NOTICE SUR GALIANI
» Ce malin et piquant petit volume parut, en 1 749, sous ce titre : Componimenti n varj per lamorti di Domenico Jannncone, carnefice délia (jran corte délia )) vicaria, raccolti et dali in Ivce da Gean Anton. Sergio avvocato iSapolitano. » Ce Sergio était le président de l'Académie. A cette publication, ce fut un » bruit, un succès et un scandale que les auteurs n'avaient pas prévu : ils gar- » dèrent quelque temps l'anonyme ; mais voyant que la rumeur allait toujours » croissant, et craignant d'être découverts par le libraire, ils allèrent directe- » ment au ministre Francci, avouèrent le fait, en dirent la cause, et le trouvè- » rent d'autant mieux disposé à lindulgence, que le roi et la reine avaient lu » le recueil, et en avaient ri les premiers. Les deux jeunes gens en furent » i[\n\\ç?,\io\\v Ae^exercices spirituels (c'est ainsi qu'on les nommait], auxquels » ils se soumirent pendant dix jours. Faute de savoir cette anecdote, on ne con- » çoit pas comment un esprit, aussi solide qu'il était fin et brillant, avait com- » mencé sa carrière par un éloge du bourreau. » Peu de temps après, Galiani rachetait cette étourderie de jeunesse en publiant un traité sur les monnaies. V'oici à quelle occasion : Par suite de diverses circonstances, le numéraire affluait alors à Naples, et il en était résulté une augmentation considérable dans le prix des denrées. Le gouvernement, effrayé de cette bausse, voulait prendre des mesures pour la combattre. Galiani s'efforça de rassurer les esprits et d'empêcher l'adoption d'un système de réglementation pour les monnaies. Son livre eut le plus grand succès et contribua beaucoup à faire abandonner les mesures projetées. Peu de temps après, l'auteur, qui n'avait pas alors plus de vingt ans, se décidait à entrer dans les ordres, et allait voyager en Italie. Il fut parfaitement accueilli à Rome par le pape Lambertini, et à Turin, par le roi Charles-Emmanuel III. A Florence, l'académie de la Crnsca et celle des Antiquaires [Colomba lia), l'admirent dans leur sein. A son retour à ïNaples, il se lia avec un savant mécanicien , l'abbé Intieri, qui avait inventé une machine à étuver le blé. Il se chargea de faire connaître la découverte de l'abbé Intieri, et il publia, dans ce but en I7ô4, l vol. in-4° sous le titre suivant : Délia perfetta conversazione del grano discorso di Bartholommeo Intieri. En même temps, Galiani, dont l'inépuisable activité d'esprit se portait sur les sujets les plus divers, entreprenait, le premier, une collection des matières volcaniques du Vésuve, et il écrivait, à ce propos, une dissertation savante et ingénieuse. 11 fit hommage de sa collection au pape Benoit XIV, qui la donna au Musée de rinstitut de Bologne. L'hommage n'était pas complètement désintéressé, car Galiani avait eu soin d'écrire sur une des caisses, après les mots Beatissime Pater., cette phrase tirée de l'Evangile, fac vt lapides isli panes fiant. Benoit XIV comprit, et il investit l'ingénieux abbé du canonicat d'Amalti, valant 400 ducats de rente. Galiani s'en montra reconnaissant : à la mort du pape, il écrivait en son honneur une oraison funèbre qui, de l'avis de Diderot, était un morceau plein d'éloquence et de nerf, A la même époque, il composait divers mémoires pour le premier volume des antiquités d' Uerculanum . En 17.59, le roi de Naples, qui avait pour son talent une estime particulière, le
.NOTICE SUR (JALIAM. f)
uomraait secrétaire d'ambassade à Paris. H eut beaucoup de succès dans les salons par le piquant de son esprit, le tour original et imprévu de sa conversation, il se lia avec les philosophes, et en particulier avec Diderot, et il prit part au mouvement intellectuel qui plaçait alors la France à la tête des nations de l'Europe. Il écrivit à Paris un Commentaire sur Horace, puis les fameux Dialogues sur le commrrce des blés^ que nous reproduisons. Ce dernier ouvrage fut écrit à propos de l'édit de 1764, autorisant la libre exportation des grains. A la suite de cet édit, les prix avaient monte : les uns voub.ieiit que ce fût à cause de l'édit, les autres malgré l'édit. Galiaui mit sa plume légère et brillante au service des adversaires de la libre exportation ; non toutefois d'une manière absolue, car il se fit un système de rejeter tous les systèmes. Les Dialogues furent publiés en 1770 par les soins de Diderot, sous la rubrique de Londres, et ils obtinrent un succès de vogue, bien plus, a la vérité, à cause de la forme que du fonds. "\ oici ce qu'en disait Voltaire, ce juge si compétent en fait d'esprit : « Il semble que Platon et Molière se soient réuuis » pour composer cet ouvrage. Je n'en ai encore lu que les deux tiers. J'at- » tends le dénouement de la pièce avec une grande impatience. On n'a ja-
» mais raisonné ni mieux, ni plus plaisamment Oh! le plaisant 11-
» vre, le charmant livre que les Dialogues sur le commerce des blés! » Dans ses Questions sur l'Encyclopédie, à l'article Blé, il écrivait encore : « M. l'abbé Galiani, napolitain, réjouit la nation sur l'exportation des blés ; il » trouva le secret de faire, même en français, des dialogues aussi amusants que » nos meilleurs romans, et aussi instructifs que nés meilleurs livres de science. » Si cet ouvrage ne fit pas diminuer le prix du pain, il donna beaucoup de )) plaisir à la nation; ce qui vaut beaucoup mieux pour elle. » La pointe qui termine cet éloge est bien un peu hasardée; mais, comme l'auteur qu'il lou;.it. Voltaire s'inquiétait souvent plus de la forme que du fonds. Turgot, à son tour, écrivait à l'abbé Morellet , à l'époque de la publication des Dialogues • « On ne peut soutenir une bien mauvaise cause avec plus d'esprit, plus de » grâces, plus d'adresse, de bonne plaisanterie, de finesse même, et dediscus- » sion dans les détails. Un tel livre, écrit avec cette élégance, cette légèreté de )) ton, cette propriété et cette originalité d'expression, et par un étranger, est » un phénomène peut-être unique. L'ouvrage est très-amusant, et malheu- » reusement il sera très-difficile d'y répondre de façon à dissiper la séduction » de ce qu'il a de spécieux dans les raisonnements et de piquant dans la forme, n Je voudrais avoir le temps, mais je n'en ai point; vous n'en ave/ pas non ') plus. Dupont est absorbé dans son journal ; l'abbé Bandeau répondra trop en » économiste *. » Morellet, néanmoins, entreprit de répondre, et il publia une Réfutation des Dialogues sur le commerce des blés \\ vol. in-8", Paris, 1 7 70). Mais ce livre, supérieur par le fonds au livre de Galiani, n'était ni aussi léger, ni aussi amusant. Il fut peu lu. Galiani avait été rappelé à Psaples, en 17 69.
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fi NOTICE SCR GALIANI.
pour remplir les fonctions déconseiller du commerce. Quelques années après il était nommé l'un des intendants des domaines royaux. Dans l'intervalle, il écrivit un ouvrage, dont la conception était assez singulière : Des inslincts ou des goiits naturels et des habitudes de l'homme^ ou Principes des droits de la nature et des gens, tirés des poésies d'Horace. Il fit aussi le plan d'un opéra intitulé : Le Socrate imaginaire, dont le poète Lorenzi fit les vers, et dont Païsiello composa la musique. 11 publia encore une dissertation sur le dialecte napolitain, puis, en 1782, un ouvrage de droit public : sur les devoirs des ■princes neutres envers les princes belligérants, et de ceux-ci envers les neutres (Naples, in-4='). Ce fut à propos de la guerre, qui avait éclaté, en 1778, entre la France et l'Angleterre, et des empiétements de l'Angleterre sur les droits des neutres, que Galiani écrivit cet ouvrage. Quelque temps après, il était nommé premier assesseur du Conseil général, puis surintendant des fonds de ia Couronne. Sa sauté, commençant à décliner, il fit en Italie un long voyage dans lequel il fut accueilli à Modène par Tiraboschi, et par Césarottl à Padoue, A son retour à jVaples, il mourut paisiblement le 30 octobre i787, à l'âge de 59 ans. Outre de nombreux manuscrits, non publiés, Galiani a laissé une volumineuse correspondance. On trouva dans ses papiers huit volumes de lettres de savants italiens, et quatorze de savants, de ministres et de souverains étrangers. Ses lettres, dans lesquelles il lâcherait la bride à son esprit vif, gra- ••ieux et original, ne sont pas la partie la moins curieuse de ses œuvres.
DIALOGUES