance sous la glorieuse livrée du sacrifice. Le zèle actif et fécond de l'Eglise continue et vers le milieu du siècle dernier, un autre prêtre, Jean- Marie de Lamennais, fonde les Frères de l'Instruction chrétienne pour l'éducation de l'enfance dans les campagnes. Et en ce moment, que voyons-nous ici? Que voyons-nous partout? des milliers de religieux et religieuses de tout ordre, venus de tous Îles points de l'horizon, se dévouant totalement, se dépensant avec un courage surnaturel qui force l'admiration, à | TURN de l'enfance,

ouvriers infatigables de la mission supérieure de l'Eglise. Un grand orateur a dit un Jour que “l'histoire de l'Eglise pourrait se définir l'histoire de la création et de la formation des écoles”. Jamais parole ne fut à la fois plus belle et plus vraie: vous venez de le constater vous-mêmes! Cette nécessité d'une formation religieuse, ce droit supérieur de l'Eglise sur l'éducation de la jeunesse, vous l'avez reconnu vous-même, vénéré pasteur de cette paroisse, vous qui êtes ici le continuateur de l'oeuvre du Christ: voilà pourquoi vous vous êtes si vivement intéressé à la formation première de ces chers enfants; cette nécessité, vous l'avez comprise depuis longtemps, et voilà pourquoi votre premier objectif au lendemain de votre arrivée dans cette paroisse a été de bàtir une école catholique, une école religieuse où Jésus le divin Maitre occupe la première place, où Il est exposé dans chaque classe à tous les regards tendant vers l'enfance avec une infinie bonté ses bras divins pour l'attirer à Lui: “Laissez venir à moi les petits enfants!"”; voilà pourquoi vous avez placé à la tète de cette maison des maïtresses 191 s vaillantes Soeurs.de Ste Anne -que l’on! rencontre e partout où ii y a du bien à faire et du dévoûment à prodiguer,—ces religieuses si pleines

de zèle et d'abnégation et qui seront auprès des enfants confiés à leur sollicitude les fidèles instruments de l'Eglise; voilà pourquoi aussi, pour réaliser promptement cet [Idéal magnifique, ardent objet de vos plus chers désirs, vous vous êtes mis vaillamment à l'oeuvre, avec cette énergie inlassable qui vous caractérise, vous avez travaillé sans relâche comme un vrai soldat du Christ, vous avez peiné, vous avez souffert, que dis-je? vous vous êtes dépensé jusqu'à l'héroisme:. recevez aujourd’ hui avec justice la digne récompense de ces sacrifices sanglants et de cet admirable dévoument d'apôtre. Permettez-moi de vous dire que vos paroissiens sont heureux de vous possèder, fiers de vous contempler tout rayonnant de la joie la plus douce et la plus méritée: ils vous envoient par ma bouche l’expression sincère de leurs félicitations et de leurs remérciements, et je suis convaincu que s'ils ne cratgnaient de blesser votre humilité et de troubler la sainteté de ce lient, ils vous applaudiraient et vous: acclameraient!.. Qui, cette nécessité de l'éducation religieuse réclamée, impérieusement par l'Eglise, vous l'avez comprise, chers paroissiens de Pleasant View, et c'est pourquoi vous n'avez pas reculé devant les sacrifices les plus beaux et les plus généreux: les sacrifices les plus généreux en versant avec une charité inépuisable l'humble obole qui a fait jaillir de terre ce monument splendide; les sacrifices les plus héroïques, en renonçant momentanément à construire à Dieu un temple et en donnant à l’école la primauté: “Si j'avais à batir une église et une école, disait un jour un grand prélat, je commencerais par l’école”. Cette noble et épiscopale parole vous ne l'aviez peut-être jamais entendue, mes frères, mais ce qui vaut infiniment mieux, vous l'avez prononcée depuis longtemps au fond de vos coeurs et vous vous ètes empressés de la réaliser, vous souvenant que c’est en effet l’école chrétienne, prolongement de la famille et vestibule de l'Église, qui en formant solidement vos enfants

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préparera les robustes chrétiens de demain, cette magnifique levée d'ames vaillantes qui seront les intrépides défendeurs de la foi catholique, qui garderont fidélement au plus profond de leurs coeurs et sèmeront, partout où les poussera le souffle de Dieu, les croyances et les traditions religieuses de leurs pères. Le sacrifice demandé était douloureux, mais—depuis le jour mémorable où le sang du Christ a rougi l'aride plateau du Golgotha pour imprimer à son oeuvre le sceau de la divinité, c'est-à-dire de l’immortalité,—le sacrifice est à la base de toute oeuvre bénie de Dieu;—et vous l'avez accepté héroïquement à la facon des âmes de foi ardente que rien n'ébranle jamais parce qu ‘elles sont la proie totale du Christ et se laissent toujours mouvoir avec souplesse au gré de l'Esprit divin qui les anime. Ce sacrifice douloureux aura demain sa récompense, une récompense éclatante—les âmes généreuses comme celles à qui je m'adresse en ce moment sont capables des plus incroyables efforts et des résolutions les plus sublimes—et le jour n'est pas loin, jour que j'appelle de tous mes voeux, où je l'espère à côté de cette magnifique école, votre légitime orgueil et lobjet de l'universelle admiration, nous saluerons avec enthousiasme le joyeux lever de la deuxième église canadienne de Pawtucket. Cette douce pensée, cette lointaine et consolante vision doit faire battre bien fort vos COQUTS en ce moment; CE ne Sont encore que des battements d'espérance, il est vrai, mais quand le coeur bat si fort, mais quand l’espérance a pour point d'appui Dien Lui-même, elle est déjà une Réalité.

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Qu'est-ce que l'homme? Un être essentiellement religieux dont le premier besoin est de connaitre Dieu qui lui a donné l'existence, de l'aimer et de l’adorer.. qu'est-ce que l’homme? Un être extrèmement faible et perpétuellement souffrant, tourmenté par l'insatiable besoin de vivre de Dieu, d'élever vers Lui son coeur endolori, affamé de surnaturel. et lui refuser une formation chrétienne, ce serait Île laisser croupir dans la détresse, la désespérance suprème, ce serait le confiner dans sa triste vie d'un jour: ‘Tu viens de Dieu, tu as un Père au Ciel, tu ne le connaïîtras pas; tu est fait pour vivre de Dieu et espérer en Lui, tu ne vivras que de la terre; tu réclames à grands cris l'infini, tu n'avaleras que de la poussière: tu voudrais contempler le ciel avec ses perspectives infinies, tu ne verras que l'horizon borné de ce misérable monde; tu voudrais prendre ton vol audacieux vers les régions sereines où habite l’Invisible, tu ramperas dans la boue: tu souffres cruellement, tu es broyé dans ton corps et dans ton àme, tu ne verras Jamais descendre sur toi pour te réjouir et te caresser le plus faible rayon d'En Haut, le ravon consolateur qui vient des Cieux! Comment donc atteindra-t-il le perfectionnement nécessaire à son être, Si vous tarissez en lui la source de l'Idéal divin? Comment voulez-vous lui parler d'espérance si vous commencez par vider le Ciel? Pourquoi vou-

driez-vous lui faire entrevoir dès ici-bas les régions mystérieuses de l'au-delà, si vous lui enseignez que la terre est la seule réalité? Puisque les vertus ne sont que des principes illusoires, la liberté une illusion, la morale une convention, pourquoi vouloir lui parler de devoir, de vertu et de sacrifice? seule l’école religieuse peut déposer en lui les bases solides du futur édifice de sa vie chrétienne. En effet, c'est à l'école religieuse—prolongement naturel de la famille—que l'enfant continue de pénétrer ces consolants mystères du temps et de l’Eternité que ses parents lui ont fait entrevoir; c’est là qu'il apprend à connaitre à fond le Père dont il a commencé à begayer le saint nom dès sa plus tendre enfance; c’est là qu'on lui imprime fortement ces convictions fermes qui plus tard se feront jour en lui et lui permettront de regarder crânement en face et de surmonter les inéluctables sombreurs de la vie!

Mais, je vous le demande, qu'espérez-vous voir sortir des écoles neutres, des écoles sans Dieu, sinon des âmes sans Idéal et dépourvues de toute énergte chrétienne? Que deviendront plus tard ces Jeunes enfants privés de toute formation religieuse première? Que verra-t-on règner dans les familles : l'harmonie ou le désaccord, la paix ou la révolution? Quel sera le sort réservé aux nations composées d'éléments n'ayant reçu aucune éducation chrétienne ? Connaissez-vous spectacle plus triste, tableau plus écœurant que celui de l’école sans Dieu? Le Christ aux bras étendus sur la Croix du salut, le Christ Rédempteur dont l’image sacrée se trouve dans chacun de vos foyers, absent du lieu où se réunissent tous les jours les petits enfants qu'il aimait à presser avec tendresse sur sa large poitrine toute brülante d'amour divin; les fillettes, blanches de coeur et d'ame comme la mousseline éclatante de leur première communion, ne pouvant plus contempler les traits éblouissants et purs de la Reine du Ciel; les saintes images qui évoquaient les grands souvenirs bibliques disparues et lacérées par des mains impies; la prière si touchante quand elle part du coeur de l'enfance, supprimée; ne plus voir jamais les petites mains se joindre et s'élever affectueusement vers le Ciel; ne plus entendre les lèvres roses murmurer angéliquement les noms suaves et bénis bégayés sur les genoux maternels, ces deux noms adorés devant lesquels se sont prosternées vingt générations: Jésus, Marie; le Décalogue, cette loi supédieure à toutes les lois, dictée il y a 3000 ans sur le mont embrasé du Sinaï par la voix de celui qui est l'Eternel, ce Décalogue devant lequel tous les génies du monde se sont inclinés, remplacé par la morale civique et indépendante; la jeunesse ne doit plus apprendre les origines du monde; l’homme du jour entrainé par son orgueil ne veut plus descendre de Dieu, il se sent humilié à la pensée de la Création, il préfère adopter pour père la nature et se proclamer un descendant du singe après avoir été cryptogame et mollusque: et tout cela pour pouvoir affirmer que la Genèse n’est qu'une légende absurde, Dieu une pure hypothèse et lui, le noble résultat d'une corruption végétale, le digne fils d'une fermentation spontanée! Et l’on voudrait voir sortir de ce moule humain et glacial des coeurs

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chauds, ardents, et tout débordants de charité divine? Et l’on voudrait forger dans ces ateliers indifférents et athées des tempéraments portant la marque des vrais chrétiens? Et l’on espère pouvoir ainsi répondre pleinement à tous les “desiderata” de ces jeunes et bouillantes natures soulevées et attirées vers l’Infini? Mais du fond de ces tristes écoles, mais du sein de cette atmosphère glaciale, n’entendez-vous pas monter vers le Ciel le cri déchirant, le cri irrésistible de toutes les âmes rachetées par le sang du Christ? de ces âmes affamées et irrassasiées ? de ces âmes réclamant le pain invisible de l’âme, le pain nourrissant de la vie divine? Ne sont-ce pas ces enfants infortunés qu’apercut dans l'avenir le Prophète, de son perçant et lumineux regard de Voyant, lorsqu'il s ’écriait: “Parvuli petierunt panem et non erat qui frangeret eis”— “Les enfants ont demandé du pain et il ne s’est trouvé personne pour le leur donner”? (Jérémie). Car, que nous le voulions ou non, malgré nous, nous cherchons Dieu, nous sentons Dieu, nous avons besoin de Dieu, nous avons tous faim de Dieu et si on ne nous avait jamais parlé de Lui, nous ferions comme cet enfant que des parents —indignes de ce nom—avaient voulu élever en-dehors de toute religion et à qui ils avaient essayé de cacher l'existence de Dieu en l’entermant dans un cachot jusqu'à l’âge de 12 ans... et qui le jour même de sa première sortie laissa échapper devant son père cette surprenante parole qui fit trembler l’insolent athée: “Oh! papa! regarde

le soleil! comme il est beau! Dis-moi donc qui l’a fait?” Eh quoi! l’homme est un être essentiellement religieux et l’on voudrait le voir se passer de Celui qui est sa force et sa vie? Eh

quoi! l’homme est emporté violemment vers Dieu comme vers son Centre et l’on voudrait enrayer en lui ce sublime mouvement d'ascension divine? On voudrait qu'il puisse être élevé en dehors de toute notion de ta Divinité?... on voudrait qu'il puisse atteindre la plénitude de la vie chrétienne sans avoir passé par le moule sans rival du perfectionnement humain par l'éducation religieuse? Jamais! jamais !..

Le passé est là devant nous pour nous donner un démenti sanplant! Parcourez les feuillets de l’histoire. Elle vous dira que depuis l’origine du monde jusqu'à nos jours la religion a été la seule base de l'éducation, la génératrice infaillible des âmes fortes et vigoureuses.

Lisez l'histoire des rois de Perse; vous verrez qu'ils confiaient leurs enfants à quatre maitres choisis parmi les meilleurs de la nation. Le plus sage leur enseignait la religion, le plus juste la justice, le plus vaillant leur soufflait dans l'âme la bravoure, et le plus tempérant leur apprenait à dompter leurs passions. [nterrogez les Grecs et les Romains: vous verrez qu'ils furent par-dessus tout des peuples religieux et qu'ils puisèrent dans la croyance à la Divinité le principe de leur étonnante grandeur. Etudiez les plus grands génies philosophiques et littéraires: Platon, Socrate, Sénèque et Cicéron : tous vous diront que l'instruction est une oeuvre divine et que les sociétés ne peuvent exister sans elle...

Et si nous passons de l'ère païenne à l’époque de la civilisation chrétienne c'est toujours la même unanime affirmation de cette vérité: “J'avais cru qu'il était possible de donner aux enfants une bonne éducaton sans religion et d’être vertueux sans elle, mais depuis longtemps je suis revenu de cette grande erreur.” Et savez-vous qui a parlé de la sorte? Jean-Jacques Rousseau. “Vous croyez, dit un jour Napoléon Premier à Fontanes, que l’homme peut être homme s’il n'a pas Dieu ? Sur quel point d'appui pourra-t-il placer son levier pour soulever le monde, le monde de ses passions et de ses fureurs? L’homme sans Dieu, je l’ai vu à l'œuvre depuis 1703. Cet homme-là, on ne le gouverne pas, on le mitraille. De cet homme-là j'en ai assez. Ah! c’est cet homme-là que vous voudriez faire sortir de mes collèges? Non, non, pour former l’homme qu'il nous faut, je mettrai Dieu avec moi, Car ii s'agit de créer et vous n'avez pas encore le pouvoir de créer apparemment.” ‘Point d'instruction sans éducation et point d'éducation sans morale et sans religion.” “L'éducation morale seule peut faire des citoyens et des hommes, et il n’y a pas d'éducation morale sans religion”. Ainsi ont parlé à leur tour Portalis et Cousin. Qui donc ne se rappelle aussi avec une douce émotion la belle parole que M. Thiers prononça à la tribune française en 18507: “J'ai tendu la main à ceux que j'ai combattus; je suis prêt à confier au clergé l'instruction primaire. 7. Et voici que le ogrand poète Victor Hugo vient nous dire à son tour ces mots qui ont ‘dû faire tressaillir ses ossements sous l’énorme monceau de fleurs qui les recouvrait lorsque l’orgueil humain s'est servi de son vil cadavre pour chasser Dieu de son temple et expulser de son Eglise la patronne de Paris: “Plus l’homme grandit plus il doit croire; l’enseignement religieux lui est plus nécessaire que jamais ; en supprimant Dieu de ce qui est la souffrance, on fait le désespoir.” Que conclure de cette longue expérience des siècles ? La nécessité impérieuse pour l'enfance d'une “forte éducation religieuse ; que ressortil clairement de ces témoignages multiples ? le besoin nécessaire et permanent de Dieu pour tous... La faim de la Divinité, mais c’est le premier cri de l'enfance qui grandit, s'épanouit et dont l'instinctif mouvement est de regarder le Ciel pour y découvrir Dieu; la faim de le Divinité, mais c'est le grand tourment de l'humanité accablée et découragée qui réclame un Consolateur, qui soupire après le terme de ses souffrances et appelle le règne éternel de la paix et du bonheur; la faim de la Divinité, mais c'est ce besoin inexprimable et indicible qui à certaines heures angoissantes de la vie nous élève au-dessus de nousmêmes et du monde pour nous jeter tout frissonnant d'amour dans les bras de Dieu; la faim de la Divinité, mais c'est ce cri irrésistible qui m'échappe spontanément à moi-même, ce cri que je ne puis arrèter sur mes lèvres tremblantes, ce cri que l'humanité entière répète et qui monte jour et nuit de la terre au Ciel...

Qua nd le travailleur, l’'ouvrier—comme nous l'avons vu dernièrement-—réduit par la terrible et maudite grève à tendre la main, à menher pour lui et les siens la bouchée de pain quotidienne, voit s'avancer avec angoisse le redoutable hiver, lorsqu'il aperçoit près de lui sa malheureuse femme toute décharnée et en Pi tpages ses enfants à moitié

pur

nus et gémissant de froid et de faim, vers qui voulez-vous donc qu'il élève son cœur brisé et ses yeux gonflés de larmes? Vers qui voulezvous qu il tende ses bras abattus si ce n’est vers le Dieu souverainement Bon qu'une mère chrétienne lui a appris à connaître dans son enfance ? À qui voulez-vous qu’il demande du secours dans son dénûment extrème sinon au Père qui règne dans les cieux et qui a promis à ses enfants de ne jamais les abandonner : “Ne vous inquiètez pas pour votre vie, ne HER mettez point en peine, disant : bis mang'erons-Nous ? que boirons-nous ? de quoi nous vêtirons-nous? N'ayez point souci du lendemain, cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par-dessus” (St Mathieu vi)...

Quand la mère affolée voit, dans le berceau, son enfant pâle, violemment secoue par la souffrance, les yeux à demi-éteints, la poitrine ralante, menacé par la mort qui le frôle déjà de son haleine glaciale…. S1 l'éducation première de cette femme éplorée n’a pas été dirigée vers Dieu, qui voulez-vous quelle implore dans son infinie douleur? Pauvre mère affligée! vers qui voulez-vous qu'elle jette le cri affolé de sa désespérance si ce n'est vers la Mère des mères, vers Celle qui a si cruellement souffert au pied de la croix, vers la consolatrice des affligés, cette rayonnante et virginale figure que la religion catholique à transfigurée comme le génie bienfaisant de tous ceux qui pleurent et qui souffrent ?.…

Quand le soir, par ces froides et longues nuits d'hiver, là-bas, sur les

vastes champs de bataille de la Mandchourie, le soldat démoralisé du Tsar, mortellement blessé, couché dans un sillon rouge avec la neige pour linceul, brülé par la fièvre et dévoré par une soif ardente, voit à la triste et rapide lueur des canons vomissant la mort à pleines gueules, ses frères d'armes retraiter péniblement en désordre, découragés et trahis par la victoire qu'ils croyaient tenir, quand avec son sang généreux coulant goutte à goutte des larges blessures reçues, il sent sa vie bouillante et si jeune s'en aller lentement comme Île jour qui descend derrière le lugubre plateau... s'il n'est pas chrétien, s'il n'a pas recu sur les genoux maternels une formation surnaturelle, qui donc pourra le consoler, soutenir son courage et transformer sa mort en celle d'un brave? L'aumônier militaire? Il est tombé au champ d'honneur, le crucifix à la main, la poitrine traversée par une balle. Ses frères d'armes? Autour de lui ils sont tous morts, les autres sont en pleine déroute. ils fuient tristement ; il n'entend plus que le bruit lointain de leurs pas précipités.…. À l'ennemi qui s'approche et avance comme un torrent débordé et mugissant? Mais. c'est un païen, un barbare, teint d'un léger vernis de civilisation, enivré par un commencement de victoire, assoiffé de haîne, de vengeance et de sang. Oui, vers qui donc voulez-vous qu'il élève sa pensée? sinon vers le Dieu Créateur et Eternel? vers le Dieu des armées qui dans un instant va ouvrir son Ciel de gloire à ce vaillant soldat martyr ?.…

Et devant une si affreuse perspective l'on voudrait tenir Dieu à l'écart de l'enfance? l'on voudrait l’effacer ? l'on oserait décréter follement sa suppression? mais... il faudrait commencer par monter jusqu'aux Cieux, mais il faudrait commencer par faire taire ces astres qui

ctincellent là-haut pour raconter sa gloire, mais il faudrait commencer par imposer silence à notre cœur, à notre âme qui l'appelle, le désire et le réclâme impérieusement !... Et devant un avenir si sombre réservé à tant d’âmes, quels sont vraiment les parents chrétiens assez insensés, assez aveugles, assez dénaturés pour vouloir refuser à leurs enfants

l’inappréciable bienfait d’une formation religieuse? La repousser, ce serait travailler ouvertement au malheur certain de ces infortunés petits, les empêcher de pouvoir jamais réaliser l'Idéal chrétien, ce serait préparer pour l'avenir une génération de monstres qu'aucun frein ne pourra brider et qui ne connaîtront d’autres lois que celles de leurs caprices et de leurs fantaisies : aujourd'hui la passion, demain le mépris de leurs parents, après-demain le poignard, la corde ou le revolver Je ne crois pas que de tels parents puissent se rencontrer nulle part!

Repousser l'éducation religieuse, ce serait préparer la ruine directe et immédiate des familles. Si les enfants ne connaissent pas Dieu, au nom de qui les parents pourront-ils leur demander l'obéissance, l'amour et le respect? S'ils ne vénèrent en leurs parents l’image vivante de Dieu, comment compter sur leur respect ?…. Si on né leur à enseigné dès l'âge le plus tentre que Dieu a déposé dans les mains de leurs parents le sceptre de l'autorité divine, au nom de qui pourront-ils bien leur demander l'obéissance ?... Si on ne leur a appris à garder leur cœur dans l'innocence; au nom de aui va-t-on leur demander l'amour ?... Otez la pensée fondamentale de Dieu, toute autorité s'écroule ; enlevez cette base nécessaire de la famille, 1l reste plus qu'un triste monceau de ruines. Le jour où les enfants viennent à mépriser leurs parents... le jour où dans leur juvénile et aveugle insolence et pour obéir aux viles passions naissantes qui les étreignent, ils auront secoué la douce et bienfaisante tutelle de leurs parents pour s'écrier :. Désormais, je suis mon maitre! Donnez-moi ma part d'héritage pour que je m'en aille au loin... j'en ai assez de ce joug pesant et intolérable !”… Ce jour-là, c'est la déchirure la plus vive et la plus sanglante qui est produite dans ces cœurs si douloureusement blessés, c'est pour les parents négligents la perte irréparable, la mort navrante de leurs chers enfants, c'est surtout, s'échappant de l'âme broyée de la pauvre mère frappée en plein cœur le plus affreux des cris, la douloureuse lamentation de cette femme de l'Ecriture : : “Noémi!. . Noémi!.:. Ohf ne: m’'appelez. .pluse Noémi! Autrefois, on m'appelait Noémi la belle, et j'étais belle alors, en effet, car j'avais mes enfants; maintenant, appelez-moi Mara, la malheureuse, car Je n'ai plus mes fils!”

Et les peuples, et les nations, ne ressent-elles pis aussi le contre-coup forcé de cette éducation sans Dieu? Vous le savez comme moi: telles mœurs, telle famille, telle société. Bonne et religieuse, l'éducation fait la prospérité et la gloire d'une nation; neutre, c'est-à-dire sans Dieu, clle en prépare la ruine imminente. Le bonheur et l'harmonie d'une famille, la grandeur d'une nation dépendent de la formation première donnée aux individualités qui la composent. Aussi tous ceux qui ont voulu s'obstiner à faire l'expérience de l'éducation sans Dieu sont-ils bien vite revenus de leur erreur devant la clarté frappante des tristes

résultats obtenus. C'est l'histoire contemporaine que je vous raconte. \’oyez vous-mêmes !

La Russie ferme les gymnases où les jeunes filles de bonne maison oublient tous leurs devoirs religieux et apprennent en revanche la théorie de l’assasinat et le maniement du revolver.

L'Allemagne sérieusement menacée par la marée toujours montante du socialisme a décidé dernièrement qu'il fallait en revenir aux écoles professionnelles, et son grand empereur ne laisse jamais passer une circonstance solennelle sans proclamer cette nécessité ét sans invoquer sur lui et sur son peuple la protection du Dieu tout Puissant...

Le résultat de l'éducation sans Dieu? Demandez-le donc à la République de l'Equateur : elle vous montrera son regretté Président, Garcia Moreno, tombant sous le poignard des Franc-Maçons formés à l'école révolutionnaire...

La IFrance, un moment détournée de sa mission séculaire au milieu des peuples chrétiens, par la main de quelques rénégats et sectaires, a voulu faire l'essai de l'école sans Dieu; regardez-la emportée par le tourbillon révolutionnaire, accomplir cette œuvre néfaste! Jamais encore 1l ne s’est vu rien de plus écœurant sous le soleil et de plus inquietant pour l'avenir de cette nation: ses moines sont chassés, ses religieuses traquées, ses couvents fermés, son Eglise persécutée, ses écoles chrétiennes supprimées et leurs maitres dispersés, les honnètes gens partout découragés. Entendez-vous retentir ce chant révolutionnaire? La connivence des chefs du pouvoir a remplacé l'hymne si enlevant de la Marseiilaise par le chant ignoble de l'Internationale. Entendez-vous Lestonsrderrevolterue bas larméernrC’est-leccrisunaiverselsdu-Jour: Vovyez-vous cette guenille, couleur de sang, que l'on promène triomphalement à travers les rues de la capitale? C’est le drapeau rouge aux sombres souvenirs qui remplace désormais le drapeau tricolore. Voyezvous les usines qui flambent et les grandes manufactures qui servent de feu de joie? Tout cela n'est qu'un jeu d'enfant. Attendons demain! Les communards assassins de 1871 n'étaient que d'innocents enfants comparés aux jeunes Sans-Patrie et aux précoces révolutionnaires imberbes qui sortent des écoles sans Dieu...

Mais, au contraire, mettez Dieu de bonne heure dans l'intelligence, le cœur et l'âme des jeunes générations ; donnez à la jeunesse une formation profondément chrétienne, vous formerez des àmes idéales, vous aurez des familles heureuses, vous verrez sortir de cette coulée divine «les nations grandes, fortes et puissantes...

Quel peuple fut jamais plus fort, quelle nation plus grande, quel empire plus puissant que celui de Charlemagne? Mais alors aussi l'enseignement était religieux et les écoles du gouvernement dirigées par des moines sous le rigoureux contrôle de l'empereur “à la barbe Heure

Quel règne fut plus chevaleresque, plus fécond en dévoument et en héroïsme que celui de St-Louis? le temps mémorable des chevauchées saintes et hardies à travers l'Europe pour aller délivrer le Saint Sépulcre? l'ère immortelle des croisades? C'était l'époque où Albert Le Grand et Thomas d'Aquin enseignaient à Université de Paris.

Quel a été le plus brillant fait d'armes de la guerre franco-allemande ? Le nom est sur toutes vos lèvres: Ce fut l’héroïque charge «de Patay conduite par les zouaves de Charrette. Et où donc avaient-ils été formés ces 300 braves qui à la voix de leur général leur demandant ‘‘de montrer au monde ce que valaient des chrétiens”, s'élancèrent cranement au-devant de la mort, firent reculer l'ennemi par l'impétuosité de leur bravoure et sauvèrent, tout un corps d'armée? Dans des écoles religieuses tenues par des maitres chrétiens où l’on enseigne que le véritable courage s'origine en Dieu, dans ces écoles supérieures où l’on forme des âmes qui ne reculent jamais et qui savent ‘marcher au-devant de la mort comme à une fête...

N'étaient-ce pas aussi de nobles preux ces Canadiens qui luttèrent si vaillamment à Carillon et dans la plaine d'Abraham? Ils avaient foi dans le Dieu qui leur donna la victoire et ils allaient au feu le fusil à la main et le scapulaire sur la poitrine...

Et si je prête l'oreille à ces actes de bravoure et d’héroïsme sans précédents dans Îles annales de l'histoire que m'apporte le vent d'Extrème-Orient, je suis fier de ma foi et J'éprouve, au récit de ces exploits merveilleux des tressaillements enthousiastes d'admiration religieuse. Sous les murs de limprenable citadelle de Port Arthur une compagnie russe défénd une position importante, devenue le point de mire des assiégeants et contre laquelle est dirigé le feu de tous les canons japonais. Le capitaine déconcerté fait dire au gouverneur de la place que “la position est intenable”. “Vous ne pouvez plus arrèter l'ennemi,” répond le général Stoessel, “eh bien! tout n'est pas perdu: vous pouvez encore mourir’. Et lui-même, ce soldat que l'avenir appellera le héros, le géant de Port Arthur, confiant dans le courage de ses soldats et plus encore dans le secours du Ciel, s'écriait quelques jours : auparavant: ‘Je lutterai jusqu'au bout avec la grace de Dieu... Adieu! Port-Arthur sera mon tombeau!” Des paroles aussi belles ne peuvent sortir que de la bouche d'une âme foncièrement chrétienne, d'une âme formée à l'école de Celui qui réalisa l'[déal de la vie chrétienne, d’une ame formée à l'école de Celui qui nous à enseigné un jour par son exemple, près des remparts de Jérusalem sur le mont Golgotha, la loi sublime du sacrifice et nous a montré, par un acte d'amour infini que l'Eternité ne cessera de chanter, comment une âme doit savoir mourir et s’immoler pour le salut de tous.

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