NOTICE SUR NECKER
Necker (Jacques^ naquit à Genève le :^0 septembre 1732. Sa famille était originaire du nord de l'Allemagne. Destiné au commerce, il lit son apprentissage chez un banquier de Genève, puis il fut envoyé à Paris où il entra dans la maison de banque de M. Vernet. Comme un autre banquier devenu célèbre et dont le ciractère présente quelque analogie avec le sien , comme M. Laffitte, Necker ne tarda pas à gagner pleinement la confiance de sou patron. En 1762, M. Vernet lui prêta une somme considérable, avec laquelle Nec-ker commença des affaires pour son propre compte. Il monta, avec MM. Tlielusson, une maison de banque qui devint en peu d'années la première de France. A quarante ans Necker avait fait sa fortune. Son ambition se tourna alors vers des objets plus élevés. Il publia un Élone de Colbert , qui fut couronné par l'Académie française, et il fut chargé de représenter la République de Genève auprès de la cour de France. En même temps, il devenait syndic de la Compagnie des Indes qu'il entreprenait, mais vainement, de défendre contre les justes attaques de l'abbé Morellet. Malgré ses efforts, la Compagnie succomba en 17 70. Quelque temps après, Necker publiait son livre sur la Législation et le Commerce des grains. Ce livre qui rép/udait aux préjugés du jour eut un grand succès et valut à Necker une certaine réputation d'Économiste. En 1 7 76, M. de Maurepas proposa d'adjoindre Necker comme directeur du trésor au contrôleur général Taboureau. La proposition fut agréée i-ar le roi, et ce fut ainsi que Necker entra dans les affaires publiques. L'année suivante, il devint du'ecteur général des finances. Son administration, qui dura jusqu'en I78l , fut marquée par un grand nombre de réformes. Il en a donné lui même le détail dans son célèbre Compte rendu. A son entrée aux affaires le déficit des finances était de 24 millions ; lorsqu'il quitta le ministère, le chiffre des recettes dépassait de 10 millions 200,000 liv. celui des dépenses. Il avait obtenu ce résultat en simplifiant !es rouages compliqués de la machine financière et en établissant une scrupuleuse économie dans les dépenses. Le chapitre des pensions , gratifications, etc., attira aussi son attention d'une manière toute spéciale; ce chapitre constituait, pour le trésor, une charge de 28 millions; Necker le réduisit considérablement, sans avoir égard aux plaintes des courtisans que la réforme atteignait. Il fit encore une guerre acharnée aux pots de vin, et, comprenant que le grand jour pouvait seul amener la fin de ces trans-
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actions liouteuses , il donna à toutes les opérations de finances une entière publicité. Les receveurs généraux étaient alors au nombre de quarante -huit, il les réduisit à douze, et les réunit en une compagnie ressortissant du rainis'ère. Il réunit également les receveurs généraux des domaines et des bois en une seule administration. Enfin, il simplifia le service de la maison du roi, modifia ou supprima les mainmortes, les tailles, les corvées, et créa des administrations provinciales chargées de répartir les impôts et d'écouter les plaintes des contribuables. Bref, il reprit en sous-œuvre, quoique d'une main beaucoup plus timide et moins sûre , le plan de réformes trace par Turgot. Il encouragea la création d'une caisse d'escompte au capital de 1 2 millions ; plus tard, cette institution , renouvelée, agrandie, devint la Banque de France; il établit aussi des monts de piété , pour faire concurrence aux préteurs sur gages.
Si timides, si incomplètes que fussent les réformes de JNecker, elles ne lui suscitèrent pas moins une ^^ve opposition. M. de Maurepass'apercevanl que le banquier genevois gagnait de plus en plus la confiance du roi se joignit aux mécontents. La publication du Compte rendu, en suscitant de nouvelles animosités contre îXecker, facilita les manœuvres de ses ennemis et hâta la réussite de leurs desseins. En 1781, M. Neeker fut obligé de donner sa démission. Sa retraite fut considérée comme une calamité publique, le grand Frédéric s'écria lorsqu'il en reçut la nouvelle : Ih ont accepté la démission de iSecker, cela fait pitié! Joseph II, Catherine II, la reine de Naples offrirent, mais vainement au ministre disgracié , de le mettre à la tète de leurs finances. ]\ecker aima mieux suivre son célèbre traité de ^Administration des finances. Jamais livre, sur des matières aussi arides , n'obtint un succès aussi populaire. En quelques mois on en débita 80,000 exemplaires. Sur ces entrefaites (1783^, Galonné fut nommé directeur des finances; pendant sou administration les eml arras s'accumulèrent avec une effrayante rapidité; pour y mettre fin, le ministre convoqua l'Assemblée des notables , à laquelle il avoua un déficit annuel de MO millions. JNecker pré endait qu'a la sortie du ministère il avait laissé un excédant de recettes de 10 millions, Galonné affirma qu'au lieu de cet excédant il avait trouvé un déficit de 50 millions. IVecker offrit au roi d'aller justifier son administration devant les notables. Sur le refus formel qu'on lui opposa , il écrivit sa justification. Galonné ne lui répondit que par une lettre de cachet qui l'exilait à 70 lieues de Paris. Quelques jours plus tard, Galonné tombait à son tour et était remplacé par l'archevêque de Brienne. Le nou\ eau ministre, plus incapable encore que le précédent, précipita la crise. Le 8 août 1788, un arrêt du conseil pl-ononça la convocation des Etats généraux. En attendant, les aff.iires allaient de plus en plus mal; le ministre imagina alors de payer les dépinses de l'Etat en billets-monnaie portant intérêts et échéant à la fin de l'année suivante. Les billets-monnaie n'obtinrent aucun crédit, et l'archevêque de Sens fut obligé de se retirer devant la clameur uni\ crselle. Désigné par la voix publique, M. ÏNecker arri\ a pour la seconde f(.is au ministère. Son avé-
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iiement rétablit la confiance, les fonds remontèrent, les paiements furent remis au courant, la crise cessa. On réiila alors l'oriianisation des Etats liénéraux. Ici se trahit Findécision qui était malheureusement nn des traits principaux du caractère de Necker ; longtemps il hésita s'il se prononcerait pour ou contre le doublement du tiers. « Ses perplexités, dit un de ses biographes, » -M. Lally Tollendal ', ont été à ce point qu'il a eu dans son cabinet un pre- » mier rapport imprimé, dans lequel il refusait , au troisième ordre, un nom- » bre de représentants égal à celui des députés des deux ordres supérieurs. Il » donnât seulement à plusieurs grandes vil'es la satisfaction d'élire un plus » grand nombre de députés. Nous tenons de l'archevêque de Bordeaux (M. de » Cieé) cetfe particularité jusqu'ici inconnue, m^iis incontestable. » Quoi qu'il en soit, le 27 décembre, le ministre luf le rapport dans lequel il concluait en faveur de la double représentation. Ce rapport lui valut une popularité immense. Le .S mai 1789, les Etats généraux s'ouvrirent; cà son apparition, Necker fut salué par les applaudissements à peu près unanimes de l'Assemblée; il lut, pendant trois heures, un exposé de la situation financière que l'on trouva généralement froid et ennuyeux ; l'Assemblée se retira médiocrement satisfaite du ministre. Cependant Necker ne tarda point à reconquérir sa popularité un moment compromise, en refusant d'assister à la séance royale du 23 Juin. A l'issue de la séance, il envoya sa démission. Le roi et la reine le conjurèrent de la reprendre; Necker y consf ntit après s'être fait un peu prier, et il fut reconduit chez lui aux applaudissements de la multitude. Le 28 juin, il obtenait du roi la lettre qui consomma la réunion des trois ordres. Cependant la cour continuait ses intrigues, et des ordres étaient donnés pour concentrer des troupes sous Paris. Le 1 1 juillet, Necker reçut du roi un billet par lequel il lui était enjoint de sortir immédiatement du royaume. Necker venait de se mettre à table lorsqu'on lui apporta ce billet ; il dîna néanmoins comme de coutume , fit préparer secrètement une voiture de voyage, et partit avec sa femme sans avoir averti personne. Il se rendit à Bàle en passant par la Belgique. A peine la nouvelle de son départ fut-elle connue que l'émeute gronda dans Paris ; trois jours après la Bastille était prise. Le roi s'empressa de rappeler Necker : le retour du ministre fut une continuelle ovation. Le 30 juillet, Necker se rendait à l'Hôtel-de-Yille où l'attendait l'Assemblée générale des électeurs, Accueilli avec des applaudissements enthousiastes, il se borna à demander une amnistie générale. L'amnistie fut accordée par acclamations; malheureusement elle ne fut point maintenue ; les démagogues des districts parvinrent , le lendemain même, à la faire révoquer. Ce fut la première amertume que Necker eut à subir après son triomphe; à quelques jours de distance , il proposa un emprunt de 30 millions pour subvenir aux urgentes nécessités du moment, l'Assemblée le lui refusa; le 24 septembre, il fut plus heureux lorsqu'il vint proposer à
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l'Assemblée d'établir une contvibutiim d'un quart du revenu. Sur la proposition passablement perfide de Mirabeau qui voulait faire peser sur le ministre toute la responsabilité de l'opération, l'Assemblée décida quelle acceptait de confiance le plan de Necker. Vmrent les funestes événements des 5 et 6 octobre, rsecker comprit alors qu'il était temps de lutter avec fermeté contre l'entrainement révolutionnaire ; malheureusement l'énergie manquait a son caractère; il se borna à des protestations impuissantes. Egalement haï des jacobins et de la cour, il envoya sa démission en septembre 1790. Il se retira en Suisse; pendant sou voyage il fut insulté et menacé par ce même peuple qui naguère l'avait conduit en triomphe. En 1791, il publia, du fond de sa reiraite de Coppet, la justification des actes de son ministère, sous ce titre : De radrnlnistration de ItJ. iSecker par lui-même, ^n novembre 1792, il se présenta pour défendre Louis XVI, et il fit paraître, dans l'intérêt de ce malheureux prince, des BéJIexions offertes à la nation française. Ce plaidoyer lui valut d'être i!!scrit sur la liste des émigrés et occasionna le séquestre de ses biens, y compris une somme de deux millions qu'il ava.t déposée au trésor public pour servir de caution à l'approvisionnement de Paris. Cette somme ne fut restituée à sa famille qu'après 1815. En 1796, iNecker publia encore un ouvrage en quatre volumes intitulé : De la Révolution française, en 1800, un Cours de morale religieuse; enfin, en 1802, ses Dernières vues de polilique et de finances, dans lesquelles il démasquait les desseins ambitieux du premier consul. Sa fille, M""^ de Staël, contribua beaucoup, dit-on, à la rédaction de cet ouvrage, et ce fut là l'or gine de la persécution qu'elle eut à subir de la part de la police impériale. En 1794, M. Necker perdit sa femme (Suzanne Curchod), personne du plus grand mérite, mais dont l'esprit honnête et élevé manquait de souplesse et de grâce. Dix ans plus tard, le 9 avril 1804, l'ancien ministre de Louis XVI allait rejoindre sa compagne qu'il avait tendrement aimée.
Dans son Histoire de la Révolution française, un écrivain de talent, M. Louis Blanc, a voulu placer Xecker sur une sorte de piédestal, en le posant comme un représentant du dogme de la fraternité, en face de Turgot et des physiocrates qui , selon l'écrivain démocrate, représenteraient le dogm^e l'individualisme.
11 y a beaucoup d'arbitraire dans la ciassifiction de M. Louis Blanc ; assurément Turgot n'était pas un philanthrope moins pur que Necker, assurément l'auteur du préambule de l'Edit de suppression des maîtrises et des jurandes n'aimait pas l'humanité d'un amour moins ardent que l'auteur de la Législation et du comn^erce des grains; seubment Turgot voyait dîns la liberté le movcn d'améliorer la condit.on des masses, tandis que Necker i.e voyait de salut pour le peuple que dans la restrietion. L'un et l'autre s'accordaient sur le but, ils ne différaient que sur les moyens. Qui avait raison de Necker et do Turaot? De ces deux voies, liberté et restriction, laquelle faut-il prendre pour arriver à la fraternité? Yolà ce qui reste à.savoir. M. Louis Blanc incline pour la restriction, les économistes, au contraire, sont da\ i? que la hbcrié vaut
mieux ; mais suppose/, que l'auteur du livre : De l' Organisation du trnmils,c trompe, supposez que les économistes individualistes du xviir sièele, Turgot. Quesnay, Dupont de >emours, aient été plus près de la fraternité que les restrictionistes, Neeker, Galiani, et qu*' devient la clasi-ifieation arbitra re adoptée par l'historien de la Révolution française ?
Quoi qu'il en soit, Necker ne méritait guère l'honneur que lui accorde M. Louis Blaue; son livre sur la Législation et le commerce des grains démontre surabondamment qu'il était un pauvre économiste; sa conduite, au del)ut de la Révolution française, quoique fort honorable, prouve, avec non moins d'évidence, qu'il n'y avait pas en lui l'étoffe d'un grand ministre ; c'était un habile financier de second ordre et un philantrhope honnête, rien dr plus !
Voici la liste des œuvres de >ecker :