Cf. pi. CXXXVI1 et CXCV
les a ulilisées parfois pour en faire sortir, comme d'un terrain, des liges fleuries, ou pour y appuyer divers objets. Sur Tune des faces de la plus grande hachette, on voit ainsi reposer sur cette base un candélabre ou un
brûle-parfums, formé d'éléments superposés, avec un couronnement en forme de vase. L'autre face est ornée d'un assemblage, à première vue très complexe et 1res bizarre, d'enroulements empruntés à la décoration végétale ; mais l'ensemble représente assez exactement la
forme d'un poisson à grosse tète et à bec proéminent, comme le classique dauphin : ainsi les professeurs de calligraphie s'amusent à composer des figures avec des entrelacements de parafes. Le pic opposé au tranchant est modelé en tête de canard.
L'oiseau que la seconde hachette est censée figurer, se distingue, au contraire, par un long bec recourbé, entr'ouvert au bout, comme un bec d'ibis. Voici les dessins gravés au pointillé sur les deux faces. Ici, du sol raboteux s'élève une tige de plante dont la fleur est peu visible. Là, ce sont encore des ornements d'origine végétale, mais répartis en deux motifs séparés aux deux extrémités du champ. Vers le cou de l'oiseau s'épanouit le lotus égypto-assyrien dans sa forme ordinaire, tandis que le tranchant est occupé par un fleuron supportant l'ornement caractéristique que l'on est convenu d'appeler la palmette phénicienne, sorle de croissant très ouvert, aux cornes enroulées, avec un groupe de pétales au milieu. En effet, ce motif ne se retrouve exactement ni en Egypte ni en Assyrie ni en Grèce : c'est peut-être le seul qui soit spécial aux monuments phéniciens, et les peignes d'ivoire recueillis par M. Bonsor dans la vallée moyenne du Guadalquivir , en présentent justement de nombreux exemples. On dirait que les Phéniciens, au milieu de tant d'emprunts faits à l'étranger, oui tenu à se créer au moins un ornement qui fût bien à eux. Parfois même ils le figurent isolé, en manière de symbole national ou de marque de fabrique. Sur une bague en or du Musée du Louvre, il s'étale seul au milieu du chaton et se suffit en quelque sorle à luimême. D'autres Fois les décorateurs phéniciens le mul-
tiplienl et l'accumulent à plaisir '.Dans le célèbre sarcophage d'Amathonte, ces palmettes alignées ou superposées encadrent les bas-reliefs. Je citerai aussi une stèle, rapportée de Phénicie par la mission Renan, dont le champ en est littéralement tapissé.
Rien cependant ne peut mieux donner l'idée de l'importance qui s'y attachait, qu'une tablette en calcaire fin, acquise par le Musée du Louvre, et provenant de la région d'Antaradus ~. C'est un de ces modèles préparés tout exprès pour les ateliers de décoration et de sculpture, suivant une pratique fort usitée en Egypte. Sur cette petite plaque on voit juxtaposés deux motifs d'ornements, sculptés en bas-relief et à l'échelle de l'exécution : d'abord un double cordon de fleurs de lotus, alternant avec leurs boutons ; puis un double rang de palmettes phéniciennes, superposées par imbrication. Un simple trait vertical sépare brusquement les deux sections différentes, en coupant par la moitié certains éléments de la décoration. C'est encore ainsi que, dans les livres d'architecture, on présente par sections les modèles d'ornementation courante. Une autre tablette du même genre, trouvée avec la première, porte un modèle purement sculptural, une tête d'homme de profil, lout à fait égyptienne. Nous avons là sous les yeux et nous tenons dans nos mains un des moyens matériels par lesquels certaines formes d'art se sont facilement transmises d'un peuple à l'autre.
Je suis entré dans quelques détails qui paraîtront peutêtre un peu minutieux ; mais plusieurs de ces ornements