PRODUCTION
(en tonnes) à 1922 1938
Céréales d'été ..... 97.811 kgs 422.521 kgs Céréales d'hiver ... 143.996 ‘ 216.237 ONVes AE Re re 20.240 38.572 Mélonss rene, 20.210 114.805 RAISINIS = rate de 6.259 46.784 FIBUES sr a 6.765 22.753 - Autres fruits ..... 3.731 25.659 L'ÉSUMES ER ee 13.681. 109.082 PANDA ES SRE PR 341.836 2.504.203 (1937)
Les cultures d’aurantiacées sont les plus prospères et constituent la principale source des exportations : En 1931 2.616.000 caïsses d’agrumes sont exportées En 1935 6.879.000 — — (correspondant à 15.347.000 dollars).
En 1938 11.415.490 — LE (correspondant à 41.655.000 dollars) (31).
La production de céréales parvient presque à suffire à la consommation indigène, alors qu’en 1920 la Palestine devait en importer 70 %. L'élevage des bovins est en plein développement dans les plaines irriguées, ainsi que celui des volailles. De 1920 à 1938, 838 forêts ont été plantées, couvrant une superficie de 20.248 dunams (32).
L’essor de l’agriculture a provoqué la naissance d’une industrie connexe, et le commerce, inexistant en 1920, est
(30) Chiffres provenant du Palestine Blue Book, 1938 (statistics and
returns), Government Printer, Jérusalem, p. 4
(31) Cf. op. cit, p. 321 et General Monthly Bulletin of Current Statistics, février 1940, p. 6.
(32) 1 dunam = 9.193 ares. Cf. Blue Book, 1938, p. 374.
florissant. Au moment où toutes les nations ont accusé de graves déficits budgétaires et se sont débattues dans les difficultés de la crise, jamais finances d’un Etat n’ont été plus excédentaires, que celles’ de la Palestine, jamais citoyens n’ont été plus à l’abri du chômage que les Palestiniens. Il n’est pas de meilleure preuve de l'extraordinaire état de prospérité auquel, miraculeusement, — le mot n’est pas trop fort, — la Palestine déchue s’est soudain élevée.
Le miracle de cette expansion économique, à qui est-il dû ? La justice veut qu’on réponde : aux Juifs.
Ce sont les Juifs qui, les premiers, ont su tirer parti du sol de Palestine en l’adaptant aux cultures qui répondaient le mieux à ses possibilités ; ce sont les Juifs qui ont réalisé les progrès techniques agricoles ; ce sont les Juifs qui, avec leurs capitaux, leurs idées et leurs bras, ont construit le nouvel édifice palestinien.
Pour démontrer la portée des améliorations apportées à l’économie de la Palestine par les Juifs, il suffit d'évoquer le contraste que présente avec son développement incessant l’état de stagnation des pays voisins, comme la Transjordanie, vers lesquels l’immigration juive ne s’est pas diri-
gée (33).
Le retour des Juifs en Palestine a donc suscité, — c’est indéniable, — la résurrection économique du pays, et le but
politique vers lequel tendaient les sionistes, à savoir la constitution d’une nation juive, est virtuellement atteint. Les Juifs, qui constituent maintenant 32 % de la population totale, seront bientôt la majorité, pour peu que l’immigration continue encore quelques années au rythme actuel. Et même si cette immigration cessait — la capacité d’absorption économique du pays ayant été atteinte — l’accroisse- ment de la population juive par la natalité, qui chaque année s’affirme plus importante (son taux dépasse celui de: la natalité arabe), suffirait à la conquête de cette majorité.
Près d’obtenir la primauté numérique, les Juifs possè-
(33) Nous avons même vu que des éléments arabes de ces pays voisins: avaient immigré en Palestine.
dent déjà depuis longtemps la primauté financière, -et leur collectivité pleine de cohésion et de dynamisme, qui prend véritablement l’apparence d’un Etat dans l'Etat, tend peu à peu à réduire dans tous les domaines directeurs le rôle de la masse musulmane. Aussi en résulte-t-il une animosité croissante des Arabes à l’égard des Juifs, animosité qui va jusqu'aux attentats directs contre la personne des nouveaux venus et qui s’est manifestée de façon sanglante, avec nécessité d'intervention de la force armée britannique, en 1929, en 1933 et surtout en 1936.
Pourtant les Juifs ne sont pas seuls à profiter de la prospérité qu’ils ont amenée avec eux, et les Arabes de Palestine sont les premiers à en éprouver les heureux effets. — « Nous sommes convaincus, déclarait en 1930 le « Docteur DRUMMOND SH1IELS (alors Sous-Secrétaire d'Etat « Britannique aux Colonies) (34), que l’on peut établir «< un Foyer National Juif sans nuire aux intérêts non-juifs, « bien plus, que cet établissement apportera au pays des « avantages durables auxquels participeront tous les « éléments de la population ».
L'opinion de la Puissance Mandataire qui s’exprimait ainsi était justifiée : la population tout entière de Palestine profite des bienfaits de l’immigration juive, mais ce rejaillissement sur les Arabes des bénéfices de l'installation d’un Foyer Juif ne résoud pas pour autant la rivalité de races qui, loin de s’apaiser, ne fait que s’aiguiser chaque année.
Les Juifs ont en mains tous les leviers de commande, ils occupent les emplois les plus rémunérateurs, possèdent les terres les plus fertiles, sont à la tête de toutes les organisations commerciales et industrielles.
Et c’est là que la question du Retour à la Terre intervient de nouveau. Les Juifs sont revenus en Palestine, mais sont-ils vraiment revenus à la terre ? Les autorités ont proclamé que leur colonisation ne pouvait réussir que
(34) Cf. S. D. N. Commission Permanente des Mandats, Procès-Verbal de Ia 17° Session Extraordinaire, Genève, 1930.
si elle était agricole : ils ont favorisé par tous les moyens l'installation des immigrants dans des fermes, communautaires ou individuelles, ils ont tendu tous leurs efforts vers une bonification du sol palestinien et vers une amélioration de la production agricole. Nous avons vu que l’agriculture palestinienne a progressé à pas de géants, qu’elle constitue la base de l’économie du pays.
Mais constitue-t-elle vraiment la base de la colonisation juive ?
Le Recensement officiel de 1931 nous fournit à ce sujet des chiffres révélateurs (35).
Les Juifs occupent 7 % de l’agriculture palestinienne et les Arabes 90 %.
Les Juifs occupent 45 % de l’industrie palestinienne et les Arabes 37 %.
Les Juifs occupent 58 % du commerce palestinien, et les Arabes 30 % (36).
k En 1938, les Juifs n’occupent encore que 12 % de l’agriculture, alors qu’ils représentent 30 % de la population.
Plus significatifs sont les pourcentages de la population rurale juive par rapport à la population totale juive, car ils sont une preuve irréfutable de l’infériorité numérique juive dans le domaine agricole.
En 1922, 18.1 % des Juifs sont ruraux (37)
En 1931, 26.4 a ne
En 1938, 26.0 — —
Comme l'indique le tableau suivant (38), la population urbaine juive est de beaucoup la plus nombreuse :
G5) Cf. The Palestine Blue Book, 1938, pp. 330 et suiv.
(36) Le pourcentage complémentaire correspond au nombre de chrétiens travaillant en Palestine.
(37) N'oublions pas que la population rurale comprend des éléments qui ne sont pas véritablement agricoles. Ainsi, le tailleur, le maçon, le médecin d'une colonie sont des ruraux et non des agriculteurs, mais ils sont pourtant comptés dans les pourcentages indiqués.
(38) Tableau dressé à l'aide des chiffres extraits du Pal. B. B., 1938, p. 333 et du General Monthly Bulletin of Current Statistics, avril 1940, p. 8.
Population Années totale Population urbaine Population rurale juive
Ainsi, en 1938, plus de 300.000 Juifs sur 400 ne vivent pas à la campagne, et par conséquent ne sont pas retournés à la terre. Ils sont employés dans les entreprises commerciales et industrielles. (Les travaux publics absorbent environ 30 % de la main-d'œuvre juive non agricole).
La tendance à la fixation dans les villes s’accentue depuis 1934 :
En 1938 (39) :
à Jérusalem, sur 129.000 hab. on compte 79.000 juifs à Tel-Aviv, sur 128.000 hab. — 128.000 juifs (40) à Haïfa, sur 103.000 hab. — 52.000 juifs à Jaffa, sur 77.000 hab. — 41.000 juifs
Cette tendance trouve sa cause dans l'essor des différentes branches de l’économie autres que l’agriculture et favorisées par elle. Le stade exclusivement agricole, qui caractérisait le pays il y a quelques années, est maintenant dépassé, et les Juifs nouveaux débarqués, trouvant des emplois ailleurs que dans l’agriculture, s’empressent de les prendre, car malgré les affirmations convaincues des Sionistes, le Juif n’est pas d’instinct attaché à la terre et s’en écarte dès qu’il en a la possibilité (41).
L’insuffisance de l’agriculture juive est avouée et déplorée par tous les promoteurs du Rétablissement judaïque en Palestine (42).
(39) Chiffres provenant du Pal. B. B., 1938, p. 332.
(40)) Tel-Aviv est une ville réservée aux Juifs, ce qui explique les chiffres indiqués.
(41) Les Juifs exercent 80 % des professions libérales en Palestine.
(42) Voir à ce sujet les articles des Sionistes J. Fisher et M. Piha dans
due Economique 1936, n° spécial des Cahiers juifs, Paris, 1936, pp. 435 et 438. :
Comment s’explique alors le’ renouveau agricole palestinien, s’il est vrai, d’une part, qu’il est dû aux Juifs, et s’il èst vrai, d’autre part, que les Juifs sont de préférence tournés vers les activités différentes de l’agriculture ? Comment ont pu se concilier ces deux réalités ?
Les Juifs ont accompli plus de travail dans l’œuvre de régénération agricole avec leurs capitaux et leurs méthodes qu'avec leurs bras. Les entreprises de bonification des terres dirigées par eux ont employé plus d’ouvriers arabes que juifs. lis ont adopté les genres de cultures les moins ardus et qui procurent les plus gros bénéfices. C’est eux qui monopolisent à peu près toutes les plantations d’aurantiacées. Ils laissent aux Arabes le soin de faire pousser le blé (dont ils ne produisent que 5 %). Les capitaux dont ils disposaient leur ont permis d’acquérir les terres les plus fertiles, celles où l’on peut cultiver les légumes, celles des rendements supérieurs (43). Ils ont appliqué sur leurs propriétés les procédés rationnels de culture sur-intensive, et ils ont obtenu des résultats qui dépassent tous ceux qu'ont pu enregistrer — dans les mêmes domaines — les autres pays producteurs. Enfin, de grandes sociétés, miagricoles, mi-industrielles, ont été constituées par eux, selon les principes de la plus moderne administration.
En 1937, bien qu’ils ne possèdent que 15 % des surfaces cultivées en Palestine, la valeur de leur récolte correspond à 30 % environ de la valeur totale de la production nationale.
La situation financière florissante de l’Etat, due à l’immigration juive, a servi à améliorer les moyens de culture arabes et à encourager par des subventions et des crédits leurs exploitations, en même temps qu’à assainir de nouvelles terres, si bien que la prospérité de l’agriculture juive a provoqué celle de toute l’agriculture palestinienne.
Les Juifs lui ont donné l’impulsion du départ et ont facilité de la sorte la naissance des organisations indus-
(43) De 1921 à 1931, 10 millions de Livres ont été investis par les Juifs dans l’agriculture, dont 3 millions et demi pour l'acquisition du sol. Cf. Berens-
tein, Rev. Intern. du Travail, déc. 1937, p. 857.
trielles et commerciales qui dépendent de l’agriculture. Actuellement ils accordent leur préférence aux emplois créés par les nouveaux débouchés, et sans se détourner de la terre à laquelle l’immigration apporte chaque année son tribut, ils tendent à se spécialiser dans le commerce et l’industrie, formes d’activités qui correspondent mieux à leur tempérament.
Les Arabes se trouvent donc, par la force des choses, relégués aux tâches inférieures et sont obligés le plus souvent pour écouler les produits de leur agriculture ou de leur artisanat, de passer par l'intermédiaire des Juifs qui sont placés à la tête de toutes les principales entreprises. Et malgré les avantages qu’ils retirent de cette collaboration forcée, ou peut-être à cause d’eux, (car ils matérialisent leur état d’infériorité), ils sont enclins à une hostilité croissante à l’égard des Juifs qu'ils accusent de leur ravir leur subsistance.
Notre dessein n’est pas de voir en quoi cette obstruction est bien ou mal fondée, mais simplement d’expliquer que l’une de ses principales raisons d’être se trouve dans le fait que la grosse majorité des Juifs n’est pas revenue à la Terre et s’est dirigée vers les autres sources de rapport.
La colonisation agricole juive constitue bien un Retour à la Terre, elle en est même le type le plus parfait, puisque 95 % des colons sont &’anciens citadins qu'il a fallu rééduquer. Les réalisations que la Palestine offre dans ce domaine sont remarquables et les quelques 200 colonies qu'elle a vu naître — dont les exploitations communautaires sont les plus intéressantes, — témoignent d’un effort considérable et, jusqu’à ce jour, sans équivalent dans aucun autre pays.
Ce Retour à la Terre affecte 108.000 individus. Mais si pour chacun d’eux, il est réel, complet, caractérisé, il ne porte que sur 26 % des éléments juifs revenus en Palestine, 74 % d’entre eux s'étant dirigés vers les villes. De tels pourcentages ne nous autorisent pas à parler du « Retour à la terre du peuple juif ».