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Et puisque j'ai le bonheur de m'adresser à des Canadiens-Francçais, puis-je donc oublier le caractère national de cette solennité? Je vous ai parlé, mesdames et messieurs, au nom de l'Eglise revendiquant ses droits de suprème éducatrice; j'ai parlé à des chrétiens qui eux aussi ont à cœur de voir leurs enfants atteindre l'entière plénitude de leur perfection, et devenir un jour de grands chrétiens, des âmes viriles, capables d'affronter résolument les grandes luttes de la vie; permettezmoi de faire un dernier appel à vos sentiments de Canadiens-Français
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pour vous recommander chaudement l'éducation chrétienne de vos chers enfants. C'est une des lois les plus frappantes de l'histoire que tout peuple catholique ne se conserve, ne grandit et ne se fortifie que dans la mesure où il garde sa foi. Voulez-vous rester fidèles à vos nobles origines et garder pieusement ce dépôt divin? Voulez-vous, en un mot, porter dignement toujours et partout votre glorieux titre de Canadiens-Français ? Voulez-vous travailler sérieusement à l'extension et au triomphe suprème du catholicisme aux Etats-Unis? Rappelezvous sans cesse la grandeur de vos origines: cette noble pensée vous mettra dans l'âme ce feu sacré, cette ardeur généreuse, ce dévoüment surnaturel qui doit vous animer pour la cause de Jésus-Christ.
Reportons-nous quatre siècles en arrière. Voyez-vous ce navire fendant joyeusement, toutes voiles déployées, les flots mouvementés de l'Atlantique et cinglant vers les rives du St. Laurent? Il vient de la Bretagne, la terre des premiers marins du monde, il porte à son bord un homme intrépide qui possède avec un génie puissant et un cœur généreux le Bien suprème: la foi en Celui qui l'envoie. [1 désire aborder à cet immense pays habité par des peuplades infidèles où il a concu le rêve magnifique de jeter les fondements d'un vaste empire, les bases d'une œuvre immortelle. Que veut-il donc ce nouveau conquérant ? Va-t-11 bâtir sur ces bords solitaires un monument destiné à perpétuer son souvenir? Va-t-1l jeter dans le sol quelque fondation qui puisse être le premier germe d'une colonie naissante... Non, sa conception est plus élevée, son rêve infiniment plus grand, son dessein—non celui d'un conquérant pétri d'orgueil humain—mais celui d'une âme lavée dans le sang du Christ. Aussitôt débarqué, il élève au milieu de cette contrée sauvage, sur une petite éminence, un monument qui rappelera avec sa venue la prise de possession de cette terre au nom de Celui à qui appartient l'univers, un monument qui plongera en terre des racines profondes, un monument que rien ne pourra renverser, un monument qui bravera le temps et les plus violentes tempêtes, et ce monument extraordinaire, c’est une Croix, une humble croix de bois plantée de sa propre main, une croix au pied de laquelle il s'agenouille avec tous ses hommes, et c’est sous la garde de ce signe sacré qu'il place l'illustre terre canadienne qu'il vient de découvrir! Désormais les bords sauvages du St. Laurent étaient consacrés au Christ rot immortel du temps et des siècles. Les Normands et les Bretons pourront débarquer avec confiance sur cette terre bénie: le Christ sera le chef de la jeune peuplade! Connaissez-vous une scène plus belle et plus émouvante? une page plus glorieuse au berceau d'un peuple.
Et la race canadienne s'est toujours souvenue de cette adoption divine, Toute la suite de sa longue et glorieuse histoire n’est qu'une immense trainée d'actes de fidèlité et de reconnaissance au Dieu Souverain qui prit un jour possession de cette terre par l'entremise du noble Malouin, du grand chrétien: Jacques-Cartier. Aussi voyez la protection divine planer sur son berceau consacré; voyez la main de Dieu bénissant son enfance! Regardez-le grandir et se développer! Considérez-le au milieu de ses dures épreuves. Contemplez cette lumineuse constellation d'âmes extraordinaires qui apparaissent à l'aurore
de sa vie nationale! Voyez cette lignée de braves qu'il fait spontanément surgir de ce sol consacré!
En vain j'interroge tous les points de l'horizon: je ne connais pas de peuple dont l’origine soit abritée par des gloires aussi pures et aussi magnifiquement éclatantes !.….
En vain je passe en revue tous les conquérants, les guerriers et les chefs de peuples: je ne vois pas un seul marin d'un tempérament plus chrétien, d'une foi plus vivace, d'une âme plus pénétrée de sa surnaturelle mission que cet intrépide Jacques-Cartier. J'ai des raisons spéciales de ne point glorifier outre mesure la race opiniatre et indomptable à laquelle il appartient, permettez-moi cependent de vous dire que. je. reconnais sans peine dans cette àäme d'élite la trempe solide d'un vrai Breton.
En vain j'interroge tous les âges de l'histoire, je ne vois en aucun temps un fondateur de ville à l'âme aussi grande, dont la vie soit plus irréprochable que l'illustre fondateur de Québec, qui joignait à la bravoure d'un soldat, au coup d'œil audacieux d'un général habile, la chasteté d'une vierge.
J'admire avec stupéfaction et je contemple avec orgueil le géant de l'épopée Carlovingienne, Roland essayant dans un effort supré eme apres avoir pourfendu ‘des milliers de Sarrazins, de briser son épée d'acier sur les rudes granits de Roncevaux ; j'admire le Chevalier sans peur et sans reproches Bayard, mourant sous un arbre la face tournée vers l'ennemi, les veux fixés sur la croix du pommeau de son épée; j'admire Jeanne d'Arc, l'envoyée de Dieu, “boutant les Anglais hors de France” sans tirer lé épée et avec la seule magie de son étendard: je ne connais pas de Chevalier plus brave, plus saint, plus valeureux que le soldat de Dieu qui fonda Ville-Marie.
Je m'incline avec un profond respect devant les grands évêques qui ont fait la France: St. Rémi, St. Loup, St. Aignan; je ne crains pas de leur comparer le pontife si illustre e par sa sainteté, son zèle apostolique et sa prodigieuse activité qui porte le glorieux nom de Montmorency- Laval. Il faut dire aussi que dans ses veines coulait le même sang impétueux, le sang de cet autre brave du même nom, le vieux Connétable de Montmore ency, qui mortellement blessé, au plus fort d'une bataille et se soulevant sur la litière où il allait expirer, pressait la marche des porteurs en leur disant: “Allez, allez; je verrai le roi, je lui montrerai mes blessures, il verra couler mon sang et je serai content”
Je me sens saisi d'un noble enthousiasme en face du courage surhumain des premiers disciples du Christ bravant les distances, les tempêtes, les fureurs de l'océan et les plus terribles persécutions pour aller prècher l'Evangile sur tous les rivages du monde connu: mais montrez-moi donc des apôtres plus ardents que les Récollets venus les PA annoncer la parole de Dieu sur les bords du St. Laurent ?...: Voilà quelle .futla genèse glorieuse de cette noble race qui est la vôtre; voilà quels étaient les sentiments élevés qui emplissaient l'âme de vos ancêtres ; voilà qu'elle fut la source merveilleuse de leur vaillance et de leur bravoure: le Christ! Est-elle glorieuse cette origine! Est-elle pure cette gloire
première? Est-elle forte cette race dont rien ne peut entraver la vigoureuse croissance ?.….. Oui, et Jacques-Cartier, et Samuel de Champlain, et M. de Maisonneuve, et Monseigneur de Laval, et les humbles fils de St. François, et tant d’autres englobés dans la gloire anonyme qui enveloppe le berceau de la race canadienne, tous, tous ont été formés à la même école: l'école de Jésus-Christ; tous avaient un méme Idéal: créer sur les bords du St. Laurent un empire catholique, tous poursuivirent le même objectif: faire du peuple canadien un peuple chrétien, à l'ame profondément imprégnée de surnaturel et toute vibrante de divin, tous ont compris que la condition de leur expansion et de leur grandeur Ctait la fdèlité au Dieu qui fit la première conquête de leur pays. Oui, depuis le jour où les représentants de la France chrétienne sont venus planter la croix du Christ sur ces rives jusqu'alors inhabitées, elle v a pris racine, c'est à ses pieds que vous êtes nés, c'est sous ses bras protecteurs que vous avez grandi, c'est à l'ombre de ce signe auguste et divin que vous devez vivre si vous voulez continuer à être le peuple choisi et béni de Dieu, car ce signe est le signe assuré du triomphe et de la victoire. “In hoc signo vinces”. Seule la croix de Jésus Christ peut abriter et protéger d'une façon efficace l'avenir des individus, des familles et des races. Vous en avez compris la puissance: voilà pourquoi je la vois debout partout cette glorieuse croix, non seulement au fond de vos campagnes les plus reculées du Canada, mais encore au carrefour désert de vos chemins creux; voilà pourquoi je la vois s'élevant dans Îles airs au milieu des humbles hameaux comme au-dessus des villes les plus populeuses ; voilà pourquoi je la vois sous ce ciel des Etats-Unis planant au sommet de vos églises et de vos monuments religieux ; voilà pourquoi je la vois étendant ses bras bénissants jusque sur vos écoles pour y protéger l'enfance et lui montrer la route du ciel; je la vois dans chaque classe appendue aux murs avec son Christ aux mains transpercées pour rappeler sans cesse à ces jeunes âmes en voie de formation la nécessité de mettre le divin à la base de toute vie vraiment chrétienne; voilà pourquoi vous vivrez, voilà pourquoi vous survivrez à toutes les révolutions, à tous les assauts qui seront livrés contre vous, parce que après avoir regardé en face la croix du Sauveur, vous avez su dire à vos enfants en la leur montrant: Marche toujours à l'ombre de ce signe, grave-le dans ton cœur, avec lui tu vaincras. “In hoc signo vinces”.
Et cette fidélité indomptable au Dieu qui protégea si bien le berceau de la race canadienne, à l'aurore ensoleillé de son épanouissement, je la retrouve aux heures d'épreuves douloureuses qu'elle eut à traverser (Quand vinrent les jours sombres, quand sonna sous les remparts à tout jamais perdus « de Québec le triste glas de l’agonie nationale, vers qui se tournèrent tous les regarcs pleins de larmes et de patriotique colère ? vers le Christ qui Lui aussi pleura un jour dans son infinie douleur et sua d'une sueur de sang au jardin de Gethsémanie!.. Quel horrible spectacle d'amère désolation ce düt être au lendemain de cette inou- Hliable défaite? Un jour, je visitai ce célèbre champ de bataille où succombèrent dignement la fortune de la France et la vaillance canadienne ; lentement je fis le tour de ces vieux murs, l'âme profondément en-
deuillée et ce souvenir lointain d'un passé si grandiose et si beau m'arracha malgré moi des larmes. Je revoyais cette colonie conquise au prix de flots de sang et de tant de splendides coups d'épée. devenue la proie de l'étranger, je revoyais Montcalm... mort, le vaillant Lévis qui n'avait jamais connu que les enivrants sourires de la victoire. parti, les villes populeuses..… devenus désertes, les ruelles tortueuses de (Québec... pleurant comme celles de Sion, le vieux drapeau fleurdelisé.…... disparu du sommet des remparts, et l'espérance, ce doux rayon de consolation. morte! Tout est-il donc à jamais perdu et le tombeau est-il scellé pour toujours sur l'existence de la race canadienne? Non, o cher et bien-aimé Canada, car sous ton ciel bleu devenu subitement sombre, tu t'es souvenu de ton origine chrétienne, tu t'es rappelé dans ton malheur que si tes forteresses de pierre étaient brutalement renversées par le canon de l'envahisseur insolent, tes autels sacrés—les autels du Christ, les autels de ton Dieu, du Dieu éternel et vivant, du Dieu de tes pères—étaient restés debout! Non, tout n’est pas perdu, car voici que la voix consolante du prêtre s'est fait entendre, forte, sonore comme un clairon de victoire: “En avant! Debout Un peuple qui à le Christ pour lui ne meurt jamais!” Et tu t’es levé d’un mouvement sublime et avec de nouvelles énergies vitales, tu as regardé par-delà le noir horizon et au-dessus de ces ruines fumantes tu as aperçu dans les airs la croix du Christ, planant toujours, brillant d'un éclat plus vif que jamais, et qui te disait: “Regarde-moi bien ! attachetoi à moi! Je suis le signe du salut, ‘In hoc signo vinces’. Si tu ne vis plus pour la France, tu vivras pour Dieu, tu garderas tes autels ; j'v baptiserai tes enfants, j'y marierai tes fils et tes filles, le ciel bénira ta postérité et si tu ne vois plus flotter sur tes murs démantelés le drapeau bien-aimé du Roï-Soleil, tu ne cesseras de voir le victorieux et sanglant drapeau du Christ flotter au sommet de tes édifices religieux, tu le verras, porté par la main de tes enfants devenus apôtres, voler triomphalement à la conquéte des âmes des rives du Saint-Laurent au golfe du Mexique !”?
Non, Ô vaillant Canada, tout n’est pas perdu parce que dans ton abandon et ton infortune tu t'es souvenu de la parole que Dieu dit un jour au peuple d'Israël : “Vous que j'ai pris sur mes épaules dès votre naissance, que J'ai portés dès 1e sein de votre mère, jusqu ‘à votre vieillesse, je serai le même, jusqu À vos cheveux blancs je vous porterai…. C'est moi qui suis Dieu et il n'y a point d'autres. mon dessein subsistera et je ferai toute ma volonté... fai. parlé... j'ai résolu... J'exécuferai (sales date Cette parole, ne l'oublie jamais! car Île passé est là pour le proclamer: un peuple qui se souvient de ses autels ne saurait point périr. Et c'est là toute ton histoire. On pourrait la résumer d'un seul mot: la fidélité indomptable à la foi catholique de tes pères, la fidélité absolue à Dieu!
Voilà, mes frères, ce que furent vos ancètres: des passionnés du Christ! Voilà quelle fut la source féconde de leur grandeur et de leur incessant dévoument: la fidélité au Christ! Nés au pied de la croix, immuablement fidèles au divin Crucifié qui abrita leur origine, ils n'ont cessé au lendemain de la défaite comme en pleine prospérité de s'atta-
cher à Lui et de prier devant ses autels, trouvant là la patience héroïque qui courbe les fronts sans refroidir les cœurs, le vrai bonheur qui fait aimer la vie, la paix intérieure qui descend des bras de la croix et qui ouvre à l'âme souffrante les horizons infinis de l'au-delà. |
Or, je vous le demande, voudriez-vous rompre violemment avec tout ce long passé tissu d'un gloire et d'une grandeur sans pareille? voudriez-vous renier avec si peu de pudeur vos noble origines ?... vous, Ô cœurs généreux, en qui le Christ a déposé une goutte de son amour infini des àmes, voudriez-vous ne plus travailler au triomphe de son règne ici-bas ?.…. voudriez-vous mourir, disparaitre, tranquillement et sans le moindre regret, du rang des nations choisies et bénies de Dieu ?.. Serait-ce donc en vain que les rayons de la gloire la plus pure—la gloire qui ruisselle du sommet lumineux du calvaire et qui depuis vingt siècles enivre et éblouit le monde—aurait couronné votre berceau, caressé votre race? Je ne le pense pas et je ne le croirai jamais. Vous avez l’âme trop foncièrement pétrie de fierté et de noblesse! Héritiers des vertus chrétiennes, de la grandeur d'âme et de la vaillance de vos ancêtres, vous voulez, n'est-ce pas, rester dignes d'eux, vous voulez marcher intrépidement sur leurs traces, et la formation éminemment chrétienne que vous donnez à vos enfants en les soumettant à la discipline de l'Eglise catholique me répond pleinement de l'avenir, de votre avenir qui sera aussi grand et aussi beau que votre passé!
Oui, vous vivrez et vous resterez dignes en tout de vos ancêtres :
“Puisque le même sang bouillonne dans vos veines, “Puisque le même rève habite dans vos yeux !””
Oui, vous vivrez et vous resterez dignes d'eux tant qu'il y aura sous le ciel du Canada et des Etats-Unis une école catholique française pour enseigner à vos enfants avec la science humaine, la science et l'amour passionné du Christ qui donne aux jeunes àmes la vie et aux peuples l'immortalite !
Oui, vous vivrez et vous resterez dignes d’eux: J'en ai la preuve la plus convaincante dans le monument superbe, dans cette magnifique école que j'admire avec bonheur, qui m'arrache en ce moment des accents d'enthousiasme vibrant et qui emplit mon cœur d'espérance en l'avenir, en l'avenir de vos enfants, en l'avenir de votre race, en l'avenir de l'Église catholique !
Aimez donc passionnément votre passé, aimez votre nationalité, aimez le Canada, ce pays enchanteur, ce pays délicieux arrosé par le plus beau fleuve du monde. Cet amour ardent, profond et toujours vivant en vous sera la plus puissante sauvegarde de votre foi, la condition assurée de votre bonheur, le signe certain d’une longue prospérité. Continuez donc de donner à vos enfants une éducation chrétienne afin qu'eux aussi restent dignes de leur race, dignes de l'Eglise dont ils sont membres, capables enfin de réaliser l'Idéal parfait de la vie chrétienne. Aimez d'un amour toujours grandissant le Dieu qui a protégé votre berceau, le Dieu qui tant de fois a couronné de gloire votre front et imondé votre âme de ses joies infinies, le Dieu que vous n'avez jamais trahi, le Dieu
qu vous aime d'un amour éternel et qui vous attend Làa-Haut pour vous récompenser, et quand, sous ce beau et ravissant ciel des Etats-Unis d'Amérique, la fraiche brise du nord viendra caresser votre visage de ses douces effluves, il vous semblera sentir passer sur votre front joyeux et à travers votre âme frémissante, comme un souffle divin,—et alors, dilatant votre poitrine et levant les yeux vers le ciel—vers ce ciel qui sera votre éternelle patrie—vous ne pourrez vous empêcher de chanter dans la langue si harmonieuse de vos ancêtres cette belle parole que vous connaissez depuis longtemps et que vous avez dü redire bien des fois: “Quand le vent souffle du côté de mon pays, m'est avis que je sens une odeur de Paradis”.
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alt le AMEN