‹ Necker, Sur la legislation et le commerce des grains. Montyon, Quelle influence ont les diverses especes d'impots sur la muralite, l'activite et l'industrie des peuples. J. Bentham, Lettres sur la defense de l'usure, Precedes de notices historiques sur chaque auteur, et accompagnes de commentaires et de notes explicativesChapitre 17 sur 96 · CHAPITRE PRE3IIER. — introduction · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRE3IIER. — introduction

Il n'est point de question, dans l'économie politique, qui présente À l'esprit des objets de méditation plus profonds et plus étendus que celle des grains; elle tient aux plus grands principes de la société , elle ramène aux droits les plus anciens de la nature humaine, et l'on ne peut se lasser d'étudier une matière si intéressante dans Tordre |)ublic.

Que font, hélas ! au bonheur du plus grand nombre des hommes, tant de livres de morale et de philosophie que nous célébrons? Ces écrits respectables , monuments de l'esprit humain , sont presque tous destinés à calmer les passions ou à les concilier ; mais cest par le lu\e que ces passions se sont étendues et comme déployées sous mille formes différentes; elles semblent appartenir à cet ordre de gens qui, délivrés d'un travail continuel par les propriétés dont ils jouissent, ou ne s'v dévouant que par ambition, se flattent, se blessent, se servent ou se nuisent par orgueil ou par vanité. Continuellement en proie à des mou vements de Tàme inconnus à l'indigence, ce n'est que pour eux que sont faites les leçons delà sagesse, et ce sont eux seuls aussi qui ont le temps de les lire.

Mais il est bien peu de vérités dont la discussion aboutisse au l)on heur de la multitude. Vivre aujourd'hui, travailler pour vivre demain, voilà l'unique intérêt de la classe la plus nombreuse des citoyens. ÎVés sans propriétés , ils ne peuvent être nourris qu'en méritant par leurs services une modique part au superflu du riche, et voient renaître pour eux chaque jour la même crainte ou la même espérance.

Si les lois sur le commerce des grains peuvent assurer ou troubler leur repos, en est-il qu'on doive approfondir avec plus de soin? Estil d'objet plus digne d'attention? En est- il qui appartienne davantage à toute àme sensible? Mais en même temps que ces considérations ani-' ment le courage et pressent la pensée, on découvre, à mesure qu'on avance dans cet examen, qu'il nest point d'étude plus abstraite et plus compliquée.

Tantôt on voit découler des mêmes principes des conséquences alxso-

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lument différentes; quelquefois ces conséquences ont une telle réaction qu'elles semblent être à leur tour une cause première ; souvent même devenues plus populaires que le principe doù elles dérivent, elles lixent uniquement l'attention, et l'on a beaucoup de peine à rétablir leur dépendance ; enfin , ou voit des événements contraires être l'effet des mêmes axiomes et appartenir aux mêmes dénominations , selon les degrés d'étendue qu'on donne à leur sens, ou l'application qu'on en fait.

Partout la vérité semble fuir ou vouloir fatiguer celui qui la poursuit; elle semble surtout se refusera toute notion simple et générale, en s'entourant d'exceptions, de réserves et de modifications, et c'est au milieu de ces variétés continuelles qu'il faut la chercher et la saisir.

La législation des grains, qui semble ordonnée dans un pays par les lois de la nature, en bouleverserait un autre doué d'un sol moins fécond^ situé différemment, et gouverrié par des mœurs opposées.

Cependant ces contrariétés politiques ne sont pas les seules qui embarrassent dans le choix du meilleur système applicable au commerce des grains. Si l'on jette un coup d'oeil sur l'intérieur de la société, l'on y voit les diverses classes qui la composent , envisager cet important objet d'une manière absolument différente , parce que l'attention des hommes, dominée par l'habitude, est presque toujours fixée par leur intérêt sans qu'ils aient la volonté d'-être injustes.

Ix propriétaire ne voit dans les blés qu'un fruit de ses soins et un produit de la terre qui lui appartient ; il veut en disposer comme de ses autres revenus.

Le négociant n'aperçoit dans cette denrée qu'une marchaiidise qui se vend et s'achète ; il veut pouvoir l'acquérir et la revendre au gré de sou intérêt. Il demande que cette circulation soit soumise aux lois générales du commerce.

Le peuple, sans réfléchir, mais éclairé par son instinct, commandé par ses besoins , envisage le blé comme un élément nécessaire à sa conservation ; il est sur la terre, il y veut vivre ; il veut pouvoir atteindre à sa subsistance par son travail ; il réclame des lois de police qui lui en répondent.

Ces trois classes d'hommes font retentir les noms les plus imposants pour la défense de leurs prétentions ; le seigneur de terre invoque les droits de la propriété ; le marchand, ceux de la liberté: le peuple, ceux de l'humanité.

Les personnes qui vivent oisivement dans les villes, assez indifférentes sur des questions qui ne les intéressent que dans un avenir éloigné, se joignent confusément aux plaintes des différents partis, et trouvent presque toujours que le contraire de ce qu'on fait était ce qu'il fallait faire.

Les hommes qui méditent dans leur cabinet , pleins du louable désir d'éclairer le monde, maistrop facilement disposés à croire que c'est tou

joui^ faute d'esprit qu'une administration est imparfaite , pressés de délier le nœud gordien , établissent un principe , le généralisent, le poussent à l'extrême, et en étendant ainsi son empire, ils l'affaiblissent ou le dénaturent : souvent ils envisagent avec trop d'indifférence le soin d'y soumettre les opinions et les préjugés ; car il est aussi une sorte de courage abstrait, qui , loin des hommes, attaque et surmonte toutes les difficultés par la force de la raison et la puissance de la vérité. Plus près deux ce courage chancelle, et l'on éprouve bientôt l'insuffisance de ces armes auxquelles on avait mis sa confiance.

Aussi, tandis que dans la solitude on se livre à toute la hardiesse de la théorie, les divers administrateurs de la chose publique donneni; quelquefois dans un autre excès; habitués à négocier sans cesse avec les passions des hommes, obligés souvent à combattre contre leur aveuglement et leur violence, ils ont toute la timidité de l'expérience, et s'effraient trop facilement des plaintes et des nouveautés.

C'est au milieu de ce choc continuel d'intérêts , de principes et d'opinions que le législateur doit chercher la vérité. Rempli d'un saint effroi à l'aspect du bien qu'il peut faire et qu'il ose tenter, il doit s'élever par la pensée au-dessus des différents motifs qui remuent la société : il doit la considérer dans toute son étendue, et lier dans sa bienfaisance tous ces ordres de citoyens séparés par l'orgueil et les prétentions vaines ; il doit surtout être le protecteur de cette multitude d'hommes qui n'ont point d'orateurs pour exprimer leurs plaintes, dont il faut étudier les souffrances, parce que leur voix ne s'élève que dans la détresse ; qui ne voient que le moment, et qu'on ne peut servir que par prévoyance; qu'il est impossible de rendre jamais assez heureux pour en être aperçu, ni pour jouir de leur reconnaissance, mais qu'il est si doux de défendre contre l'oppression et le malheur, sans éclat et sans récompense.

CHAP. II. — DIVISION GÉjNÉRALE.

On traitera dans l'ordre suivant les différents objets de cet ouvrage :

Dans la première partie, on discutera l'exportation des grains;

Dans la seconde, la liberté intérieure.

Dans la troisième , on examinera les modifications les plus connues applicables au commerce des grains en général.

Dans la quatrième, on finira par hasarder son opinion sur la loi qui obvierait au plus grand nombre d'inconvénients.

Ces parties seront encore soumises à des subdivisions par chapitres. Sans asservissement aux méthodes, on est obligé d'avoir recours à cette manière en examinant des questions aussi abstraites. Quelque soin cependant qu'on ait pris, on ne peut se flattei' de rendre générale une pareille lecture ; on voudrait seulement appeler à ces discussions un

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plus grand nombre de personnes , la vérité y gagnerait , et peut-èlrc que l'ouvrage n'y perdrait pas. Ce qu'il faut craindre le plus, c'estd'ètre remis à l'esprit de parti, arbitre qui règne longtemps seul , quand les sciences sont encore nouvelles; juge partial et récusablc, qui croit encore plus qu'il ne sait , qui s'attache avec opiniâtreté à ce qu'il a saisi dans les ténèbres , qui n'abandonne rien, parce qu'il ne distingue pas avec précision , et qui se laisse rarement ébranler, parce que les opinions ne deviennent flexibles qu'autant qu'elles se forment dans le doute, et s'alimentent par la pensée, jamais par le caractère.

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