‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 1 sur 49 · JURY DE LA THÈSE · texte numérisé non relu

JURY DE LA THÈSE

PTOSITCREMENMES RU SRE AA ET MM. Louis BAUDIN, Professeur. $ LHOMME, Professeur.

PE PRIE \ MARCHAL, Professeur.

PA LAGE TRES ES LIBRAIRIE GENERALE DE DROIT ET DE JURISPRUDENCE R. PICHON et R. DURAND-AUZIAS 20, Rue Soufflot, 20 [1941

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S'il est une formule dont on use à notre époque et même dont on abuse, c’est bien celle de « Retour à la Terre ». Elle évoque en nous le plus souvent le tableau facile de l’ouvrier désenchanté regagnant son village natal et reprenant, le sourire aux lèvres, la tâche paysanne. Sous l’apparente simplicité de cette imagerie d’Epinal, sous cet aspect systématiquement optimiste, se cache en réalité l’un des problèmes les plus graves de notre siècle, pour ne pas dire l’un des plus angoissants.

Parler de retour à la terre c’est supposer a priori deux vérités élémentaires : l’abandon des campagnes et le besoin d'y revenir. Entre ces deux attitudes diamétralement opposées — l’une point de départ et l’autre aboutissement d’un même processus logique — s’intègre l’enchaînement des faits et des idées qui explique le passage d’une réalité à l’autre. Cet enchaînement constitue le nœud du problème, c’est lui qui sera le principal objet de notre étude.

Pourquoi l’homme après avoir éprouvé le désir de quitter la terre éprouve-t-il celui d’y retourner ? Est-il chassé malgré lui de la ville ou l’abandonne-t-il spontanément ? Ÿ a-t-il eu contrainte de la nature, ou expression indépendante de la pensée spéculative ? Faut-il y voir le libre jeu des lois économiques ou au contraire la réaction de l’homme contre ces lois déchaînées ? Quelles sont en somme les causes du Retour à la Terre ?

A ces questions, nous ne pouvons répondre que si nous assignons au terme « Retour à la Terre » un sens précis, si nous en délimitons avec exactitude la portée, car il y a plusieurs façons de le comprendre et selon qu’on lui attribue telle ou telle définition il est possible de nier l’existence ou d’affirmer la réalité du fait qu’il exprime.

Le Retour à la Terre pris au sens littéral des mots, doit se traduire incontestablement par un déplacement de

population. Après l’exode rural se produit ce qu'on peut appeler « le contre-exode rural ». Un mouvement inverse du précédent prend naissance qui incite les citadins à déserter les villes pour regagner la campagne. Il s’agit là d’un retour effectif, matérialisé par une migration et synthétisé par des chiffres. Cette conception est la nôtre.

Mais on peut concevoir le Retour à la Terre avec des vues plus larges, en lui donnant un sens extensible. Retour à la Terre devient alors synonyme de « Retour à une politique en faveur de la Terre ». Il y a eu tendance à délaisser les questions agricoles, il y a maintenant tendance opposée : les esprits surtout préoccupés d'industrie ou insuffisamment occupés d’agriculture opèrent un revirement, ils se déplacent dans le monde des doctrines. Il est bien évident que cette évolution intellectuelle n’est pas forcément accompagnée d’un déplacement de population alors que ce déplacement lui-même ne peut êt:° envisagé sans une évolution intellectuelle.

De cette interpénétration des deux conceptions ont résulté bien souvent des erreurs de diagnos et l’on a vu qualifier de « Retour à la Terre » des phéne nes collectifs qui n’ont été en réalité que des mouvements d'opinion.

C’est pourquoi il nous a semblé utile, avant d’étudier le problème au xx° siècle, de jeter un rapide coup d'œil sur les siècles passés afin de savoir si le Retour à la Terre est véritablement une nécessité moderne ou si — au contraire, au cours des âges et dans des circonstances économiques différentes, cette même nécessité ne s’est pas déjà fait sentir. Au cas où cette deuxième hypothèse se vérifierait, nous en ferons ressortir les caractéristiques essentielles pour mieux comprendre en quoi le problème actuel, même s’il a eu des précédents, se distingue de tous les autres par ses données originales.

Nous étudierons ensuite le Retour à la Terre dans le monde et à notre époque, en prenant pour exemples les pays qui nous en offrent les cas les plus typiques. Nous mettrons en évidence les différents mobiles d’action des hommes dans leur changement d’attitude et les diverses

réalisations qu'un tel changement a provoquées. Nous soulignerons le lien étroit qui unit les mobiles et les réalisations en’ vertu de leur rapport normal de cause à effet, et nous nous demanderons — chiffres en mains — si les effets ont finalement correspondu aux causes, c’est-à-dire, si le Retour à la Terre au nom duquel tant de mesures ont été prises a été ce qu’on voulait qu’il fût.

Notre conclusion sera un essai de mise au point autorisé par les études précédentes. Tirant un enseignement des expériences tentées et des résultats obtenus, nous indiquerons dans quelle forme de Retour à la Terre la France de 1941 doit mettre ses espoirs, sans oser prétendre que les nécessités les plus impérieuses sont celles auxquelles on obéit le plus facilement.

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