‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 11 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SECTION I

Evolution économique jusqu’en 1931

On doit admettre que, depuis le Moyen-Age, c’est-àdire depuis la création des premières fabriques de toiles. et de draps (1), l'Angleterre est dans le monde le pays qui a subi la progression industrielle la plus exclusive.

Son agriculture, dès cette lointaine époque, fut systématiquement défavorisée par rapport à l’industrie ou bien utilisée au profit de celle-ci et à son propre détriment. Nous n’en voulons pour preuve que la fameuse politique des enclos qui, dès le xvi° siècle, fut si néfaste à la cause de

l’agriculture britannique en laissant les pâturages — propices à l'élevage des moutons — conquérir les terres. arables.

Les grandes victimes des enclôsures, aussi bien que de la révolution industrielle, avaient été les membres de la classe moyenne agricole, les paysans indépendants, les « yoemen », dont quelques-uns seulement avaient pu s’élever socialement en vendant leurs terres et en investissant le produit de cette opération. dans l’industrie naissante. La plupart avaient été réduits à se prolétariser et à affluer vers les usines. De leur côté, les riches propriétaires. terriens, les landlords, avaient poussé à la suppression des communaux qui leur permettaient le rachat des terres et l'agrandissement de leurs domaines. Ls paysans furent de moins en moins propriétaires de leurs terres et virent

(1) Au xv siècle, la production anglaise est déjà organisée en vue de débouchés extérieurs. Les Républiques Italiennes et l'Espagne importent des draps. anglais.

diminuer la possibilité d’acquisitions futures, puisque le sol anglais appartenait presque entièrement aux landlords. Ils furent contraints de se contenter de la condition de fermiers ou même d'ouvriers dans les grandes exploitations. On vit des villages tomber en ruines et l’exode vers les villes se précipiter.

Au xix° siècle, l’évolution ne fit que s’accentuer dans le même sens funeste à l’agriculture. Le marché constitué par la population rurale fut sacrifié. La consommation d'outre-mer suffisait amplement à la Grande-Bretagne. Graduellement, la paysannerie fut déchue de son rôle de ravitailleuse. L’abolition des corn-laws, des lois protectionnistes sur le blé, firent diminuer de plus en plus la superficie des terres emblavées. La création en 1838 par COBDEN ‘de la « National anti-corn law League » grâce à laquelle fut promulguée, le 25 juin 1846, la loi abolissant le droit d'importation sur les grains, porta le coup de grâce à la culture des céréales anglaises.

Non seulement pour le blé, mais pour la viande de bœuf, de mouton, de porc, pour le beurre, les œufs, les légumes et les fruits, l’Angleterre devint tributaire de l’étranger (2). Elle ne s’en inquiétait pas pour la bonne raison que l’étranger était alors davantage tributaire d’elle qu’elle ne l'était de lui. Elle pouvait se permettre de pratiquer à fond la politique libérale parce que ses productions diverses et surtout ses productions minières (le charbon, au xIx° siècle, étant la source de toute énergie) lui assuraient la maîtrise incontestée du marché mondial.

Un autre facteur intervint également pour expliquer -cet exclusivisme industriel en Angleterre. Ce fut l’émigration (en majorité irlandaise et écossaise) qui favorisa aux U. S. A. et dans les Dominions la constitution d’une agriculture complétant celle de la mère-patrie, et lui Ôôta le souci d’un chômage rural.

(2) La crise agricole de 1895 elle-même n'eut que des effets très limités sur la spécialisation de l'agriculture, tout au plus accrut-elle la superficie des «prairies.

Mais il ne faudrait pas conclure du rôle infime joué par l’agriculture anglaise, à son état arriéré. Il n’en existe peut-être pas, au xix° siècle, de plus perfectionnée. L’Anglais était l’européen qui demandait le moins en quantité à /son sol, et qui, en qualité, en tirait le maximum. Ce contraste singulier s'explique aisément : les grands propriétaires, à la fois capitalistes et agrariens, descendants de ces seigneurs qui, au xviri° siècle, comme nous l’avons vu, S’étaient adonnés à l’agriculture, purent, grâce à leurs énormes revenus, consacrer à l’élevage des sommes importantes et une attention sportive. Les élevages royaux et seigneuriaux, ceux des industriels enrichis ou des officiers retraités, eurent la possibilité de « perdre » pendant des années, en pratiquant une sélection rigoureuse, ce qui n’est pas à la portée d’un petit paysan qui ne possède que deux juments. Les chevaux anglais sont encore les premiers au monde, et tous les pays ont recours aux reproducteurs britanniques (Sheres, Clydesdales, Suffolk), principalement les U. S. A., l'Amérique du Sud et l’Afrique du Sud. Les bovins, aussi bien que les moutons et: les porcs anglais, sont renommés comme reproducteurs. Nulle part les races de chiens n’ont atteint la même perfection qu’en Angleterre ; et l’élevage des volailles fournit au monde les premières lignées de pondeuses et les renouvellements d’espèces. La culture elle-même, très restreinte, est d’une

- qualité supérieure. Elle a profité des progrès techniques et ses rendements à l’hectare sont parmi les meilleurs d'Europe (3). L’Angleterre est créatrice de nouvelles variétés de fruits et de légumes, aucun pays n’a fait plus pour l'introduction de plantes nouvelles (influence coloniale et: maritime). Nous nous trouvons ainsi en présence d’une agriculture perfectionnée et qui est reléguée au rang de servante inférieure. Ce phénomène ne se rencontre dans aucun autre pays, l’abandon des esprits accompagnant en générai celui des bras, c’est pourquoi il nous a semblé utile d’en faire ressortir l’originalité en Angleterre.

(3) Rendement annuel moyen pour la période 1932-1938 : 22 qx 95 à l'ha. «(alors qu'il n'est en France pour la même période que de 15 qx 10).

Les Iles Britanniques, toujours plus industrialisées, accusaient donc un passif agricole croissant. Ce passif, elles purent le supporter tant qu’elles possédèrent la maîtrise du marché mondial grâce à la plus-value de leur production industrielle et à l’infériorité de celle des autres pays, grâce aux revenus du commerce, de la Banque et de la navigation, ainsi qu’à leurs massifs placements à l’étranger qui maintenaient l’équilibre de la balance des comptes malgré l’énorme déficit alimentaire (4). L’Angleterre n’était plus qu’un vaste entrepôt, qu’une banque colossale. Après avoir connu les avantages de cette spécialisation, elle allait en éprouver les inconvénients. Du jour où sa clientèle, davantage organisée, commença à se suffire à elle-même par sa production particulière, du jour où le pétrole remplaça le charbon comme combustible, l’Angleterre perdit la suprématie économique et s’achemina vers la perte de la suprématie financière.

Elle parvint à résister jusqu’à la guerre 1914-18 en profitant de l’impulsion donnée et de la réputation acquise. Après la guerre, elle connut un regain d'activité grâce aux demandes de charbon des pays européens (notamment de la France, dont les mines avaient été inondées et nécessitaient un lent travail de réfection), mais dès que chacun d'eux put se passer d’elle, il s'empressa de lui tourner le dos et de lui fermer ses portes par des tarifs douaniers. Elle vit alors avec angoisse ses exportations industrielles diminuer à vue d'œil, tandis que ses importations alimentaires augmentaient du fait de l’accroissement de la population et de l'élévation du standard de vie. En 1928, la crise de surproduction mondiale s’abattit sur elle avec plus de gravité que dans n'importe quel autre pays. Il était nécessaire d'opérer un revirement rapide. L’Angleterre le comprit, elle tourna enfin ses regards vers la terre.

(4) Des pays entiers devaient leur prospérité à ce déficit, comme par exemple le Danemark, auquel l'Angleterre demandait la presque totalité de son beurre et de son lard.

SECTION II

Situation en 1931 » * Pour bien pénétrer le sens profond de ce revirement et de la nécessité économique qui l’a provoqué, il est indispensable de dépeindre la situation exacte de l’Angleterre au moment où la crise l’accabla le plus durement, c’est-à-dire en 1931.

La population totale des Iles Britanniques (Irlande libre non comprise) est en 1931 de 44 millions 794.000 habitants (5).

Les éléments urbains sont constitués par 35.831.000 h.

Les éléments ruraux — — — 8.963.000 h.

Sur 1.000 Anglais, on a calculé que 800 habitent la ville et 200 seulement les campagnes. (En 1921, les proportions étaient moins accentuées : 790 citadins pour 210 ruraux). Plus de la moitié de Ia population habite des villes de plus de 50.000 habitants, un quart de la population entière est ramassée dans les enceintes de treize villes (6).

Si l’on considère la population active, ies proportions sont encore plus significatives.

En 1981 : la population active totale est de 18.853.376 personnes, parmi lesquelles 1.172.256 personnes représentent la population active agricole (ce qui ne donne même pas un pourcentage de 10 %).

En 1911, la population active agricole était de 1 million 429.000 personnes, et en 1921 de 1.307.000 personnes. Chaque recensement accuse donc une nouvelle diminution (7).

En 1931, la Grande-Bretagne compte tout juste 5 per-

(5) Chiffres extraits du Journal of the Royal Statistical Society ». Londres, vol. CIN, part. 11.940, p. 33.

(6) Renseignements fournis par R.-S. Hudson, Sous-Secrétaire d'Etat au Ministère du Travail Britannique en 1934 (France-Grande-Bretagne, fév. 1934, p. 35). Rappelons qu'en France plus de la moitié de la population habite des communes ayant moins de 2.000 habitants.

(7) Chiffres extraits du Slatistical Abstract for the United Kingdom, Board of Trade, Londres, 1938, p. 128.

Robert Mallet. : 5

sonnes employées activement dans l’agriculture sur 100 personnes occupées activement. C’est l'Irlande du Nord (Ulster) qui a le moins mauvais pourcentage avec 15 Z. On peut dire qu’un anglais sur 12 dépend de la terre (8),

Les chiffres que nous venons de citer sont suffisamment éloquents par eux-mêmes pour que nous nous abstenions de les commenter. Ils prouvent l’intensité extraordinaire, jamais atteinte dans aucune autre nation, du phénomène de concentration urbaine et d’abandon des campagnes en Angleterre.

Si, maintenant, nous examinons les superficies agricoles, nous assistons à une régression en étroite corrélation avec la diminution démographique rurale :

de 1871 à 1881, la moyenne annuelle des terres cultivées est de 19.237.000 acres (9) ;

de 1901 à 1905, elle est de 16.076.000 acres (10) ; en 1923, on ne cultive plus que 15.709.009 acres, et en 1931 seulement 13.839.000 acres (11).

Les pâturages eux-mêmes ont diminué :

en 1923, ils couvrent 33.106.000 acres, et en 1931 82.374.000 acres (12).

Quant à la production agricole britannique, nous savons qu’elle est caractérisée par une culture intensive donnant de petites quantités d’une grande variété de produits. Elle est donc d’un très faible apport pour le ravitaillement national et l’Angleterre doit importer la majeure partie des denrées alimentaires qu'elle consomme. En 1931, ‘au moment où la crise atteint son paroxysme, jamais les chiffres n’ont été aussi bas depuis la guerre 1914-18.

(8) Renseignements tirés de The British Isles, par Dudley Stamp et Stanley Beaver. 2° édit, Londres, 1937, p. 144.

(9) 1 acre — 40 ares 4,

(10) Chiffres tirés de The British Isles, op. cit., p. 153-154.

(11) Chiffres extraits de l'Annuaire International de Statistique agricole, 1938-39. Rome, 1939, pp. 126-128-130.

(12) Chiffres provenant du Statistical Abstract for the United Kingdom. Board of Trade, Londres, 1930, p. 284.

En 1930, la production de blé est de 11.320.000 quintaux, et en 1931, de 10.130.000 quintaux (de 1920 à 1930, la moyenne annuelle de production a porté sur 14 millions de quintaux), alors que le peuple anglais a besoin de près de 60 millions de quintaux pour se nourrir.

La diminution de population rurale, de superficies - cultivées et de rendement agricole est accompagnée évidemment d’une dépréciation de la terre dont on ne peut dire si elle en est une des causes ou un des effets.

Bien longtemps avant la crise, la terre avait cessé d’être en Angleterre une source appréciable de revenus pour les propriétaires. Après la guerre, beaucoup de grands propriétaires s'étaient défaits de leurs terres et les acheteurs avaient été légion, car les prix des produits agricoles étaient alors très élevés en raison de la reprise économique mondiale. Les nouveaux acheteurs payèrent fort cher et pour cela durent emprunter. Or, après leur entrée en jouissance, la baisse des produits agricoles commença. En 1928, une loi de crédit agricole fut promulguée, aux termes de laquelle une corporation était créée pour consentir des prêts hypothécaires aux nouveaux propriétaires obérés, prêts garantis par les fermes qu’ils avaient achetées et remboursables ‘ par annuités. Malgré cette sage mesure, le Ministre de l’Agriculture, en 1929, dut avouer qu’un nombre croissant d’exploitants se trouvaient « face à face avec la ruine » (13). En 1931-32, la situation des fermiers devient plus grave encore : non seulement on ne les aide pas, mais on les accable de charges en argent. Nombreux sont ceux qui réalisent leur cheptel et abandonnent la culture à expiration de leur bail. Rares sont les preneurs des exploitations délaissées. La rente foncière n’a jamais été aussi faible, et l’endettement de l’agriculture jamais aussi grand. Cette évolution désastreuse réduit encore la contribution du sol anglais à l’alimentation nationale et aboutit à une dépendance plus complète de l’Angleterre vis-à-vis des producteurs étrangers.

(13) Cité par le Bulletin Quotidien, dans un article intitulé : « La politique agricole de la Grande-Bretagne », 9 mars 1932, n° 56.

Il nous faut aussi considérer le problème du chômage à l’époque du changement de politique économique anglais pour mieux comprendre la raison d’être de celui-ci. Ce chômage est provoqué par la fermeture des usines qui ne parviennent plus à écouler leurs produits, par les restrictions de personnel que sont contraintes de faire celles qui continuent à marcher. Le marasme est à son comble, dans les industries textiles, du fer, de l’acier et des charbonnages. En septembre 1931, les statistiques officielles accusent 2.800.000 chômeurs (près de 20 % des ouvriers).

Aussi longtemps que les U. S. A. et les Dominions ont accepté des colons britanniques, le problème du chômage ne s’est posé que dans des nrilieux assez restreints, et a relevé plutôt des préoccupations charitables que du domaine proprement économique. Mais après la guerre 1914-18, l'Amérique et les Dominions, dont les terres sont désormais toutes conquises, connaissent eux aussi la surproduction et le chômage, et entravent l'immigration. L’Angleterre se voit donc privée du jour au lendemain de cette « soupape d'échappement » salutaire à son équilibre démographique. Elle en est d'autant plus affectée que malgré la chute du taux de natalité, sa population s'accroît parce que la longévité augmente. Entre la demande et l’offre de main-d'œuvre nouvelle, la discordance s’accentue. Le Gouvernement a organisé des services « d’assisted passages » pour partir outre-mer, il a créé des œuvres sociales, des centres d’apprentissage agricole pour les anciens soldats, les orphelins de guerre désireux de se rendre en Australie et en Afrique du Sud, mais ces mesures n’ont été que des palliatifs insuffisants (14).

Si nous résumons la situation de l'Angleterre en 1931, nous pouvons dire qu'à ce moment, elle est le pays au monde le plus détaché de la terre et en même temps l’un de ceux pour lesquels la reprise de l’équilibre économique ne peut se résoudre que par un retour à la térre. Angois-

(14) Cf. Le Moniteur des Intérêts matériels, du 23 mars 1933.

sante contradiction à laquelle les pouvoirs publics anglais prennent la décision de s'attaquer.

Ils comprennent que le seul moyen qui leur reste de vaincre des barrières douanières ou des prix de fabrication étrangère très bas consiste à abaisser leurs salaires industriels, c’est-à-dire le niveau de vie général du pays. Ils pourraient ainsi produire à meilleur marché et concurrencer efficacement les nouveaux producteurs ou tenter les anciens clients. Mais ce moyen, ils ne veulent pas l’employer. Le but de la suprématie commerciale et industrielle britannique, c’est l'amélioration constante des conditions d'existence des citoyens. On ne peut donc sacrifier le bien-être des Anglais au nom d’une suprématie désormais stérile.

L’Angleterre s'oriente différemment : elle décide de se replier sur elle-même et d'échanger sur son sol les produits de son industrie contre ceux de son agriculture (15). Pour que cet échange soit possible, pour que les paysans consomment davantage de produits manufacturés, il faut augmenter leur pouvoir d’achat, ce qui revient à favoriser l’agriculture. D'autre part, pour que la consommation agricole soit appréciable, il faut que la population rurale, au lieu de fondre comme elle le fait, s’accroisse, et pour que la masse ouvrière tire sa subsistance du sol anglais il faut intensifier la production agricole et restituer aux campagnes tous les bras disponibles et surtout ceux des chômeurs. Face à face avec ces vérités fondamentales, le gouvernement anglais se résoud à pratiquer ce qu’il n’hésite pas à appeler lui-même une « politique de Retour à la Terre ».

SECTION III

Politique agraire

Le Directeur du Bureau des Marchés au ministère de VAgriculture déclare dans un discours prononcé en 1934 : « Si, dans un siècle, un historien entreprend d'écrire l’his-

(15) Reste à savoir si ce repliement qui est une forme d’autarcie ne provoquera pas ce qu'on veut éviter.

« toire de l’agriculture anglaise, il sera obligé d’entamer un. « nouveau chapitre avec les années que nous traversons. « Qu'il commence son étude avec la législation, les concep- « tions économiques ou les mesures pratiques appliquées « dans la politique agricole, il sera obligé d’avouer que les « années d’après 1932 constituent une démarcation nette « entre des périodes historiques tout à fait différen- « tes » (16). Aucune affirmation n’est plus en accord avec les faits.

En 1929, l’Union nationale des Fermiers d'Angleterre affirme que si le Gouvernement tient à sauver l’agriculture britannique, il lui faut intervenir d'urgence.

Dès 1931, le Gouvernement (travailliste) fait voter une loi capitale pour les destinées agricoles : « l’Agricultural Marketing Act », qui autorise l'établissement de projets pour régler la vente des produits agricoles et qui permet à une majorité de producteurs d’une variété de produits de contraindre la minorité à se joindre à eux pour le contrôle de la vente.

Mais la loi qui opère la transformation la plus radicale dans l’économie anglaise est celle du 29 février 1932, dont on peut dire qu'elle exprime la faillite d’un système et marque l’avènement d’un autre : c’est elle qui organise le régime douanier protectionniste et synthétise le reniement de tout un passé traditionnel. Désormais, il n’y a plus de différence entre les produits industriels et les produits agricoles qui tous sont soumis aux droits de douane à l'importation. L’Angleterre abandonne son libre échangisme qu’elle avait élevé à la hauteur d’un dogme, mais qui s'avère dorénavant nuisible, pour adopter un protectionnisme auquel sont déjà revenues toutes les nations d'Europe.

La même année sont conclus les accords d'Ottawa au moyen desquels on s’attache à créer une économie impériale, conciliatrice des intérêts de la métropole et des Dominions. La même année également, est promulgué le célèbre

(16) Cité par A. Spindler, Bulletin des Engrais, 26 nov. 1936, p. 521 : « La politique agricole de l'Empire Britannique ».

« Wheat Act » qui, — en application de la loi de 1931, — réglemente le marché du blé.

L'année 1932 est donc bien l’année décisive. L’Angleterre s’engage dans la voie de l’interventionnisme d'Etat et, sans prétendre renoncer à son idéal de liberté, édicte des mesures nettement autoritaires. Les économistes anglais promoteurs de cette ingérence de l'Etat dans l’organisation des marchés tiennent le raisonnement suivant : « Etant donné que le marché anglais doit fournir à l’agri- « culture nationale les moyens de se développer fortement, « il est incontestable que seule une intervention de l'Etat .« (la protection douanière), peut rendre possible ce déve- « loppement. Et il est légitime que l'Etat pousse plus loin « son intervention pour assurer une qualité supérieure aux & produits et un ravitaillement harmonieux et suffisant, « aussi bien que pour faire bénéficier de ces réformes le « paysan et le propriétaire foncier, et non pas les intermé- « diaires. Il doit également empêcher le coût de la vie « d'augmenter exagérément, développer des cultures quasi « inexistantes et éviter des sorties de devises. L'initiative « privée ne peut pas atteindre ces buts, il importe donc que « l'Etat intervienne en vertu de l'intérêt général, pour « diriger l’économie agraire » (17).

__ De quelle manière se manifeste l'intervention de l'Etat

anglais ?

Les projets de réorganisation des divers marchés, — Marketing Scheme, —— sont élaborés par le Gouvernement

d'accord avec les producteurs, généralement d’après les propositions de la Ligue Nationale des Fermiers (18). Ces projets sont ensuite soumis au vote des producteurs et ne sont rendus obligatoires qu'après avoir cbtenu la majorité des trois quarts requise. Sur chaque marché ainsi organisé suivant une méthode qui satisfait le principe de libre adhésion, est créé un « Office du marché », élu par les produc-

(17) Il n'est pas une nation au XX° siècle qui n'ait dû mettre en avant le

principe de l'intérêt collectif ou du Bien commun pour expliquer certaines atteintes à la liberté individuelle.

(18) La Ligue Nationale des Fermiers est la principale association agricole britannique groupant environ 150.000 membres et jouissant d'une grande influence.

teurs et chargé de l’application de la réglementation, voire même dans certains cas de la vente des produits. Le Gouvernement voit dans la réglementation de la production et de la vente un premier moyen d'améliorer la situation des principaux marchés, il en voit un autre dans l'octroi de subventions. Toutes les branches de l’agriculture sont successivement touchées, soit qu’elles aient été soumises à une réorganisation, soit qu’elles aient simplement bénéficié des subventions (19).

Le profit individuel est maintenu dans les principes et dans les faits. En dehors du protectionnisme douanier, l'Etat n’assure pas la viabilité des entreprises agricoles. Toutefois, il est partie aux contrats de prix pour assurer un prix raisonnable aux contractants. La technique de l’exploitation reste entièrement aux mains du particulier que l'Etat assiste de conseils mais ne commande pas. Il fixe des qualités « standard » qui doivent être atteintes pour que le producteur soit admis dans la machine de distribution et de vente. Et surtout il aide le fermier (puisque le fermage est le mode d’exploitation le plus courant en Angleterre), qui adopte sa politique agricole, à l’aide de généreuses subventions.

En résumé, pour soutenir. l’agriculture nationale, le gouvernement anglais use de quatre procédés :

1° Le recours aux droits de douane ;

2° La réglementation des importations (contingentements) ;

3° L'organisation de la production et de la vente ;

4° L’octroi de subventions directes.

Ces quatre procédés en visant au maintien ou au relèvement des prix agricoles, n’ont d’autré but que de rénover l’agriculture et de procurer aux fermiers et exploitants anglais des revenus encourageants capables de les attacher au sol et d’y rappeler ceux qui l’avaient déserté. Il est évident que l'avenir de la production agricole dépend d’une

(19) Renseignements tirés d'un article intitulé: « L'Agriculture britannique, son évolution récente », dans la Revue des Agriculteurs de France, mai 1938,

ph: l/9#ant77.

reprise de la vie rurale et que celle-ci ne renaîtra qu’en fonction des avantages qu’elle pourra offrir aux cultivateurs. L'organisation autoritaire des marchés est le meilleur moÿen de favoriser l'essor de la profession agricole et indirectement de provoquer un Retour à la Terre.

SECTION IV

Tentative de Retour à la Terre

Mais en dehors de cette réglementation directe purement économique, l’Etat anglais prend des mesures d’ordre social propres à accélérer le mouvement des villes vers les campagnes.

Il commence par mettre sur un pied d'égalité les salaires agricoles et les salaires industriels. Comme dans tous les autres pays l’ouvrier agricole était jusqu'alors nettement désavantagé par rapport à son camarade de l'usine. Ce n’est qu’à partir de 1936 (loi du 9 avril), qu’il est admis à bénéficier de l'assurance contre le chômage (20). Son salaire peut être relevé grâce à la meilleure situation pécuniaire de ses employeurs. (Le salaire hebdomadaire minimum qui était de 31 sh., 8 en 1931, est de 35 sh. en 1937 (21)). L'Etat s'attaque également à l’amélioration des logements ruraux trop souvent insalubres. Il renforce ses dispositions législatives encourageant la natalité et secourant les familles nombreuses. I1 subventionne les exploitants qui occupent une main-d'œuvre abondante. Il facilite le morcellement des terres en faveur des cultures maraîchères propices aux petits exploitants. Il use de la propagande pour inviter les travailleurs urbains en chômage à regagner les campagnes.

En janvier 1933, le chômage atteint son point maximum avec 2.900.000 chômeurs complets. D'autre part, l’agriculture manque de bras, et les ouvriers de pain

(20) Parallèlement en France, les allocations familiales n'ont été étendues à l'agriculture qu'en 1936.

(21) Renseignements fournis par le Bulletin Quotidien du 1* mars 1938, n° 49: « La situation de l'agriculture britannique ».

anglais. Il semble facile, a priori, de compenser une perte par un excédent et d’utiliser les bras inactifs de la ville dans les campagnes où leur activité n’est pas suffisante. En 1932, le Président travailliste de l’Assemblée des Présidents des Chambres d’Agriculture anglaise, déclare que 100.000 ouvriers supplémentaires pourraient trouver du travail dans l’agriculture, du jour au lendemain (22). Mais les problèmes de l’économie, enfantins à résoudre sur le papier, deviennent parfois insolubles dans la réalité.

Nous allons voir quels procédés emploie l'Etat anglais pour faire revenir à la terre ses chômeurs ; nous verrons ensuite les résultats obtenus.

Dès 1908, l’Angleterre avait entrepris un essai timide de lutte contre l’exode rural. Elle avait décidé de favoriser la création de petites exploitations agricoles susceptibles de procurer à leurs propriétaires assez de produits pour leur permettre de ne dépendre d’aucune autre source de revenus, et leur assurer un niveau de vie convenable (23). À l’origine, cette initiative avait pour but de dissuader l’ouvrier agricole de déserter la campagne. Depuis la crise de: 1928 et le chômage endémique qui en est résulté, l'Etat a en vue un objet différent : ramener à la terre les travailleurs industriels. Une organisation nouvelle appelée la « Land Settlement Association » est instituée pour coordonner les efforts. De 1908 à 1928, un peu plus de 30.000 exploitations avaient été créées dont la superficie moyenne n’avait pas dépassé 15 acres environ (c’est-à-dire 6 hect.). Il s'était agi alors des exploitations destinées principalement à des travailleurs agricoles. Quant aux exploitations créées par la Land Settlement Association à l’usage des chômeurs, elles ont habituellement une superficie de 5 acres et atteignent rarement 10 acres ce qui, vu la petitesse du terrain, ne laisse guère d’autre ressource à l’exploitant que

(22) Cité par L'Association Agricole, 6 décembre 1932, dans un article intitulé : « La Nouvelle Orientation de la politique agricole de la Grande- Bretagne >».

(23) Une législation similaire remonte à 1886 pour l'Allemagne, à 1889 pour le Danemark. Pour la France, on attend encore.

de se livrer à l’aviculture ou à la culture maraïîchère (24).

‘Un examen des statistiques des petites exploitations en Angleterre et au Pays de Galles montre que leur nombre a sensiblement diminué entre 1913 et 1935. Les exploitations. de 1 à 5 acres sont passées de 92.302 en 1913, à 69.864 en 1933 ; celles de 5 à 20 acres sont passées de 122.117 en 1913, à 100.591 en 1933 ; et celles de 20 acres et plus sont passées, de 221.258 en 1913, à 217.978 In 1923.

C'est une des raisons pour lesquelles la Land Settlement. Association (25), s'oriente en 1933 vers la création de grandes propriétés groupant une quarantaine de familles. Nous n’avons pu trouver de statistiques concernant cette nouvelle forme de colonisation collective. Mais nous savons d’après les rapports d’éminents économistes: anglais (comme P. LAMARTINE YATES) que les résultats ne sont pas remarquables (26). Une des causes du manque de développement de cette colonisation est le montant élevé des frais d'installation. L'aménagement d’une exploitation agricole familiale complète d’environ 35 acres, coûte £ 2000 au moins ; celle d’une exploitation de 5 acres coûte £ 750. Les charges d'intérêts et d'amortissement qu’entraîne la dépense de capital qu’ils ont la faculté de consacrer à acre sensiblement plus élevé que celui que paierait le locataire d’une ferme ancienne de la même catégorie, ce qui diminue d’autant le revenu de l’exploitant. Les pouvoirs publics ‘sont donc obligés non seulement de considérer la dépense de capital qu’ils ont la faculté de consacrer à l’atténuation du chômage, mais d'examiner si cette forme particulière d’assistance est justifiée par les résultats que lon en peut attendre.

Ce n’est pas tout d'installer l’ouvrier industriel sur la

(24) Les exploitations analogues ont une superficie moyenne dé 12 acres (= 5 hectares) au Danemark et de 30 acres (— 12 hectares) en Allemagne. Ces dimensions plus grandes sont plus avantageuses. (Cf. Siatisti Aarbog, 1935, ét Statisches Jahrbuch, 1935).

(25) Cf. A.-W. Menzies Kütchin, Land Settlement, À report prepared for the Carnegie United Kingdom Trustees, 1934, p. 22.

(26) Cf. P. Lamartine Yates : « Les chômeurs de l'industrie et le Retour

à la Terre en Grande-Bretagne », Revue Internationale du Travail, vol.

XXXVI, sept. 1936, p. 361-387.

terre, encore faut-il ne pas le condamner irrémédiablement à un niveau de vie plus bas que celui qu’il aurait pu avoir s’il était parvenu à retrouver un emploi à la ville, peut-être même — Ô ironie — à un niveau de vie plus bas que celui qui serait le sien s’il était employé comme salarié agricole. « En Grande-Bretagne il a été démontré, — déclare P. « LAMARTINE YATES, — que si les petits exploitants reti- « rent occasionnellement de leur travail un profit appré- « ciable, le plus souvent ils ne touchent qu’un revenu insuf- « fisant de leur capital, et parfois même une somme équi- « valente aux gains d’un salarié agricole » (27).

La situation de la Grande-Bretagne est donc la même que celle de nombreux pays d'Europe où le revenu du travail du petit exploitant agricole est moindre, non seulement que celui de l’ouvrier industriel, mais que celui du salarié agricole.

Le tableau comparatif suivant est l'illustration de ce que nous avançons. Il a été dressé pour l’année 1927-28, relativement profitable à l’agriculture, et après un prélèvement d’un intérêt sur le capital de l’exploitant (28).

1927-1928 1927-1928 1926 Produit du travail Salaire d'un Salaire d'un du paysan exploi- ouvrier agri- ouvrier industant par journée cole par jour- triel (manœuvre) d'homme née d'homme par journée de 8h.

Norvège 5.43 7.99 13.97 Finlande 3.21 4.00 4.80 Suisse 2.87 6.66 13.00 Pays-Bas 2.50 5.20 9.76 Pologne 1.94 1.81 5.60 Danemark 1.42 8.28 15.48 Allemagne 0.06 4.46 8.64

N.-B. — Il s’agit de francs-or.

(27) Op. cit., p. 384.

(28) Tableau extrait du Bulletin Mensuel de renseignements économiques et sociaux, publié par l'Institut International d'Agriculture, sept. 1931, p. 285, chiffres rapportés par Deslarzes.

L'Etat anglais met donc, à notre avis, un espoir trop grand dans la création de ces exploitations familiales, mais il persiste dans cette voie qu'il estime salutaire et pour. compléter sa tentative d'installation du chômeur industriel sur la terre il organise un autre système à côté du premier, celui dit « des parcelles de subsistance ».

Les parcelles de subsistance sont constituées par des. terrains d’une superficie supérieure à celle du jardin ouvrier (de 1 à 5 acres), terrains desquels l’exploitant n’est pas censé tirer la majeure partie des ressources nécessaires à son entretien. Le chômeur peut continuer à bénéficier de l’assistance publique. S'il trouve un nouvel emploi industriel, il ne perd pas la jouissance de sa parcelle. Le produit de cette parcelle est essentiellement considéré comme un appoint à son alimentation propre et à celle de sa famille, encore qu’il ne lui soit pas interdit de vendre, le cas échéant, le surplus de ses produits. Mais, en principe, la superficie maxima doit permettre à l’exploitant de satisfaire tous ses besoins alimentaires et ceux de sa famille, sans les dépasser. Les parcelles de subsistance ne sont pas exclusivement réservées aux chômeurs. En fait, ils sont à peu près les seuls à en profiter.

Des efforts nombreux soutenus par l'Etat sont faits en Grande-Bretagne pour fournir aux chômeurs des lopins de terre plus importants à titre d’appoint. Citons notamment l’action de la Société des Amis qui, par l’intermédiaire d’associations spéciales, octroie aux intéressés une pièce de terre et leur fournit des outils et des semences, percevant en retour une petite cotisation hebdomadaire. En

1936, le nombre de ses cotisants s’élève à 120.000. La même

Société organise également des sortes de « colonies » comprenant chacune une vingtaine de parcelles d’un quart d’acre, où les exploitants peuvent se livrer d’une manière intensive à l’aviculture, à l’élevage des porcs ou à la culture maraichère et se préparer ainsi à devenir des cultivateurs subvenant pleinement à tous leurs besoins. Ces parcelles sont englobées dans l’organisation dont nous avons déjà parlé, la « Land Settlement Association ». Chacun des

exploitants installés touche un subside provenant du fonds public constitué pour les districts où sont envisagées les créations de colonies. La difficuité de se procurer des terrains en quantité suffisante à proximité du domicile des intéressés limite l’expansion du mouvement. La mise en œuvre de ce programme est par ailleurs très onéreuse. Le plus souvent les chômeurs sont incapables de verser un loyer correspondant à la valeur du terrain de sorte que — surtout dans les pays où le prix du sol est élevé — l'Etat doit supporter une lourde charge pour l’achat des parcelles tout en demeurant obligé de verser pendant une période indéfinie des indemnités d’assistance aux bénéficiaires.

Ces considérations ont amené d’autres pays, tels que les U. S. A. à essayer des exploitations de subsistance d'un autre genre où l’exploitant jouit d’une superficie suffisante pour qu'il puisse y pratiquer une culture ou un élevage lui permettant de se procurer la majeure partie de sa nourriture, de manière à n’avoir plus besoin de l'assistance publique (29).

La conclusion de M. YATES que nous faisons nôtre est que la petite exploitation agricole n’offre que des ressources médiocres aux chômeurs : « Cependant le système « de la petite exploitation ne sera pas entièrement « délaissé ; il continuera de remplir une fonction utile en « servant d’échelon à l’ouvrier agricole entreprenant qui « vise à devenir le maître d’une exploitation plus impor- « tante ; en sorte que, dans un pays tel que la Grande- « Bretagne, où les entreprises agricoles sont grandes, le « maintien des dispositions légales relatives à la petite « exploitation est à la fois nécessaire et souhaitable. Mais, « encore une fois, pour ce qui est de l’installation du chô- « meur industriel sur la terre, on doit reconnaître que les « perspectives de réussite sont — pour nous en tenir à un « terme modéré — incertaines » (30).

(29) C'est ce que le Gouvernement des U. S. A. appelle le & Subsistence Homesteading », dont nous ferons plus loin l'étude.

(30) Cf. Rev. Intern. du Travail, vol. XXXWVI, sept. 1936, p. 387.

SECTION V

Résultats obtenus

Ld

L’Angleterre a voulu revenir à la terre, elle a bouleversé tous ses principes pour atteindre son but, et renié - tout ce qu’elle avait adoré. Mais a-t-elle vraiment opéré un Retour à la Terre ? Nous avons demandé aux chiffres la vérité sur la situation de l’Angleterre au moment le plus aigu de la crise, et ils nous ont attesté la nécessité pour elle d'opérer un revirement économique. Nous allons leur - demander maintenant la vérité sur sa situation après plusieurs années de politique en faveur de la terre, et c’est eux qui nous dicteront notre réponse.

La production de blé est en nette augmentation.

De 1924 à 1931, la moyenne annuelle produite est de 14.870.000 quintaux ;

de 1932 à 1938, elle est de 17.070.000 quintaux.

Le rendement à l’acre est passé de 17 cwt 33 (moyenne 1928-1931) à 18 cwt 32 (moyenne 1932-1937) (31).

La production des céréales secondaires est stationnaire ou en légère régression, ce qui correspond à l’augmentation des surfaces emblavées passées de 1.196.000 acres en 1931 à 1.731.000 acres en 1937 (32).

La production de la betterave à sucre, insignifiante en 1923-24 (15.000 tonnes seulement), et faible encore en 1932 (environ 100.000 tonnes), atteint en 1937 près de 600.000 tonnes (ce qui subvient à un quart des besoins en sucre de l'Angleterre) (39):

Le cheptel bovin qui comptait 7.955.000 têtes en 1951, en compte 8.932.800 en 1938.

Le troupeau de moutons ne s’accroît pas, mais

(1) 1 ewt. — 50 kgs 802.

(32) Cette augmentation des surfaces emblavées est due en grande partie au régime des subventions dont le blé est gratifié.

(33) Chiffres extraits du Statistical Abstract For the United Kingdom, 1938. Board of Trade, Londres, p. 290.

le troupeau de porcs passe de 3.570.000 têtes en 1931 à 4.695.799 en 1938 (34).

La production moyenne de viande anglaise pour les année 1936-38 est de 20.326.000 cwts, alors qu’elle n’était en moyenne que de 18.000.000 cwts pour les années 1928-

L'augmentation de production des œufs entre 1924 et 1936 est de 65 %. Quant au lait, l’Angleterre obtient en 1937-38 sa plus haute production depuis 25 ans avec 1.300.000.000 gallons (35). à

Cet accroissement général de la production agricole anglaise se traduit par une diminution sensible des importations de denrées alimentaires à l’usage des hommes et des animaux. Nous n’en prendrons pour témoins que les chiffres et pourcentages suivants :

de 1931 à 1935 la diminution des importations de blé atteint 11 %, et celle des plantes fourragères 14 % ;

en 1930, on importe 11,9 millions cwts de porc à bacon et en 1936 6,9 millions cwts seulement (36) :

De 1936 à 1939, les importations de céréales et de viande ont encore diminué de 5 %.

Aucun doute n’est donc possible : la production agricole anglaise est en pleine croissance. Les chiffres officiels ont indiqué que son volume avait augmenté de 16 % de 1931 à 1938. L’un des buts du revirement économique est atteint : l'Angleterre est moins tributaire de l’étranger pour son ravitaillement alimentaire. A quoi correspond cette productivité en progrès ? Est-elle due au retour véritable des hommes à la terre et à l’utilisation de celle-ci jusqu’à sa plus infime parcelle ? Laissons de nouveau la parole aux chiffres.

(34) Chiffres tirés de l'Annuaire Jntern. des Statistiques agricoles, 1938-39. Rome, 1939, pp. 129-130-131.

(35) Chiffres provenant du Journal of the Royal Siatisticul Society, Lon-dres, CIII part. I, 1940, pp. 92-93.

(36) Chiffres empruntés à A. mu Bulletin des Engrais, 25 nov. 1936... pp. 521-525.

EN ANGLETERRE y

En 1931 les superficies cultivées couvrent 13.839.000 acres

Les pâturages, eux aussi, ont diminué d’étendue :

En 1931 ils couvrent 32.374.000 acres 1933 — 32,193.000 — 1936 — 31.932.000 — (37)

Pendant le même temps (de 1931 à 1937), la population totale a augmenté de 1.206.000 unités.

La population urbaïne s’est encore accrue : (35.831.000 personnes en 1931 et 37.814.000 en 1937), et la population rurale a encore diminué (8.963.000 personnes en 1931 et 8.193.000 en 1937). Sur 1.000 habitants, on compte en 1937 822 urbains (contre 800 en 1931) et 178 ruraux (contre 200 en 1931) (38).

Le nombre des travailleurs agricoles a diminué. Il s'élève à 741.300 en 1937 (contre 829.073 en 1931) (39). L’exode rural a donc porté sur près de 90.000 nouvelles personnes, qui toutes servaient activement l’agriculture. La perte est sensible.

Si, maintenant, nous examinons le chômage, nous nous apercevons que s’il est inférieur à celui de 1933 (point maximum 2.900.000 chômeurs), il est encore supérieur en 1939 (1.700.000 chômeurs) à ce qu’il était en 1929 (1.100.000 chômeurs) (40). C’est dire qu’il est devenu endémique et que la solution qui permettra de le résorber n’est pas près d’être trouvée (41).

Confrontons maintenant les chiffres : les uns accusent une augmentation sensible de la production agricole, les

(37) Les chiffres des superficies sont tirés du Sfatiscal Abstract for the United Kingdom, Board of Trade, Londres, 1938, pp. 284-285.

(38) Chiffres tirés du Journal of the Royal Statistical Society, Londres, vol. CII, Part. I, 1940, p. 33.

(39) Statistical Abstract for the United Kingdom, 1938, p. 295.

(40) Annuaire des Statistiques du Travail, B. I. T. Genève, 1939, p. 45.

(41) Malgré la politique de réarmement qui, depuis 1938, a rappelé à l'usine beaucoup “d'ouvriers.

Robert Mallet,

autres une accentuation de la désertion des campagnes. Si l’on ne tient compte que des premiers — comme certains l’ont fait — on affirme : « L’Angleterre est revenue à la la terre », si l’on ne considère que les seconds, on conclut : « Elle continue à se détourner de la terre ».

La vérité, qui concilie les deux propositions, c’est que la politique agraire en Angleterre s’est traduite par un mouvement des idées et non par un mouvement des hommes.

Les idées ont abouti à une législation nouvelle, la législation nouvelle a encouragé l’agriculture, les rendements ont été meiïlleurs, les cultures plus sélectionnées, l’outillage perfectionné, les engrais mieux employés et à doses plus massives. Finalement, la production agricole s’est accrue considérablement.

Mais cet accroissement n’a pas eu lieu à cause d’un Retour des hommes à la Terre, il a eu lieu malgré un exode rural plus prononcé.

Page 1