‹ Necker, Sur la legislation et le commerce des grains. Montyon, Quelle influence ont les diverses especes d'impots sur la muralite, l'activite et l'industrie des peuples. J. Bentham, Lettres sur la defense de l'usure, Precedes de notices historiques sur chaque auteur, et accompagnes de commentaires et de notes explicativesChapitre 18 sur 96 · GRAINS · texte numérisé non relu

GRAINS

Convient- il de permettre en France la libre exportation par une loi permanente ?

[<es écrivains économistes ne montrent aucun doute à cet égard , et plusieurs personnes respectables par leurs lumières et leurs intentions ont adopté le même sentiment *; tous réclament cette liberté au nom des droits les plus sacrés ; ils en font dépendre l'encouragement de l'agri culture et tous les avantages civils et politiques les plus précieux.

Pour prendre un parti sur cette importante question , il faut nécessairement la considérer dans son rapport avec la prospérité de l'État.

Les institutions sociales ne peuvent pas avoir d autre base ; toute loi faite pour une nation doit prendre sa source dans le bien général : quand la force et Tignorance s écartent de ce principe, ce sont des actes de despotisme et d'erreur, contre lesquels la raison et l'équité réclament ; ce sont des jours de calamités dont on attend la fin avec impatience.

' Plusieurs cours souveraines ont cnil)rassé la même opinion. Voyez les représentations des Parlements de Toulouse, de Grenol)le et de Bretaç;ne, et tout nouvellement eneore la lettre du Parlement de Toulouse au roi, qui finit ainsi :

» Puisse Votre Majesté se convaincre qu'il ne man(|uera à la plus grande prospérité de ■» la France que la liberté indclinie du transport dcsi;rains chez les étranj^crs ; qu'il nous « soit permis de remettre sous les yeux de Votre Majesté cette maxime remar(iual)le en- » fermée dans l'arrêt du (X)nscil de Votre Majesté, du 14 septembre dernier : Q(tc plds Ir » commerce est libre, animé et étendu, et plux le peuple est promptement et abondam- > ment l'ounu. » (Note de l'Auteur.)

LÉGISLATION ET COMMERCE DES GRAliNS. 215

CHAP. 11. EN QLOI CONSISTE LA PROSPÉUlTIi DU^ ÉlAT.

S'il n'y avait eu qu'une société sur la teri'c , la prospérité de l'Ktat , et le plus grand bonheur de ses membres , eussent été des expressions synonymes.

3fais la formation de plusieurs sociétés désunies d'intérêt et d'affection, obligea bientôt chacune d'entre elles de joindre au soin de leur bonheur la sollicitude nécessaire pour le conserver.

Alors la prospérité d'un Etat dut dépendre nécessairement de la ré union du bonheur et de la force.

Le désir du bonheur n'avait exigé que des idées simples d'ordre , de justice et d'équité; le besoin de la force donna successivement naissance à toutes les combinaisons politiques , et les fonctions du souverain s'agrandirent : la production des richesses, le travail, le commerce et l'industrie, qui, dans leur liaison avec le bonheur , semblaient n'appartenir qu'au caprice de l'intérêt personnel , devinrent, dans leur rapport avec la force publique , un objet de méditation et de surveillance pour le gouvernement.

C'est faute de réunir et de considérer ensemble ces deux conditions essentielles de la société , le bonheur et la puissance, qu'on est sujet à s'égarer.

Le ministre du despote ne pense qu'à la force ; l'ardent ami de l'humanité ne fait des plans que pour le bonheur. L'un ne demande que des soldats , l'autre veut renverser toutes les barrières. L'un méconnaît que la force est un fléau, quand elle ne garde que l'infortune; l'autre oublie qu'au milieu des passions des hommes, le bonheur sans défense est un souffle passager, dont on ne jouit quelques instants que pour apprendre à le regretter. L'administrateur éclairé se gaiantit de ces erreurs funestes ; il étaie par la puissance l'édifice qu'il élève pour le bonheur ; il gémit de ces précautions politiques qui attestent à l'univers l'inquiétude ambitieuse des souverains, comme les lois civiles annoncent les prétentions injustes des particuliers ; mais il soumet ses desseins aux circonstances qu'il ne peut vaincre , heureux de pouvoir tempérer encore par sa sagesse les sacrifices que la défense de l'État impose aux citoyens.

Que ces inconvénients, inséparables de l'établissement des sociétés , ne fassent pas regretter les bois , ni la vie sauvage ; car dans cette situation aussi , les hommes devaient modérer leurs désirs ])our les satisfaire, et garder par la force et la surveillance ce qu'ils avaient atteint par adresse.

C'est une servitude éternelle de la nature humaine , que de jouir au milieu des sacrifices et des contrariétés, et les lois sociales ont peutêtre adouci cette condition; car en garantissant à chacun sa propriété , elles ont dispensé de combattre pour obtenir , et d'avoir de la force

il fi iNECKEIi.

pour conscr\c'r : l'inquiétude, divisée entre tous les hommes dans la vitsauvage , s'est concentrée dans les gouvernements et transportée de sociélc à société ; mais alors la force publicjue estde\enuc absolument nécessaire, et cest par son accord avec le bonheur des particuliers que ia prospérité de l'État est assurée.

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