Princeps, 173; Lausanne, 291; Staël, 33o ; Molinari
des réponses qui furent faites sont celles de Morellet, de Condorcet et de Baudeau.
De la plume qui avait répondu à Galiani, Morellet écrivit une analyse de l'ouvrage de Necker qui en est la démolition par l'auteur lui-même (1).
Rappelant l'inconséquence de Galiani, qui, après avoir diverti avec tant d'esprit ses lecteurs aux dépcus de la liberté et de la propriété, et chargé de tous les péchés d'Israël le commerce des grains, se borne à proposer deux remèdes, ne permettre l'exportation que par la marine nationale, et mettre sur chaque setier de blé cinquante sols de droits à la sortie, Morellet reproche à Necker la môme inconséquence, la même disproportion entre l'importance démesurément enflée du mal et la mesquinerie des mesures destinées à lui porter remède. Le titre d ^Analyse est bien approprié à ce travail, car, à partir de la page 12, il n'est fait que de contons classés avec méthode, et on peut ajouter avec art.
Il relève d'abord les sentences sur la propriété et les propriétaires, qui montrent ces derniers comme des lions, des crocodiles, et les travailleurs comme des animaux sans défense, celles où les malheureux qui travaillent de leurs mains sont voués à une vie misérable, limités dans les ressources de leur existence par un salaire le plus petit possible. Si d'ailleurs on se reporte aux pages du livre de Necker, indiquées à la suite de chaque fragment, on s'aperçoit que les passages bien que guillemetés ne sont
1. Analyse de Vouvrage intitulé: la Législation et le Commerce des grains .*A Amsterdam, el se trouve à Paris chez Pissot, 1775, in-8°,
— if)5 —
pas textucllemenl reproduits; ils son! coupés, précisés, et il va de l'artifice à les présenter ainsi avec des guillemets. Les renvois de pagination ne sont pas exacts, ou correspondent h une édition antre que celles que j'ai pu me procurer. Dans son ensemble, ce bloc artificiel de cinq pages de citations est un des plus violents réquisitoires contre la propriété, contre les capitalistes, un des exposés les plus tranchants de la loi d'airain qui aient jamais été écrits.
C'est probablement pour avoir pris pour argent comptant ce pastiche que l'on a fait de Necker un des pères du socialisme. Quant h Morellet, on peut trouver qu'il s'est fait la partie belle pour conclure comme il suit :
« On pourra désapprouver un ouvrage, où l'on recueille et on réchauffe les semences de cette guerre sourde, de cette aversion aveugle des pauvres contre les riches, des hommes sans propriété contre les propriétaires ; aversion qui n'a jamais éclaté sans troubler et bouleverser les Empires, et sans causer cent fois plus de maux qu'on ne prétendoit en guérir (1). »
Morellet énumère ensuite « les principales lois, par lesquelles on adonné en divers temps atteinte à la liberté du commerce des grains dans l'intérieur du royaume :
» 1° L'obligation imposée à tous ceux qui font le commerce des grains de se faire connoitre et inscrire dans un registre public ;
» 2° La défense faite aux capitalistes, et particulièrement aux financiers, de faire cette espèce de commerce ;