EN ALLEMAGNE
SECTION I
Crise économique et sociale de 1931-1932
L'Allemagne à la fin du xix° siècle perd par son industrialisation croissante le caractère agricole de son économie primitive, entraînée dans une évolution comparable à celle de l'Angleterre.
De 1882 à 1925, le nombre d’Allemands vivant de l'industrie, du commerce et des transports augmente de 18 millions 1/2 et absorbe la plus grande partie de l’accroissement de population totale enregistrée pendant cette même période, (soit 22 millions 500.000 personnes), tandis que la population active agricole diminue d’un million 1/2 d'individus (1).
En 1882, la population vivant de l’agriculture égale 39,9 % de la population active, en 1925 elle tombe à 22,8 % et en 1933 à 20,8 % (2).
A cette régression de la masse des travailleurs agricoles correspond la progression de la population vivant de l’industrie, du commerce et des transports qui, partie d’un pourcentage de 40 % sur la population active en 1882, dépasse en 1932 celui de 58 %.
(1) Tous les chiffres figurant dans cette étude concernent l'Allemagne sans J'Alsace-Lorraine et sans les territoires annexés.
(2) Cf. Wirtschaft und Statistik, août 1940, p. 336. Popul. totale Popul. agricole Pourcentage (en milliers d'habitants)
ET) croneccobe 40.165 16.029 39,9 UD RES 46.360 15.521 33 LT RO OT 55.598 14.996 27,0 DO2D ET ere 63.181 14.434 22,8
ISÉË)., d0b50%00dhé 66.029 13.715 20,8
Cette montée en flèche de la prolétarisation allemande est accompagnée de l’inévitable concentration urbaine (Velstoedterung).
La part des communes rurales (3) dans la population totale passe de 64 %, en 1871, à 33 % en 1932. Elles contiennent 22.048.000 Allemands en 1900 et 22.219.000 en 1925, tandis que les communes urbaines voient leur contingent s'élever durant le même quart de siècle de 28 à 40 millions (4).
En 1871, l’Allemagne ne compte que 8 villes de plus de 100.000 habitants (= 2 millions d’habitants).
En 1925, elle en compte 45 (— 16.700.000 habitants).
Et en 1932, 50 (— 19.600.000 habitants) (5).
L'Allemagne, qui était au xvin° siècle l’un des principaux greniers européens, se transforme en une vaste manufacture et répand son outillage aux quatre coins du monde. Comme l’Angleterre, elle recueille les heureux effets de cette sur-industrialisation jusqu’à la guerre 1914-1918, mais à partir de 1920, elle n’en subit plus que les conséquences néfastes, en raison de sa situation géographique, moins avantageuse commercialement que celle de l’Angleterre, et surtout en raison de sa position politique affaiblie et de son anémie financière.
En 1932, la crise atteint son paroxysme outre-Rhin. L’effondrement d’une partie de l’économie entraîne l’effondrement de l’autre et le marasme devient total, irrémédiable. La gangrène s’empare de toutes les branches sans exception de l’activité nationale.
Le volume des échanges se réduit, l'excédent des exportations sur les importations diminue, l’épargne publique décroit, la production se ralentit, les usines ferment leurs portes et le chômage prend des proportions colossa-
(3) On considère en Allemagne qu'une commune est rurale quand elle a
moins de 2.000 habitants.
(4) CE Wirischaft und Stastistik, nov. 1940, p. 483.
(5) Le célèbre homme d'Etat allemand Hugenberg a pu dire de la croissance
des grandes villes qu'elle a été « le plus gie péché social de la période brillante de l'Allemagne ».
les. On assiste à une baisse considérable de l'indice des prix, à une chute vertigineuse des cours de Bourse. L’encaisse-or et les devises de la Reichsbank fondent à vue d'œil, le déficit budgétaire devient alarmant, l’embarras financier des villes s’accentue et la pénurie de crédit est générale.
Jamais, depuis les heures tragiques de 1919, l’Allemagne n’a connu semblable détresse, jamais elle n’a été en proie à un malaise social aussi inquiétant. Les six millions de chômeurs constituent un terrain propice à l’éclosion des idées révolutionnaires qui déjà se répandent insidieusement à travers la masse allemande.
De quelque côté qu’on tourne ses regards, le spectacle est aussi alarmant, la même défaillance morale apparaît dans toutes les classes de la société.
La loi est impunément violée dans certains de ses aspects les plus spectaculaires ; la jeunesse sans débouchés et la paysannerie sans profits, qui ont l'impression que le régime se désintéresse de leur sort, s’agitent ; la bourgeoisie, grande, moyenne et petite, se détache du peuple et de la classe ouvrière, et en arrive à favoriser plus ou moins sciemment, par crainte de périls qui lui paraissent menacer son existence, la politique du pire. Les organisations corporatives se laissent annexer par des partis politiques dont elles deviennent des manières de filiales. La classe ouvrière semble répudier ouvertement et radicalement toute solidarité avec les autres classes de la nation. La caste militaire noble se confine dans sa prétendue supériorité et se montre incapable de redresser une situation compromise, que son égoïsme contribue à aggraver davantage.
Le mouvement national-socialiste en 1933 conquiert le pouvoir avec les éléments sains de la nation et met en application cette vérité édictée par son chef : « Ce sont les « minorités qui font l'Histoire, quand en elles s’incarne « une majorité de volonté et de résolution » (6).
. (6) Phrase du Chancelier Hitler citée par H. Lichtenberger, L'Allemagne nouvelle. Flammarion, 1936, p. 140.
Le national-socialisme est par essence un mouvement de régénération nationale. Il est l’héritier des traditions germaniques et prétend en devenir le continuateur. Il tire son dynamisme de sa conception mystique de la grandeur de la Patrie allemande, et il n’a d’autre raison d’être que la réalisation de cette grandeur. Toute son activité, toutes ses décisions dépendront de ce but à atteindre : rendre à l’Allemagne le rang auquel elle a droit.
Pour y parvenir, la première œuvre à entreprendre, c’est le redressement de la situation sociale minée par les virus décomposants du révolutionnarisme, empuantie par les principes néfastes du matérialisme où l’argent seul à sa place au détriment de l'idéal. Il faut détruire les faux dogmes, nuisibles à l'intérêt véritable du peuple, qu’a propagés le marxisme, ennemi public n° 1. Il faut, une fois la destruction opérée, proposer aux citoyens libérés, une nouvelle forme de croyance, un nouveau modèle de perfection.
L'Allemagne a besoin d'hommes qui deviennent les exemples vivants de sa régénération, qui expriment par leur attitude, par leur genre de vie, par leur mode d’activité le renoncement aux erreurs du Passé et l’acceptation des disciplines futures. L'Allemagne réclame une élite capable de synthétiser en elle la nouvelle nation dans ce qu’elle a de meilleur, de former l'infrastructure de l’ordre social naissant et d’en garantir la stabilité. Pour répondre à de telles conditions, cette élite doit être recherchée parmi ceux qui sont restés dans le contact le plus étroit avec les saines traditions de la vie ancestrale et qui sont susceptibles d’y demeurer. C’est pourquoi le national-socialisme confie délibérément à la classe paysanne le rôle capital dans l’œuvre de redressement moral.
L'Allemagne industrialisée, celle des hauts-fourneaux, des mines, des forges, des vastes cités ouvrières, celle qui groupe les deux tiers de sa population, se tourne vers l'Allemagne rurale, vers celle qui ne représente plus qu’une minorité d'hommes, maïs qui concentre en elle la somme des énergies et des qualités de la race, vers celle sans laquelle l’autre ne serait pas née... j
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Les files de cheminées d’usines, les terrils miniers pyramidaux, symboles d’une économie, doivent, pour conserver leur puissance, la partager avec d’autres symboles : les fûts noïrs des sapins et les collines dorées par les blés. Le matérialisme inévitable, qui s’inscrit dans le ciel en lettres de fumée, doit être compensé par l’idéalisme jailli de chaque grain au creux de la terre, et porté par chaque épi au sein des moissons mouvantes.
Les masses, anémiées par les labeurs de la ville, fatiguées dans leurs corps et dans leurs âmes, et déjà moins prolifiques parce que moins confiantes dans l’avenir, doivent être relevées, revivifiées par les masses issues de la campagne et débordantes de santé. Celles-ci, fidèles à leur lieu de naissance, n’ont pas été mélangées ; elles ont conservé toutes les caractéristiques de la Race, elles constituent le fond inépuisable où la nation se régénère et sans lequel elle est condamnée à mourir.
Depuis longtemps ces vérités avaient été senties par des esprits allemands, et proclamées par eux, mais sans provoquer d’écho favorable. Déjà, avant la guerre 1914- 1918, la « Ligue des Agriculteurs », la « Ligue des paysans allemands », le « Groupement des Associations Chrétiennes des paysans allemands » avaient adressé au Chancelier de l'Empire un mémoire dans lequel figuraient ces lignes : « L’Ailemagne était, il y a un demi-siècle un pays surtout « agricole. Elle est devenue un pays surtout industriel. Or, « il convient à la bonne santé d’un Etat que l’équilibre soit « rétabli entre ces deux conceptions. L'Allemagne doit de « toute nécessité renforcer sa base paysanne » (7).
En 1932, le général Von SCHLEICHER s'était écrié: « La raison profonde de la misère de l’Allemagne et du monde doit être recherchée dans le fait que trop d’hommes ont perdu tout lien avec le sol et vivent en masses dans les grandes villes » (8).
(7) Cité par M. de Guichen dans Le problème agricole allemand dans le passé et dans le présent. Impr. Bussière, Saint-Amand, 1929, p. 45.
(8) Discours-programme du 25 décembre 1932, cité par Pierre Waline dans un article : « La Politique allemande de Retour à la Terre », La Journée Indus-
trielle du 21 avril 1934,
Mais la République de Weimar n’était pas capable de mener à bien le revirement qui s’imposait. Elle ne représentait pas la tradition, elle était une forme factice et transitoire de la politique allemande et ne pouvait renouer avec le passé, puisqu'elle était née justement de la rupture avec ce passé. 5
Le national-socialisme, au contraire, force à la fois neuve et traditionaliste, qui prétend bâtir moderne mais sur une base millénaire, devient le champion le plus qualifié de la résurrection paysañne.
Bien avant son avènement, il s’est intéressé aux problèmes agricoles, et l’article 17 de son programme initial porte en toutes lettres : « Nous exigeons une réforme agraire conforme aux besoins nationaux », tandis que son Führer, alors prisonnier politique, écrit dans sa cellule : « On ne saurait trop priser la possibilité de conserver une « classe paysanne saine comme base de toute la nation » (9). Il n’ignore sans doute pas que Marx lui-même a dit : « On peut faire des révolutions sans les paysans, elles ne « durent que par eux ».
Il sait que la révolution nationale-socialiste se fera par les ouvriers, mais il veut qu’elle dure par les paysans.
SECTION II L'alliance du sang et du sol (Blut und boden)
L'action de régénération dans laquelle se lance dès son arrivée au pouvoir le national-socialisme n’est pas improvisée ; elle est mûrie de longue date ; rien de ce qu'elle entreprend n’est laissé au hasard, maïs correspond à des principes solidement élaborés, et à une doctrine préméditée dont elle ne s’écarte pas.
Le mouvement en faveur de la classe paysanne fait partie depuis des années du programme national-socialiste, il a été prévu et ordonnancé. Il repose sur une thèse désormais officielle, celle de la Race, nouvelle noblesse du sang et du sol.
(9) Cf. Mein Kampf.
Le théoricien en est ‘Walther DarRé. Tout ce qu’il pense, c’est ce que pense le national-socialisme, tout ce qu’il affirme, c’est l'affirmation de son chef HrrLer. Tant qu'il n’est que le directeur de la branche paysanne du Parti, il ne représente que le Parti ; mais du jour où le: national-socialisme s'empare des rênes du Gouvernement, il est le porte-parole de la nouvelle Allemagne, le représentant le plus direct de ses aspirations morales.
Connaître les théories de Walther DARRÉ, c’est connaître les mobiles qui ont poussé le Reich à revenir à la Terre.
Walther DARRÉ — celui qu’on a pu appeler « le Romantique agricole » — est né en 1895. C’est dire que sa foi comporte l'enthousiasme de la jeunesse. Ancien ingénieur agronome, il se sent dès la fin de la guerre 1914-1918 attiré par les problèmes de la Terre et de la Race, et tous ses travaux littéraires reflètent dans leurs titres le sujet de ses préoccupations :
Particularités et devoirs de la fraction agraire d’une Allemagne viable ;
Renaissance de la paysannerie ;
Le but de la sélection pour le peuple allemand ;
La paysannerie, source de vie de la race nordique (10).
La nouvelle noblesse du sang et du sol (11).
Ces deux derniers ouvrages, parus respectivement en 1928 et en 1930 sont fondamentaux ; c’est en eux qu’on trouve l'explication des mesures prises par le nationalsocialisme pour restaurer la classe paysanne. Nous allons leur demander de nous livrer leur substance.
Walther DARRÉ est intimement convaincu que la misère du paysan, l'abandon des terres et le développement excessif des villes sont à l’origine du déséquilibre moral dont l'Allemagne souffre depuis un quart de siècle. La classe paysanne joue un rôle essentiel dans l’économie de la nation, mais plus encore dans le développement de la
(10) « Das Bauertum als Lebensquell der nordischen Rasse », 2° édit., J.-Fr. Lehmans, Verlag, Munich, 1933.
(11) « Neuadel aus Blut und Boden », 2° éd. J.-Fr. Lehmans, Verlag. Munich, 1933.
race ; elle est la réserve de santé et d’énergie, la source et le fondement de l’existence de la nation. Quand elle dépérit et s’étiole, c’est toute la nation, son économie, ses industries, ses élites, son expansion morale et intellectuelle qui sont menacées. « Nous admettons que la terre, dit DARRÉ, « est autant pour le peuple allemand une base saine néces- « saire au maintien et au renouvellement de son sang « qu’un moyen de se nourrir ». On voit combien se rapprochent jusqu’à se confondre les considérations économiques, politiques et morales : la pureté de la race exige, autant que l’équilibre économique de la nation et son indépendance à l’égard de l’étranger, une paysannerie forte et en perpétuelle ascension.
Alors que le capitalisme et le marxisme tendent à industrialiser, prolétariser, déraciner les masses, il importe au contraire de les rapprocher du sol, de rétablir le contact entre elles et la terre (12).
En même temps que cette nécessité d’un retour à la terre s'impose, une autre nécessité aussi impérieuse apparaît : celle d’une restauration de la noblesse.
« Ce qui nous manque, à nous, Allemands, dit W. « DARRÉ, c’est une véritable noblesse au sens germanique « ancien. Il nous faut de n'importe quelle façon revenir à « la conception germanique de la noblesse » (13). Or, la noblesse allemande digne de ce nom n'existe plus depuis le moyen-âge, depuis qu’à la noblesse héréditaire des Germains, destinée à fournir des chefs de par son éducation spéciale, s’est substituée une caste représentative et fermée. La véritable notion de noblesse, au sens germanique, se caractérise par un choix d'hommes sciemment éduqués sur la base de noyaux héréditaires sélectionnés et capables de devenir des chefs, du fait de cette sélection. Walther DarRé démontre alors le rapport étroit qui existe entre la noblesse et le sol. « Le mot « Adel » (noblesse) ne signifie à
(12) Cf. Walther Darré, La Paysannerie source de vie de la race nordique, Lehmans, Munich, 1933, chap. 1°.
(13) Cf. Walther Darré, La nouvelle noblesse du sang et du sol. Traduct. franç. Sorlot, Paris, 1939, p. 59. :
« l’origine pas autre chose qu'association des propriétaires « terriens, ou mieux, association des possesseurs de biens « héréditaires, du haut allemand adel, d’adal en allemand « archaïque venu lui-même d’uodal, propriété hérédi- « taire » (14). Le terme adel provient donc d’une institution germanique qui reconnaissait à la famille la propriété d’un bien héréditaire indivisible et inaliénable dont la puissance revenait à l’aîné des fils, ou au fils le plus méritant, institution qui tendait visiblement à conserver et à multiplier un sang ancestral ayant fait ses preuves.
Il faut créer, propose W. DaRRÉ, des communautés aptes à favoriser et à multiplier des hommes de valeur, et restreindre en même temps le pullulement des êtres inférieurs. Et où créer ces communautés, si ce n’est à la campagne, sur la terre héritière des traditions et dispensatrice de vitalité ?
« La famille allemande, c’est un fait constaté, ajou- « te-t-il, ne peut prospérer longtemps en ville et s’y main- « tenir vivace sans le contrepoids d’une propriété « rurale ». Il prétend que dès son apparition dans l'Histoire, le Germain a eu la haïne de la cité. « Il est signi- « ficatif de constater que toutes les tribus germaines, au « temps des grandes invasions, ont évité anxieusement de « s’établir dans les villes romaines conquises » (15).
Mais pour établir ces institutions paysannes, ces fermes de conservation, de défense, de maintien (Hegehofe), il est nécessaire de restituer à la terre sa signification élevée, répondant à une tâche morale fondée sur des principes vitaux, à cette terre qu’on a laissé tomber au rang humiliant de productrice de matières premières régie par le bon vouloir de ses propriétaires. La racine du mal est dans le fait que le peuple allemand a ruiné l’antique conception germanique de la propriété unissant la terre et Phérédité, pour ne plus voir en elle, sous linfluence du droit romain, qu’un élément de richesse. Le paysan n’est
(14) Cf. op. cit., p. 64.
(15) Cf. op. cit., p. 75.
plus qu’un commerçant ou qu’un industriel qui pense à gagner de l’argent avec sa terre et ne la regarde plus comme la gardienne de l’idée de famille et de tradition. Il faut restaurer le sentiment de filiation de l’homme vis-à-vis de sa terre. De cette filiation naît une façon d’agir et de se comporter qui donne à l’homme une place de choix au sein de son peuplé « car c’est par le produit qu’elle tire du « sol que la véritable noblesse sert sa Patrie » (16).
La noblesse doit être paysanne, elle doit être enracinée au sol parce que les hommes de la terre possèdent la plus haute valeur physique et morale et sont les dignes continuateurs de ceux qui ont fait la splendeur de leur race.
« La ville produit des gens de série, à de rares excep- « tions près. L'Allemagne, pour demeurer vivante, a besoin « de « héros » que fortifie une élévation de l’âme. Le cita- « din, lavé de toutes les eaux de la grande ville est, il est « vrai, « vif et éveillé », mais il est rare qu'il apporte « ces dons qui garantissent au chef, aux grandes heures « de l'Histoire, cette rectitude de jugement qui le main- « tient sur le vrai chemin » (17). ;
A ces qualités morales exceptionnelles, la classe paysanne joint les qualités physiques qui conviennent à l’expansion de la race. Il ne faut pas oublier que les grandes choses ne peuvent être réalisées seulement par les esprits. « Il est impardonnable, dit W. DARRÉ, de vouloir endormir « l’attention du public en lui disant que c’est l’esprit seul « qui compte, et non le corps. Où trouvons-nous la preuve « historique qu’indépendamment du corps de la race « l’esprit puisse former l'Histoire ?.…. Pour nous, Alle- « mands, il n’y a qu’un but possible : tâcher par tous les « moyens possibles d'arriver à ce que le sang, qui est créa- « teur dans le corps de notre peuple, c’est-à-dire le sang « nordique, soit conservé et multiplié, car c’est de cela « que dépendent la conservation et le développement du « germanisme » (18).
(16) Cf. op. cit., p. 118.
(VER oprcat pl|ls; (18) Cf. op. cit., p. 241.
es
Les plus fidèles représentants de cette race nordique sont les paysans, les seuls hommes capables de la préserser, ce sont eux. « La ville ne peut se maintenir-en vie par elle-même, il faut l’aider du dehors. Le parasitisme est le caractère essentiel des cités. Tout parasitisme meurt dès qu’on lui retire sa base nutritive ; aussi, dès qu’un peuple veut créer une noblesse fondée sur l’enracinement et la constance, s’il veut se ménager une réserve « de forces, étant conscient de son avenir qui repose sur ses couches héréditaires, il ne pourra jamais la cons- « truire sur la base instable et incertaine d’un homme « citadin » (19).
Les deux nécessités, vitales pour l’Allemagne, d’un retour à la terre et de la restauration d’une noblesse coïncident donc, elles se complètent l’une l’autre, et s’étayent réciproquement.
La doctrine de Walther DARRÉ est, nous l’avons dit, celle du Reich, mais pour saisir l’exacte portée de cette affirmation, il convient de remarquer que ce n’est pas l’Allemagne qui a emprunté à DARRÉ ses théories, mais que ce sont les théories de l’Allemagne en puissance dans l’air qui ont trouvé en lui leur expression définitive. C’est ce qui explique l’enthousiasme avec lequel le peuple allemand tout entier s’empare de cette doctrine et avec quelle foi il essaie de l’appliquer.
Abandonnons les arguments du Chef ‘des paysans du Reich et écoutons maintenant un simple paysan parmi tant d’autres, exprimer les mêmes vérités, poétisées par celui qui les a recueillies (20)
« Le sol qui ne nourrit pas son homme force l’homme « à construire son sol dans les nuées. Il faut qu’une nation, « qu’un grand peuple, qui vit sous les nuées, soit riche en < hommes de la terre. Non seulement parce que l’homme « de la terre est l’homme de la charrue qui fait venir le
(19) Cf. op. cit., p. 119.
(20) Cf. Alphonse de Chateaubriant, La Gerbe des forces (Nouvelle Allemagne), Bernard Grasset, Paris, 1937, pp. 101-102. L'auteur rapporte les paroles
d'un »suveau noble paysan.
« blé, mais parce que son commerce quotidien avec cela « seul qui ne trompe pas, fait de lui par la force des choses « le précieux homme de la vérité, qui ne se trompe pas « lui-même ; comme c’est par la force des choses que le « rocher forme l’eau pure ».
Après le paysan, voici le savant qui parle, en un langage moins imagé, mais qui manifeste la même unité de « pensée : « La politique agraire de l'Etat est une nécessité et doit être logiquement poursuivie pour obtenir la coordination harmonieuse des individus dans l’ensemble de la collectivité nationale, en vertu de considérations extérieures au domaine de l'Economie » (21).
A ce besoin de qualité physique et morale de la race germanique, s'ajoute le besoin de quantité. Seuls les peuples aux fortes populations ont de grands destins, seuls ils ont la possibilité de défendre leurs intérêts, seuls on les écoute parce qu’on les craint.
L'Allemagne, dont la natalité a été longtemps satisfaisante, est, à son tour, dans la période 1928-1932, saisie par cette « peur de la vie » des nations civilisées inquiètes, qui se traduit par la restriction de la natalité et aboutit à un lent suicide de la race.
En 1931, pour une population de 65 millions d’habitants, on compte seulement un million de nouveaux-nés, et en 1933, 953.000 (soit 14,7 naissances par 1.000 hab. alors qu’en France à la même époque, le taux est de 16,3 (22).
Si la population ne décroît pas, cela tient uniquement * aux progrès de la médecine et de l’hygiène, qui compensent la diminution de la natalité par la diminution de la mortalité, surtout infantile.
Dans les grandes villes, la situation est catastrophique. Celles de 50 à 100.000 habitants qui, en 1913, avaient par
(21) Cf. le Docteur Kurt Ritter, « Les buts de la politique agraire nationale socialiste », Revue économique internationale, février 1934, p. 239.
(22) Tous ces chiffres sur le mouvement démographique allemand sont empruntés à l'ouvrage de Friedrich Burgdôrfer, chef du Bureau de statistique allemand. « Zurück zum Agrar Staat ? » « Faut-il revenir à un Etat agrarien ? »
Kurt Vowinckel, éd., Berlin, 1932,
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10.000 habitants un excédent de naissances de 128, voient cet excédent tomber à 31 en 1932.
On s’aperçoit que le taux de fécondité est en fonction décroissante ‘de la densité de la population. A Berlin, il est minimum avec 45 enfants pour 1.000 femmes ; il est plus élevé dans les petites villes ; il est maximum dans les campagnes.
En 1932, le nombre des naissances par 1.000 habitants est :
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La même année, dans les communes rurales, c’est-àdire dans celles de moins de 2.000 habitants, le nombre des naissances pour 1.090 habitants est :
En Prusse orientale ...... 22 SHÉSIG RU se es ee 21 Rhéhanie er vs rente 16
Si maintenant l’on groupe la population par profession, on constate que 29 % des paysans propriétaires mariés ont à enfants au moins, tandis que 9 % seulement . des ouvriers mariés non propriétaires ont 5 enfants au moins.
10,3 % de propriétaires paysans sont sans enfants ; 24,5 % d'ouvriers non propriétaires sont sans enfants.
C’est donc le fait de posséder un lopin de terre qui met l’homme à son aise, pour avoir des enfants ; en effet, les ouvriers agricoles non propriétaires sont beaucoup moins prolifiques que les paysans.
17,6 % ont 5 enfants au moins (au lieu de 29 D) ; 17,3 % sont sans enfants (au lieu de 10,3 %).
La conclusion que l’on doit tirer de ces chiffres, c’est que les enfants naissent à la campagne, de préférence chez les paysans aisés qui ont une terre à eux. Ils naissent encore chez l’ouvrier propriétaire de sa maison, d’un jardin ou d’un petit champ. L’ouvrier prolétaire urbain, l’employé, l’intellectuel, ont très peu d’enfants, en tout cas pas assez
Robert Mallet. : 13
pour assurer le maintien de la population urbaine au chiffre actuel. Les grandes villes sont le tombeau d’une nation, elles épuisent sans cesse les campagnes, absorbent la population campagnarde excédentaire ; elles la stérilisent en quelque sorte, la laissent sans postérité, ou avec une postérité qui n’est que la moitié, le tiers ou parfois le quart de celle qu’elle aurait eue si elle était restée fixée à la terre.
Pour rétablir la situation compromise, pour empêcher l'Allemagne de se déssécher et de s’amoindrir, il faut d’urgence pratiquer une politique de natalité, et le meilleur moyen dont on dispose pour y parvenir, c’est de favoriser la classe paysanne, d’entraver l’exode rural, et de préconiser le Retour à la terre.
Le mouvement agraire allemand présentera une envergure d’autant plus considérable qu’aux mobiles moraux auxquels il obéit d’abord, se joignent les mobiles économiques et politiques qui concourent avec eux, et en étroit accord, au même but patriotique : la grandeur du Reïch et son indépendance, sans laquelle la grandeur n’est pas réalisable. |
L'Allemagne va donc s'engager, elle aussi, dans la politique d’autarcie, mais elle ne le fera que contrainte et forcée, presque à regret. « Surtout pendant les périodes de « crises et de misères, s’écrie le Chancelier HITLER en 1933, « il importe de faire comprendre à tous les hommes qu’une « nation possède encore une mission plus élevée que de se « perdre dans un égoïsme économique » (23). Et il insiste sur cette idée en 1935, au moment où « la Bataille de la Production » est en cours : « Si nous nous sommes engagés « néanmoins dans la voie de l’autarcie, ce ne fut que sous « l'empire de la plus dure nécessité » (24).
(23) Discours prononcé au Congrès du Parti National-Socialiste, Nuremberg,
1933. Extrait de Principes d'action, par Adolf Hitler. Trad. franc. B. Grasset, 1936, p. 75.
(24) Discours prononcé au Reiïchstag le 21 mai 1935 pour annoncer le réarmement de l'Allemagne, op. cit. p. 149. Dans ce même discours, le Führer dit : &« Nous sommes convaincus qu'une application absolue de l'idée d'autarcie économique dans tous les Etats ne saurait qu'être imprudente et leurs conséquences nuisibles à tous les peuples >. Au contraire le Duce déclare : « Les peuples ont toujours tendu et tendent à l'autarcie qui ne diminue en rien le volume des échanges internationaux ». Cf. Discours du 15 mars 1937 à l'Assemblée Nationale