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Cette déclaration, qui rentre dans les vues exactes du Sionisme, ne constitue un acte de droit public qu’à partir de la Conférence de San-Remo (25 avril 1920), où l’Angleterre se voit confier le mandat sur la Palestine (3). Le 24 juillet 1922, l’acte de mandat qui régit la constitution du pays est adopté par la S. D. N. ; il contient dans son article 2 la déclaration Balfour, capitale pour le judaïsme mondial, puisqu'il fait de la Palestine une nouvelle Terre Promise. |
Le « Livre blanc », publié en 1922 par le Gouvernement Britannique, précise la ligne de conduite que la puissance mandataire compte adopter dans sa politique d’immigration et proclame « que le peuple juif doit savoir qu’il est « en Palestine en vertu de son droit et non par tolé- « rance » (4). |
(3) Le Traité de Sèvres, signé le 20 août 1920, contient la Déclaration dans son article 95. k
(4) Cité par Z. Abramovitch dans Palestine Economique, 1936, Paris, p. 203. 5
SECTION II
Les Juifs et la Terre
On comprend avec quel enthousiasme le judaïsme mondial donne son adhésion à semblable initiative, d’autant plus que cette assurance officielle de bon accueil en Palestine coïncide justement avec les premières restrictions américaines relatives à l’immigration (5).
L’immigration juive en Palestine va présenter un aspect original. Elle n’a rien de commun avec celles qui se sont dirigées vers les Amériques. Elle comporte une base juridique, elle est assise sur un droit international et répond à un mobile d’ordre politique, — la reconstitution du peuple juif, — alors que les autres immigrations n’ont été qu’une somme de tentatives individuelles orientées vers un but économique (améliorer un genre de vie), ou moral (échapper à la persécution). L’immigration en Palestine comporte également ces deux mobiles, mais elle possède en outre celui qui lui confère son caractère particulier de mouvement politique international. Les Juifs qui débarqueront en Palestine ne seront pas des individus, abandonnés à eux-mêmes, venus sur un sol étranger chercher un sort meilleur, ils feront partie d’une collectivité qui les aidera et pour laquelle ils travailleront ; ils se sentiront solidaires de la terre où ils s’installeront « en vertu d’un droit et non d’une tolérance » puisqu'elle est la terre de leurs ancêtres, et ils y construiront le nouveau foyer de leur race, le centre national de civilisation juive, qui renforcera le sentiment de communauté judaïque à travers le monde (6).
Les immigrations précédentes n’ont mis en jeu que le sort de familles juives isolées. C’est le sort de la race juive
(5) Le Canada, les U. S. A., les pays de l'Afrique du Sud, la France, l'Allemagne, n'admettent plus que certaines catégories d'immigrants : familles des immigrés, professeurs, étudiants.
(6) Car ici rentrent en ligne de compte des facteurs spirituels tels que : langue hébraïque, idéal éthique des colons, compréhension traditionnelle du judaïsme,
tout entière qui est contenue, comme un symbole, dans l'immigration palestinienne.
Mais les principes proclamés ne comptent pas seuls. Encore faut-il qu'ils soient susceptibles d’être réalisés. Désormais les Juifs peuvent réintégrer le sol palestinien et y fonder un foyer national ; mais le sol se prête-t-il à cette féinstallation d’un peuple, autorise-t-il la fondation d’une ation, est-il capable de nourrir les masses d’hommes. qu’une simple déclaration de principe va lui envoyer ?.…
Voyons comment se présente la Palestine en 1920 (7).
Le territoire de Palestine ne couvre que 2.615.800 hectares. Long d’environ 225 kilomètres en bordure de la Méditerranée, mais fort étroit, (environ 37 kilomètres au nord et 129 kilomètres au sud), il présente de grandes variations au point de vue de la topographie et du climat. Les régions accidentées (Galilée, Judée), sont sèches, montagneuses et pauvres ; les régions désertiques contigües à l'Egypte sont absolument stériles ; montagnes et déserts couvrent 46 % de la superficie totale. Seule la plaine maritime mieux arrosée, d’une largeur de 3 à 32 km., et les vallées (notamment celles du Jourdain et d'Esdralon) sont arables, et encore doit-on y lutter contre la malaria. On estime que la superficie vraiment cultivable ne dépasse pas 21 % de la superficie totale. Le problème de l’eau est capital, et il n’a pas encore été résolu par les Arabes, qui pratiquent une agriculture archaïque avec des procédés périmés, et ne tirent même pas du sol palestinien leur modique subsistance. L'industrie est absente, le commerce nul. |
En 1920, la population totale de la Palestine est de 740.000 personnes environ, parmi lesquelles on compte seulement 60.000 Juifs. Les Arabes sont plus de 600.000 et font toujours profession de la même haïne à l'égard des Juifs. (La différence numérique entre les populations juive et arabe est constituée par des chrétiens).
) Renseignements tirés de la Géographie Universelle publiée sous la direction de Vidal de la Blache et Gallois. A. Colin, Paris, 1929, tome VIII, p. 186 et suiv.
La perspective qui s’offre aux yeux des promoteurs du retour des Juifs en Palestine n’est guère encourageante : pays petit et défavorisé par la nature, aux ressources inexistantes, grosse majorité d’une ‘population hostile aux Juifs.
Mais en face, pour venir à bout des difficultés, il y a l’appui de la puissance mandataire, l’assistance de tous les Juifs de la Diaspora, l’afflux des capitaux et le dynamisme que comporte tout mouvement possesseur de la foi.
Les organisations juives qui se mettent à la tête du mouvement, aussi bien que les autorités officielles palestiniennes, comprennent que le seul moyen de reconstituer un foyer national juif dans un pays aussi arriéré que la Palestine, où l’agriculture est la seule forme d’activité économique, est de faire revenir les Juifs à la terre. Il ne peut être question de créer une nouvelle économie en commençant par porter les efforts sur l’industrie. Les nations doivent obligatoirement connaître l’évolution que l’école historique allemande a mis en évidence : elles doivent passer par le stade agricole avant d’atteindre le stade manufacturier, et pour y arriver. Une agriculture rénovée ou, mieux que cela, créée de toutes pièces, et orientée vers les productions les plus favorables, permettra à la Palestine de faire des exportations qui compenseront ses énormes importations. À la faveur de la prospérité agricole, le commerce prendra son essor, et des industries adaptées aux genres particuliers de productions pourront être installées.
D'autre part, les Juifs ne prendront pleinement conscience de leur lien de filiation avec le sol palestinien que lorsqu'ils l’auront travaillé et lui auront demandé leur subsistance. Une fois qu’ils auront peiné pour le conquérir ou pour l’améliorer, ils seront plus intimement incorporés à lui. On ne fonde pas « Un Foyer National » dans des ateliers d'usines, mais dans des fermes au contact des réalités de la terre, car c’est la terre qui façonne un peuple autant qu’elle est façonnée par lui, et ce sont les ruraux les plus fidèles héritiers des traditions d’une’race. Le judaïsme
AP Je CR
ne trouvera pas de plus solide assise pour sa régénération que dans la population juive enracinée par son travail sur le sol palestinien (8).
Enfin, si les Juifs veulent conquérir une liberté politique et économique en Palestine, il est indispensable qu'ils deviennent propriétaires d’une grande partie de son sol, lequel appartient encore presque exclusivement aux Arabes. La propriété foncière est une garantie d'indépendance.
De cet ensembie de considérations découle la nécessité impérieuse d’un Retour à la Terre des immigrants juifs.
Nous pouvons parler ici d’un Retour à la Terre véritable, car les Juifs ont perdu presque tout contact avec elle. (Sur 15 millions de Juifs répandus dans le monde en 1920, on en compte seulement quelques milliers qui vivent de la terre). Dès le Moyen-Age, ils se sont détournés de l’agriculture pour se consacrer au commerce, et les dernières colonies agricoles juives de l’Europe méridionale disparaissent au xv° siècle.
Un décret du Tsar Alexandre 1°, daté de 1804, réglant le statut des Juifs, marque la première tentative officielle faite pour les fixer par l’agriculture (9). Cet essai n’est pas satisfaisant, et en 1897, en Russie, sur une population juive évaluée à plus de 5 millions de personnes, seules 80.000 d’entre elles tirent leur subsistance du sol. Les colonies agricoles russes diminuent d’importance jusqu’à la guerre 1914-1918, et le Gouvernement Soviétique tente vainement de les restaurer en 1924 (10).
En Pologne, Lithuanie, Leitonie, Roumanie, où les populations juives sont les plus nombreuses, une infime
(8) Il est curieux de remarquer que les Juifs palestiniens se réclament justement des principes au nom desquels certains Etats les ont chassés. La doctrine de l'alliance du sol et du sang qu'on les a accusés de saper chez les nations européennes devient leur, dès le jour où ils ont la possibilité de revendiquer la terre de leurs ancêtres.
(9) Cf. Arthur Ruppin, Les Juifs dans le monde moderne, Paris, Payot, 1934, p. 163.
(10) Depuis 1932, le Gouvernement de l'U. R. S. S. dirige les émigrants juifs vers le Biro-Bidjan (sur le fleuve Amour), dans une contrée lointaine et ingrate, et les résultats ne sont pas encourageants.
minorité se livre à l’agriculture, et presque tous les Juifs aiment mieux végéter dans les villes.
La « Jewish Colonisation Association » a voulu, à la fin du xix° siècle, aiguiller les Juifs européens vers des colonies agricoles en Argentine et au Brésil, mais l’échec est à peu près total. En Argentine, au bout de plus de cinquante ans d'efforts, on n’a pu installer que 3.500 familles, et au Brésil, malgré l’apport de capitaux importants, deux colonies seulement ont été créées.
Les Juifs ont donc prouvé qu’ils répugnaient à revenir au sol et qu’ils préféraient de beaucoup s’adonner à des genres d'activité différents de l’agriculture, même quand ils avaient l’occasion de s'installer en sécurité dans des exploitations spécialement destinées à eux.
Vont-ils adopter la même attitude réfractaire quand il s’agira de la Terre de Palestine ?..… Laissons un historien : juif impartial répondre à cette question (11) : « La colo- « nisation palestinienne ne peut mettre en face de tous les « handicaps qu'un avantage, mais un avantage de toute « première importance : l'enthousiasme national des « colons, grâce auquel toutes les difficultés s’aplanissent. « Ils ont l’espoir par leur travail de jeter les bases du « nouveau Foyer National qui, à sôn tour, infusera une « vie nouvelle à tout le judaïsme mondial ».
La preuve que les Juifs sont prêts à renoncer à leurs goûts citadins dès qu’on leur demande ce renoncement sur le sol palestinien, nous la trouvons dans les essais de colonisation agricole en Palestine de la fin du xix° siècle, dus aux initiatives de richissimes philanthropes (12), et qui ont mieux réussi que toutes les autres tentatives effectuées ailleurs. |
En 1870, l'Alliance Israélite Universelle fonde la première Ecole d'Agriculture en Palestine, dans l'intention simplement d'améliorer la situation des éléments juifs indigènes. L'expérience obtient un tel succès que les Juifs
(11) Arthur Ruppin, Les Juifs dans le monde moderne, Paris, Payot, 1934, p. 180.
(12) Cf. supra, p. 157.
d'Europe sont attirés en Palestine et que deux colonies agricoles sont fondées, l’une en 1878, l’autre en 1882, grâce à la générosité du baron Edmond pe RornscmiLp (13).
En 1901, « L'Association de Colonisation Juive », créée par le baron HirscH, organise des exploitations collectives pour la culture du blé et se voit confier l’administration des colonies de ROTHSCHILD en prenant un nouveau nom : & Association pour la colonisation juive en Palestine ». Peu à peu, les membres de ces différentes colonies (il y en a une trentaine) en arrivent à s’intéresser beaucoup plus au rendement de leurs exploitations qu’au sort des travailleurs juifs ; ils emploient même volontiers la main-d’œuvre non-juive à cause de son bon marché, et surveillent les travaux plus qu’ils ne les exécutent. Aussi une réaction a-telle lieu contre ces tendances sous l’influence de l’organisation sioniste (fondée en 1897, comme nous l’avons dit, pour diriger le rétablissement des Juifs en Palestine). Cette organisation, séparée de l’Association pour la colonisation juive, favorise l’accès de la petite propriété agricole aux familles juives qui doivent les exploiter elles-mêmes.
En 1920, au moment où les garanties données par la Déclaration Balfour vont ouvrir la vie à une abondante immigration juive, on compte environ soixante colonies agricoles. C’est une réalité modeste qui confirmera les promoteurs du Retour à la Terre des Juifs dans leurs espoirs de réussite.
SECTION III
Le Retour à la Terre Palestinienne
La colonisation agricole n’est rendue possible en Palestine que par le rapatriement des Juifs ; nous voulons en conséquence exposer à quelles règles est soumise l’immigration et comment sont recrutés les futurs colons
agriculteurs.
L'immigration, comme on s’en doute, n’est pas aban-
(13) Cf. Sir John Hope Simpson, Report of Immigration. Land Settlement and Development, Londres, 1930, cmd. 3686.
Robert Mallet, : 11
donnée au hasard, elle est minutieusement réglementée. Suivant les articles 4 et 6 de l’Acte de mandat, un organisme juif (Jewish Agency) est officiellement reconnu et a le droit de coopérer avec l’Administration de la Palestine et de participer au développement du pays. Tout en veillant à ce qu’il ne soit pas porté atteinte aux droits et à la situation des autres parties de la population, l’Administration de la Palestine doit faciliter l’immigration juive dans des conditions convenables. En collaboration avec la Jewish Agency, elle doit encourager l'établissement intensif des Juifs sur les terres du pays, y compris les domaines de l'Etat et les terres incultes inutilisées pour les services publics. L’Acte de mandat de 1922 reconnaît comme Jewish Agency l’organisation sioniste seule, mais, à partir de 1929, l’Agence juive comprend un nombre égal de représentants de l’organisation sioniste et des organisations juives non-sionistes.
Afin de concilier dans la mesure du possible les différents intérêts en présence, ceux des Juifs et ceux des Arabes, l’autorité mandataire fonde sa politique sur le principe de la capacité d'absorption économique du pays (14). L’immigration est autorisée dans la limite où, de l’avis de l’Administration, cette capacité n’est pas dépassée. La réglementation actuellement en vigueur a pour base l’ordonnance sur l’immigration de 1933 (15), qui prévoit les catégories suivantes :
1° Immigrants disposant de ressources personnelies.
2° Personnes dont l'entretien est assuré (orphelins, ministres et desservants des cultes, étudiants).
3° Personnes ayant une perspective d'emploi déterminée.
4° Personnes à la charge de parents résidant en Palestine ou y immigrant.
(14) Le Livre Blanc Britannique, rédigé par Winston Churchill en 1922. déclare : « Il est nécessaire que la communauté juive en Palestine puisse s'ac- & croître numériquement par voie d'immigration. Une limite doit être assignée à « l'immigration par la capacité d'absorption économique du pays ».
(15) Cf. The Palestine Gazette, des 31 juillet et 31 août 1933.
Le nombre admissible des personnes ayant une perspective d'emploi est fixé d'avance par le Gouvernement, auquel l’Agence Juive envoie deux fois par an une demande tendant à l'approbation d’une « liste du Travail » qui prévoit l’admission de tel nombre de travailleurs salariés. Cette liste est dressée par l’Agence Juive en considération de l’état du marché de la main-d'œuvre en Palestine ; elle est examinée de concert par l’Agence Juive et le Département de l'Immigration, puis présentée au Haut-Commissaire qui doit l’approuver. Le Département de l’Immigration retient une partie des certificats pour les touristes et les autres personnes qui pourraient, pendant les six mois envisagés, demander l’autorisation de rester d’une manière permanente en Palestine et informe l'Agence Juive que tous les autres certificats sont disponibles pour être distribués parmi les immigrants individuels. La sélection de ces immigrants et la distribution des certificats dans les différents pays se fait aux divers centres d’émigration par les Bureaux de l’Agence Juive, qui facilite le transport des immigrants, obtient pour eux des réductions sur les passages maritimes et les accueille à leur débarquement dans ses offices de Tel-Aviv et de Haïfa.
Les immigrants agricoles, une fois débarqués en Palestine, choisissent, selon leurs moyens pécuniaires et leurs préférences personnelles, un mode d’exploitation. Ils ont trois possibilités : ou bien acquérir une exploitation privée, ou bien acheter une ferme à « L'Association pour la Colonisation juive de la Palestine », ou bien faire partie d’une colonie communautaire de l’Agence Juive (16).
1° Les Exploitations privées.
Elles sont en général concentrées dans la plaine maritime et représentent la moitié des terres appartenant aux Juifs. Elles ne diffèrent en rien des exploitations privées européennes, et le propriétaire a l’entière liberté de choisir son genre d'activité (élevage, culture des céréales ou plan-
(16) Renseignements fournis par Berenstein, Rev. Intern. du Travail, vol.
XXX, déc. 1934, La colonisation juive en Palestine, IT, pp. 850 à 855.
tation d’agrumes) et sa main-d'œuvre. On rencontre même diverses sociétés anonymes qui exploitent des plantations, comme la « Ganchaïm Corporation » et la « Jaffa Piantation ».
2° Les Exploitations vendues par « l'Association pour ia Colonisation juive de la Palestine.
Elles sont réunies les unes près des autres et constituent des colonies, mais chacune prise séparément est fondée sur la base de la propriété individuelle. L’Association pour la Colonisation, qui est un organisme essentiellement philanthropique, ne répond pas à un but politique; seul lintéresse le sort des immigrants. Elle vend au meilleur compte la terre aux colons qui la remboursent par annuités (et seulement au bout de 5 ans, laps de temps pendant lequel ils n’ont aucun versement à effectuer). Les exploitants juifs peuvent employer de la main-d'œuvre non juive. Ces sortes de colonies représentent un tiers des terres juives.
3° Les Colonies communautaires de l'Agence Juive.
L'Agence Juive est l’ancienne organisation sioniste élargie. Son but est non pas philanthropique mais politique. Elle vise à la réalisation du Foyer National Juif dans le cadre du Mandat. Sa formule est: « création d’une patrie juive sur le sol palestinien ». La colonisation soutenue par des organismes financiers très puissants repose sur ce principe que le sol acheté par le Fonds National Juif est propriété inaliénable du peuple juif, les colons ne recevant la terre qu’à titre d’affermage. Tous les emplois sont réservés à la main-d'œuvre juive. La terre est propriété collective et — suivant le régime intérieur — il existe plusieurs types de colonies (17) :
a) Les Kvoutzoth, colonies intégralement communistes, au sens le plus complet du mot.
(17) Cf. « Report and General Abstracts of the Censuses of Jewish Agriculture », publié par The Jewish Agency for Palestine-Jerusalem, 1931.
b) Les Moshavim, colonies dites individualistes, où le communisme est atténué.
c) Les colonies dites « de la classe moyenne », destinées aux petits propriétaires et tenanciers, où seule la propriété est collectivisée, chacun ayant son foyer. :
Des contrats sont conclus entre l’Agence Juive et les colonies contrôlées par elle : le fermage est d’une durée de 49 ans généralement, le versement des annuités commence cinq ans après l'installation. L'Agence Juive ne participe pas aux bénéfices des colonies — s’il y en a — et ceux-ci sont répartis entre les colons. En 1938, les colonies communautaires privées sont au nombre de plus de cent, groupant environ 16.000 personnes et occupant 40.000 acres (18).
Le nombre total des colonies (des différents types) est en 1936 de 204 et en 1939 de 215, ce qui correspond à 90.600 personnes environ et à 150.000 hectares (alors qu’en 1899, on comptait seulement 22 colonies avec 5.000 colons et 30.000 hectares (19).
Le type de colonie le plus intéressant, parce que le plus audacieux sur le plan social, est constitué par les Kvoutzoth. Il se rapproche de celui que Robert OWEN avait conçu et se trouve décrit par avance dans le dernier paragraphe du Manifeste des Equitables pionniers de Rochdale, publié en 1844 : « Notre but, dit l’un des pionniers, « est soit d’établir une colonie qui se suffira à elle-même « et où les intérêts seront communs, soit d’aider les autres « sociétés à établir des colonies semblables ». Avec les Kvoutzoth, verra-t-on une répétition de l’expérience faite par les colonies communistes établies aux xvin® et xrx° siè-
(18) Cf. Harry Vitelès, « Rapport sur les Colonies communautaires agricoles en Palestine », dans la Revue des Etudes Coopératives, janvier-mars 1939, pp. 138-158.
(19) Chiffres fournis par le supplément au Bulletin Quotidien du 7 juin 1937 (n° 125), d'après un Rapport de N. W. Hazen, économiste du Département de l'Agriculture des U. S. A., 1937 ; et par le General Monthly Bulletin of Current Statistics, 1940,
VER Lot e Er REA
cles aux U. S. A. (20), qui périclitèrent en raison des jalousies réciproques de leurs membres et du désir de propriété privée impossible à détruire ? Les colonies juives n’ont pas encore une assez longue existence pour qu'il soit permis de donner une réponse de valeur. En tout cas, jusqu’à présent, si elles n’ont pas prospéré, elles ont vécu et ont fait vivre leurs membres. On a même assisté tout dernièrement à la création de nouveaux Kvoutzoth.
Voici comment se présente l’une de ces colonies communistes visitée par Emile VANDERVELDE (21) : elle groupe 120 familles, soit 500 personnes, qui cultivent 600 hectares en appliquant la formule : « De chacun selon ses forces, à thacun selon ses besoins ». Le tailleur coud pour tous, le laboureur mène sa charrue pour tous. Dans cette colonie, comme dans ses pareilles, il n’y a qu’un petit noyau d’agriculteurs professionnels. Les autres, dans une proportion de 89 %, sont d’anciens citadins et en majorité des intellectuels. Tout le monde, hommes et femmes, travaille de ses mains au mieux de ses aptitudes. La colonie se suffit presque entièrement à elle-même, elle ne cherche à produire que des valeurs d’usage. Les repas sont pris en commun, et les célibataires couchent dans des dortoirs (22).
La création d’un Kvoutzah est, le plus souvent, préparée de longue date par des contacts préalables, longs et étroits, entre des Juifs européens ou américains (23), disposés à fonder ensemble des sociétés agricoles. II faut 2 ou 3 ans pour que la demande adressée à la Fédération Générale du Travail Juif par un groupe de jeunes travailleurs sans ressources, qui veulent constituer un Kvoutzah, abou-
(20) Citons parmi les plus connues les communautés de Shakers, de Mormons, l'Icarie de Cabet, les colonies « Inspirationnistes », &« Séparatistes », etc. Cf. à ce sujet M. Louis Baudin, Cours d'Histoire des doctrines économiques,
Fac. de Droit, 1937-1938, Les Réalisations socialistes, pp. 128 et suiv.
(21) Cf. Emile Vandervelde, Le Pays d'Israël, Paris, Rieder, 1929, pp. 42-44.
(22) On ne saurait confondre les Kolkhozes russes avec les Kvoutzoth juifs, car dans les Kolkhozes la qualité de membre est obligatoire et la propriété privée: ainsi que le paiement aux pièces existent, ’
tisse, et ce délai, motivé souvent par un manque de fonds, est comme un premier temps d’épreuve pour les futurs associés. Il arrive fréquemment aussi que le noyau d’un groupement se forme dans quelque ferme d'Europe entre
travailleurs qui attendent pour réaliser leur projet de dis-
poser des moyens d’émigrer.
La préparation des candidats immigrants à leur future: tâche est un des soucis les plus constants des autorités juives, et il est certainement un des facteurs du succès de l’entreprise. L'Agence Juive subventionne l’organisation Hehaluz (pionniers), dépendant de la Confédération Générale Juive du Travail), et qui groupe les futurs immigrants munis des certificats de travail délivrés, comme nous l’avons vu, par les différents Bureaux de l’Agence Juive situés à l’étranger. Cette organisation, qui groupe en 1939 environ 30.000 membres, possède des sections dans 14 pays. Un grand nombre de ses adhérents préparent leur activité future en travaillant dans les villes et surtout dans les fermes où ils apprennent le métier de la terre. En été, les pionniers effectuent des travaux agricoles, en groupe ou isolément. La bonification du territoire palestinien, (et en particulier la fertilisation de la vallée d’'Esdrelon que les Arabes appelaient la Vallée de la mort), doit beaucoup à l'énergie de ces jeunes travailleurs. Quant aux Juifs qui t'ont pas été préparés à leur nouveau métier dans leurs pays d’origine, les autorités juives les dirigent vers les fermes-écoles instituées dans plusieurs colonies, soit de l'Association pour la Colonisation, soit de l’Agence Juive.
L’essor de l’agriculture palestinienne a été favorisé également par les travaux préparatoires de grande envergure qui ont été effectués en vue de mettre des terres à la disposition des colons (24) : assèchement de marais, construction de routes, forage de puits, irrigation, reboisement, etc. Le déboisement avait rendu le pays désolé et l’abondance des cactus nuisait beaucoup à la culture car cette
(23) Depuis 1933, les Juifs d'Amérique ont commencé à revenir en Palestine ; on en compte près de 10.000 en 1939.
(24) Cf. Berenstein, Rev. Intern. du Travail, déc. 1934, p. 855.
plante absorbe une grande partie de l’eau atmosphérique. Les colonies juives ont remplacé le cactus par l’eucalyptus qui écarte les moustiques paludéens et possède la propriété d’assécher les marais. Enfin, pour lutter plus efficacement contre la malaria, un « groupe d'étude de la malaria » a été créé en 1922, avec l’appui des agences de colonisation et du gouvernement.
Depuis 1919, des stations d’essai et diverses institutions de recherches agricoles étudient notamment les pro- Driétés des différentes plantes en vue de sélectionner celles qui conviennent le mieux au pays. Les recherches portent sur les méthodes de culture, sur l’acclimatation des plantes commerciales (comme le chanvre, le lin, la canne à sucre, le tabac), sur la chimie agricole, sur la pathologie des plantes, et en général sur tous les problèmes se rattachant à l'amélioration de la culture. Ces institutions (25) sont dirigées par d’éminents savants et travaillent en contact étroit avec le Département de l'Agriculture.
SECTION IV
Résultats obtenus
Les résultats de la politique d'immigration n’ont pas été longs à se faire attendre. Les Juifs auxquels on offrait enfin un asile sûr et, qui plus est, une patrie, se sont empressés, dès les premières années de la décade 1920- 1930, de regagner la terre ancestrale.
En 1919, la population juive atteint à peine 60.000 personnes.
En 1922, elle est de 83.794 personnes (soit 11.06 % de . la population totale, qui comprend 757.182 personnes).
: En 1931, elle est de 174.809 personnes (soit 17.84 % de la population totale) (26).
(25) La station expérimentale de Rehovoth est la plus connue. Créée en 1921, elle comprend des laboratoires, des bibliothèques, un jardin d'acclimatation agricole, une orangerie expérimentale, une laiterie. -
(26) Chiffres extraits du Census of Palestine 1931, Alexandrie, 1933.
En 1934, elle est de 282.975 personnes.
— 1937, — 395.836 — — 1938, — 402.244 — — 1989, — 445.456 — (soit 31.02 %
de la population totale, qui comprend 1.435.835 personnes).
Le gain de ia population juive est donc de 361.662 individus pour une période de 17 années, gain dû uniquement à l'immigration (si l’on excepte les quelques centaines de naissances juives sur le sol palestinien).
De 1920 à 1932, 122.864 Juifs arrivent en Palestine, soit une moyenne annuelle d’environ 10.300 immigrants (27).
En 1932, le mouvement s’amplifie et en sept années, c’est-à-dire jusqu’en 1939, on compte 238.798 nouveaux immigrants, soit une moyenne annuelle de 34.114 (28).
En même temps que ce flot de plus de 300.000 immigrants s’est déversé sur la terre palestinienne, quelle évolution a subi l’économie du pays ?
Elle a suivi une marche ascensionnelle en étroite corrélation avec l’afflux continu des Juifs, La Palestine, en moins de 20 ans, du pays misérable qu’elle était, devient un pays riche. Des plantations existent là où l’on ne rencontrait que des marécages ou des étendues arides, des routes sillonnent les contrées autrefois désertiques, la plaine maritime s’est couverte d’habitations et des villes nouvelles, à l’architecture audacieuse, s'élèvent sur l’emplacement de bourgades vétustes. La population totale passe de 757.182 personnes en 1922 à 1.435.385 en 1939 (29).
L'agriculture est la base de l’économie palestinienne, et l’on assiste à une progression constante de la production
(27) Chiffres extraits du General Monthly Bulletin of Current Statistics, publié par le Gouvernement de Palestine, mars 1940, p. 117.
(28) Chiffres extraits du General Monthly Bulletin of Current Statistics, publié par le Gouvernement de Palestine, mars 1940.
(29) La population arabe a fait un gain de plus de 250.000 personnes qui n'est pas dû uniquement à une natalité favorisée par de meilleures conditions économiques, mais aussi à une immigration abondante des Arabes des pays voisins attirés en Palestine par la prospérité générale.
en même temps qu’à un perfectionnement incessant des méthodes de culture.
Quelques chiffres des productions comparées de 1922 et de 1938 attestent l’importance croissante de l’agriculture palestinienne.