CHAPITRE IV
SECTION I
. Surindustrialisation au XIX° siècle
Le xix° siècle est le siècle de l'émancipation de l’humanité, celui qui lui apporte toutes les grandes découvertes, tous les bouleversements de la science, et qui lui fait parcourir dans ses cent années plus de chemin qu’elle n’en avait parcouru de l’an 1° de l’ère chrétienne à 1800. C’est le siècle qui donne conscience à l’homme de sa puissance et l’incite à négliger celle de la nature, le siècle qui prétend s'affranchir de toutes les traditions du passé qualifiées désormais de routines et qui se lance avec une foi aveugle dans la grande —— mais combien dangereuse — aventure du progrès où l’on risque, à trop vouloir se libérer, de subir une nouvelle forme d’enchaînement.
L'Europe, au cours du xix° siècle, a tenté la grande aventure, elle s’est détachée du Passé sans se douter qu’elle hypothéquait gravement son avenir. Elle s’est donnée avec frénésie aux activités économiques innombrables que la science mettait à sa portée, elle les a intensifiées, multipliées, elle a fait de la machine un dieu dont l’omnipotence justifiait à ses yeux toutes les adorations. Avant de demander à la terre ses moissons, elle lui a demandé ses mines. Et les bras ont quitté le manche de la charrue pour manier - les outils de l’usine, le paysan s’est converti en ouvrier, les manufactures ont fait concurrence aux fermes. Les campagnes ont changé d’aspect, elles se sont couvertes d’agglomérations immenses quand la nature y avait favorisé la naissance de l’industrie, ou bien elles sont tombées dans une anémie latente quand l’industrie ne les avait pas détournées de leur tâche agricole. Des cités gigantesques
se sont constituées là où n’existaient que de petites villes, des villages sont devenus des hameaux et des hameaux sont morts. Le xix° siècle est un long exode rural.
Les conséquences fâcheuses de ce mouvement d’une amplitude telle que l’humanité n’en avait jamais connu de semblable, ne se sont pas fait sentir avant le dernier quart du siècle. En effet, en même temps que la concentration urbaine se produisait et que les villes aspiraient la maind'œuvre rurale pour l’adapter à leurs besoins, l'Europe, à la faveur de la prospérité économique générale, voyait sa population augmenter dans des proportions considérables, de sorte que les campagnes ne souffraient pas encore d’une désertion funeste et constituaient simplement le réservoir où l’industrie venait puiser sa vie.
Mais à partir de 1870 environ, la population de l’Europe — tout au moins dans les nations les plus industrialisées (France, Angleterre, Prusse) — marqua un temps d'arrêt. Elle ne faisait en cela qu’obéir à la loi psychologique qui pousse les pays prospères à vouloir profiter égoïstement de leurs richesses et qui veut que les nations les plus évoluées soient également celles des- moindres naissances. Mais cet arrêt dans la marche de la natalité ne fut pas accompagné d’un arrêt de l’industrialisation et les usines réclamaient plus que jamais des bras à la campagne. Il s’ensuivit fatalement que l’exode rural, qui ne prenait jusqu'alors à la terre que son excédent d'hommes, vint aspirer son nécessaire. À cette cause économique de désertion des champs, s’ajoutèrent ou se combinèrent, avec elle, les causes morales : le paysan que ne soutenaient pas les pouvoirs publics vivait dans des conditions médiocres et résistait de moins en moins aux séductions et aux apparences de vie plus facile que lui offraient les villes.
L’éventualité d’un Retour à la Terre ne se posa pourtant à l’esprit des hommes que beaucoup plus tard encore, à l’orée du xx° siècle. I fallait attendre pour cela que le déséquilibre entre l’industrie et l’agriculture devint criant, et que les effets de l’exode rural se manifestassent de façon
spectaculaire, par une augmentation des étendues en friches et des foyers ruraux abandonnés (1).
Tout le courant libéral du xvrrr° siècle avait été favorable à l’agriculture, mais cette liberté devait, au x1x° siècle, se retourner contre elle, car de même que la liberté des individus exclut l’égalité individuelle — le plus fort l’emportant — de même la liberté économique exclut l'égalité des différentes branches de la production, les plus faibles devant périr. Le libéralisme au xix° siècle commença par entraîner la mort de l’agriculture (2). En effet, la doctrine de libre concurrence qui en découlait, exigea l'abolition de toute protection douanière sans laquelle l’agriculture européenne devait nécessairement péricliter. Le commerce et l’industrie eurent de ce fait la priorité incontestée sur elle. Il ne serait venu à personne l'audace de douter du bien-fondé de cette priorité et cela s’explique si l’on considère que les pays d'Europe qui pratiquaient cette politique de surindustrialisation avaient devant eux, à cette époque, le champ illimité des débouchés mondiaux. Pourquoi se seraient-ils préoccupés de leur agriculture, puisque tous leurs revenus provenaient de leurs produits manufacturés ? Le sol leur procurait tout juste leur subsistance, que pouvaient-ils lui demander de plus ? Et même s’il n’était plus capable de le faire, comme c’était déjà le cas en Angleterre, n’y avait-il pas de par le monde quantité de pays exclusivement agricoles toujours désireux de pouvoir échanger leur froment contre leur outillage ? (3).
(1) Nous ne pouvons pas encore parler du chômage qui est un phénomène relativement récent considéré du point de vue de sa gravité. Il existe, mais dans des proportions restreintes normales (car on ne peut concevoir d'industrie sans un certain chômage naturel dû au jeu plus ou moins bien réglé de l'offre et de la demande de travail, et à une dislocation inévitable de certaines industries). Ce n'est qu'après la guerre 1914-18 qu'il se posera comme un problème capital.
(2) Il est curieux de remarquer qu'au nom de la même doctrine de libreéchange on supprima les entraves au commerce sur le plan national au XVII T° siècle et sur le plan international au XIX° siècle, mais que le résultat pour l'agriculture européenne fut diamétralement opposé puisque la première réforme favorisa son essor et la deuxième provoqua son déclin.
(3) De 1860 à 1880, la récolte de blé des U. S. A. passe de 62 à 146 millions d'hectolitres, et la proportion de récolte exportée en Europe s'élève de
Quelques pays tissaient, forgeaient, préparaient des drogues pour le reste du globe. C’était l’époque des clients exemplaires, soumis parce qu’'impuissants.
Mais, à la longue, le système commença à dévoiler ses fissures. Des esprits avertis comprirent le danger qu'il y avait à délaisser la terre pour ne s'occuper que de l’industrie et du commerce (4). Tant que les pays agricoles — en général tous les pays américains — seraient leurs clients, les nations d'Europe pouvaient se permettre de reléguer l’agriculture au second plan. Mais, du jour où les pays neufs seraient capables de se suffire à eux-mêmes, l’industrie européenne serait irrémédiablement compromise, elle, s’effondrerait dans la surproduction. Laisser s’accomplir plus longtemps l’œuvre de destruction agricole, c'était peut-. être pratiquer une politique d’opportunisme, mais c'était aussi pratiquer une politique à courte vue, lourde de conséquences pour un avenir plus ou moins proche. On commençait également à se rendre compte que la principale force morale et traditionnelle d’une nation résidait &ans sa paysannerie et que plus un pays perdait d'éléments ruraux au bénéfice des cités, plus il était en proie à l’instabilité révolutionnaire, plus il voyait diminuer son potentiel militaire.
Il fallait au plus tôt rétablir l'équilibre avant que le désastre fût survenu. L’un des premiers en France, Jules MÉLINE (5), homme d’Etat plein de sagesse et de perspicacité, jeta le cri d'alarme ; l’un des premiers il osa parler de Retour à la Terre et il intitula son ouvrage capital en faveur de l’agriculture : « Le Retour à la Terre et la Surproduction industrielle » (1900). Pour Méline, l’industrie paraissait être arrivée à son apogée. « Aussi, croyons-nous « fermement, écrivait-il, qu’il est permis d’affirmer et de
(4) Il faut reconnaître pourtant que l'agriculture avait progressé au XIX° siècle, en comprenant que ce progrès n'avait été qu'une conséquence normale du développement de la mécanisation et de l'emploi des engrais et non celle d'une politique préconçue des pouvoirs publics.
(5) Méline fut Ministre de l'Agriculture de 1883 à 1885 et Président du Conseil de 1896 à 1898. II institua l'ordre du Mérite Agricole et fut le chef de
la majorité qui vota les tarifs protectionnistes.
« considérer comme une sorte d’axiome de l’heure pré-
sente, que la quantité de travail humain disponible dans « l’industrie a, par la force des choses, une tendance invin- « cible à diminuer au lieu d'augmenter, et que cette ten- « dance ira probablement en s’accentuant » (6). Il craignait le machinisme et toutes les formes de concentration industrielle. Et il prêcha le Retour à la Terre comme le seul moyen efficace de remédier à l'instabilité économique. Mais il fit preuve d’un optimisme trop grand quand il écrivit : « Au fur et à mesure que l’encombrement industriel « s’aggravera, le reflux vers la terre s’accentuera. Il com- « mence déjà et les choses iront plus vite qu’on ne « croit » (7). Les choses ont été moins vite qu’il ne l’avait cru. Le retour à la terre dont, comme quelques autres (8), il avait senti la nécessité, ne fut, en fait, encouragé par aucune mesure des pouvoirs publics, pas plus en France qu'ailleurs.
Les peuples, entraînés par la force acquise, ne trouvaient plus l’énergie de réagir ou ne la trouvaient pas encore. Ils se contentèrent de protéger leurs marchés agricoles par des barrières douanières (9) (excepté l’Angleterre encore fidèle au libre-échangisme parce que plus puissante financièrement), de suppléer au défaut croissant de maind'œuvre rurale par le machinisme et à l'insuffisance de production par le perfectionnement des méthodes de culture génératrices d’un meilleur rendement. Toutes ces mesures étaient des palliatifs ou, si l’on préfère, des narcotiques qui endormaient le mal sans l’extirper et qui
(6) Jules Méline, Le Retour à la Terre et la Surproduction industrielle. 2° éd., Hachette, 1905, p. 90.
CHAOP at ip. 08:
(8) II convient, à côté de Méline, de citer Emile Vandervelde, l'homme d'Etat belge, qui, à la même époque, s'intéressa au Retour à la Terre, mais fut, avec raison, plus circonspect que Méline dans ses conclusions : « Îl est permis de se demander, écrit-il, si ce mouvement de centralisation n’approche pas de son terme, et si l’accroissement des populations urbaines, dans les pays les plus avancés, n’arrivera pas bientôt au point de saturation. Mais, il est toujours dangereux
de faire des prédictions en cette matière >, L'exode rural et le Retour aux champs,
Paris, Alcan, 1903, p. 230.
(9) Loi protectionniste du 11 janvier 1892 en France.
Robert Mallet. 1 4
promettaient un réveil plus aigu de la douleur le jour où ils s’avéreraient inopérants.
SECTION II
Crise mondiale au XX° siècle
Les craintes exprimées par les économistes européens clairvoyants s'étaient réalisées. De 1900 à 1914 en face de l’Europe suréquipée industriellement, s'étaient dressés les pays d'outre-mer (les Etats-Unis d'Amérique les premiers) qui, riches en matières premières et disposant d’une main-d'œuvre abondante et moins exigeante que celle d'Europe avaient commencé à organiser sur place leurs industries. Ils l’avaient fait d’abord pour parer à leurs besoins personnels, maïs leur équipement rapide et rationnel, réalisé selon les méthodes les plus modernes, leur permit bientôt d'obtenir une production dépassant leur capacité d'absorption. C’est alors qu’ils devinrent une menace pour l’hégémonie européenne. L'Europe gardait encore sur les marchés mondiaux la première place, mais le développement de sa production et de ses exportations se heurtait chaque année à des obstacles plus sérieux, tandis qu’il lui était impossible de ralentir son rythme producteur sous peine de provoquer une crise extrêmement grave. Poussés par cette préoccupation, les industriels de chaque pays se groupèrent, et les différents groupes nationaux se firent la guerre commerciale pour s'assurer leur clientèle, jusqu’au jour où éclata la vraie guerre en 1914.
A ce moment, les conditions économiques se transformèrent. L'Europe en armes dut réduire sa production industrielle générale pour l’orienter vers des buts guerriers, et sa production agricole s’effondra sous le coup de la défection de milliers de paysans devenus soldats (10). Elle dut donc faire appel aux productions des autres continents,
(10) La production française de blé avant guerre atteignait 85 millions de quintaux en moyenne par an; en 1917, 36 millions seulement. A Ia diminution de main-d'œuvre agricole s'ajoutait en France la diminution des territoires arables dont les meilleurs étaient envahis par l'ennemi.
et de marchande se fit acheteuse, une acheteuse insatiable. La concurrence entre les nations belligérantes joua pour l'achat comme elle avait joué pour la vente, si bien que les pays fournisseurs vendirent à très haut prix et s’enrichirent vite. L’appât du gain les incita à perfectionner leur équipement et à produire toujours davantage, puisqu'ils étaient sûrs d’écouler leurs marchandises (11). Ils firent preuve en l’occasion de la même imprudence que les Etats européens à la fin du xix° siècle.
Après la guerre, l'Europe épuisée dut se réorganiser. Pendant une dizaine d’années, elle fut encore obligée de combler ses gros déficits de production en recourant aux excédents des autres continents. Mais cela n’eut qu’un temps. En 1928-29, une crise sans précédent se déclencha qui n’affecta pas seulement telle ou telle partie du monde, mais le monde entier. C'était une crise de surproduction. Au moment où l’Europe ayant renouvelé son organisation industrielle, produisait plus qu’avant-guerre, les autres continents atteignaient un degré excessif d’industrialisation. Il en était résulté des accumulations de stocks de toutes les matières, industrielles aussi bien qu’agricoles, un effondrement général des prix, un chômage massif.
SECTION III
Nécessité d’un Retour à la Terre
Quelle solution s’imposait au Monde ?
Il n’y en avait qu'une : la solution agricole.
Examinons d’abord le cas de l’Europe. La crise industrielle qu’elle traversait était incurable. Non seulement elle avait perdu ses clients, maïs ceux-ci étaient devenus des rivaux qui luttaient avec elle sur le marché mondial, et même sur $on propre marché. Elle ne pourrait plus jamais reconquérir la première place commerciale, celle qu’elle avait occupée à la fin du xix° siècle ; d’autre part, en raison
(11) De 1914 à 1928, la production de blé tripla au Canada, doubla aux S. À.
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du délaissement de son agriculture, elle ne produisait pas. assez de denrées alimentaires pour ses propres besoins. Autrefois, elle avait pu envisager tranquillement la perspective de larges importations de ces denrées, car elle avait de quoi les payer. Mais, désormais, elle risquait de ne pouvoir. régler ses fournisseurs qu'avec des transferts d’or, ou bien — ce qui était plus grave encore — de s’endetter. Enfin, les masses d'hommes que l’industrie et le commerce ne pouvaient plus employer posaient le problème du chômage dans toute son inquiétante ampleur, et à travers lui, le problème de l’ordre social. Cette situation catastrophique conduisait inéluctablement l’Europe à une double nécessité: nécessité d’intensifier sa production agricole pour subvenir à son approvisionnement et éviter sa saignée financière, nécessité de diriger vers la terre les ouvriers chassés de l’usine.
Voyons maintenant comment se manifestait la crise dans les autres continents, ou, pour être plus exact, dans les pays que nous avons coutume d’appeler les « pays neufs », comme les U. $S. A. le Canada, l’Argentine, le Brésil, l'Australie, etc. La situation ne s’y présentait pas de la même facon.
Après avoir tiré toute leur richesse de la terre, après n’avoir été que des peuples agricoles, ils s'étaient industrialisés et avaient conquis, à la faveur de circonstances favorables, un marché qui, dès la disparition de ce concours de circonstances, s’était fermé à eux, ou pour le moins restreint considérablement. Mais tout en s’industrialisant, ils n'avaient pas abandonné leur agriculture, ils avaient même fait profiter celle-ci de ia technique industrielle pour mieux inonder le vieux continent de leurs denrées alimentaires. Leur surproduction était avant tout agricole, à l'opposé des pays européens. Une nécessité inverse s’imposait donc à eux : diminuer leur production agricole de manière à l’équilibrer avec la consommation nationale (alors que pour atteindre le même équilibre l’Europe devait intensifier la sienne). Mais — selon leur degré plus ou moins poussé d’industrialisation — les pays neufs allaient
eux aussi souffrir du chômage. Certains pays comme l’Argentine n’en furent que légèrement affectés ; par contre, d’autres, comme les U. S. A. furent éprouvés par Jui à l’égal d’un véritable fléau (12). En conséquence, la double nécessité qui s’imposait à eux était la suivante : réorganiser leur agriculture, qui, jusqu’à présent, n’avait été l’objet d'aucune discipline, et aiguiller vers la Terre la masse de leurs chômeurs.
Ces diverses nécessités issues d’une même conjoncture économique expliquent qu’à partir de 1928 nous ayons vu se dessiner à travers le monde, l’ancien comme le nouveau, un immense mouvement agraire. Tous les pays, sans exception, ont dû se soumettre pour n’avoir pas à se démettre. De quelque côté que nous tournions nos regards, nous voyons s'affirmer, de 1930 à nos jours, un retour à une politique en faveur de la terre. Le continent asiatique luimême subit la contagion, et s’intéresse aux problèmes soulevés par la désertion rurale (13).
Est-ce à dire que les peuples ont réalisé que la continuation de leur politique d’anarchie économique conduisait irrémédiablement le monde à sa perte, puisque chaque nation semblait ne pouvoir concilier son goût de l'idéal et son désir de civilisation qu’avec un abandon de la terre ? Faut-il en conclure qu’ils ont compris que le jour où tous les continents auraient obéi à cette même tendance, la loi de Malthus trouverait une éclatante et désastreuse application ?
Ces motifs puissants de réforme étaient trop éloignés de l’esprit de l’homme, parce que trop distants de ses intérêts directs, et ce n’est pas eux qui ont joué pour chaque pays pris en particulier. Il faut bien l’avouer, l’égoïsme national a été un stimulant, mais pour une fois, la somme
(12) Les U. S. A. détiennent le record du chômage en mars 1933 avec 15 millions de chômeurs.
(13) Voir à ce sujet Chin Kuo Chun, Enseignement agricole et rural en
Chine. Paris, 1937. .
L.-M. Chen, Rural Rehabilitation. Nankin, 1936, et les revues Confemposary Manchuria et Contemporary Japan, années 1935-1940.
des intérêts nationaux a coïncidé avec l'intérêt de l’humanité.
La cause économique universelle du mouvement agraire, en s'imposant à chaque pays, s’adapta à ses conditions d’existence originales, à ses besoins personnels, à ses contingences propres. Elle se divisa en un faisceau de causes plus nuancées, elle se spécialisa et prit sur chaque
territoire une figure différente aux multiples aspects.
Ce sont ces différents aspects que nous nous proposons de passer en revue, selon que la nécessité de revenir à la terre se sera présentée dans tel ou tel pays. Après avoir étudié les causes des divers essais de Retour à la Terre, nous en examinerons les modalités d’application, non pour ces modalités elles-mêmes, mais pour savoir grâce à cet examen si le but véritable a été atteint, ou si, au contraire, on ne se trouve pas en présence d’un mouvement taxé de Retour à la Terre, alors qu’il n’est qu’un Retour à une politique en faveur de la Terre. Notre étude sera limitée dans le temps par l’année 1939, à partir de laquelle les conditions économiques mondiales ont subi un nouveau bouleversement du fait des hostilités européennes, mais nous la prolongerons pour la France jusqu’en 1941, afin d’en extraire, à l’usage des Français, une conclusion conforme aux nécessités de l’heure.
Une première méthode consisterait à examiner l’une après l’autre les diverses nations considérées par nous comme les plus caractéristiques d’un mouvement en faveur de la terre, en énumérant les causes de leur évolution.
Une méthode inverse consisterait à étudier les diverses causes du mouvement en faisant rentrer dans l'étude de
chacune d’elles le cas d’une nation qui en aurait été le plus directement redevable.
Nous choisirons cette deuxième méthode qui permet une classification plus rationnelle des données du problème, au risque de paraître parfois un peu absolue.
Les divers retours à la terre peuvent être classés de la manière suivante :
ra
I. — Retour à la Terre considéré comme une nécessité économique.
II. = Retour à la Terre considéré comme une nécessité politique.
III. — Retour à la Terre considéré comme une nécessité morale.
Pour chaque catégorie de cause (ou de nécessité, ce qui revient au même) nous prendrons pour exemple le pays dans lequel elle aura eu ia prédominance, ce qui ne voudra pas dire que les autres causes n’y auront pas joué, mais qu’elles y auront joué moins fortement. (Et nous ne manquerons pas de le faire remarquer au passage). Il est bien évident que le besoin de simplification de l’esprit ne nous fera pas nier la réalité des complexités du problème et de l’enchevêtrement de ses divers facteurs, il nous poussera seulement à en dégager les caractères essentiels, dans un but de meilleure compréhension.
La vérité gagne davantage à un excès de simplicité qu’à un excès de confusion, même si la confusion est l’image plus scrupuleuse des faits.