I. Tertullien, De resurr. carnis
ter à la période punique, et à une époque où l'on enterrait encore les morts au lieu de les incinérer.
Il était intéressant de s'en assurer. L'emplacement du cimetière semblait facile à retrouver. Le P. Delattre avait, en effet, proposé, dès 1886 l, d'identifier les ruines de l'Odéon avec celles du théâtre romain dont l'hémicycle, facilement reconnaissable encore malgré les dégradations qu'il a subies, occupe le versanl méridional de la colline qui s'élève directement au-dessus et à l'ouest des Thermes de Dermech. En explorant les abords immédiats de ce monument, l'on avait bien des chances de retrouver le prolongement de la nécropole signalée par Tertullien.
Un chantier de recherches lui donc installé, à la fin de Tannée 1900, au sommet de la colline déjà dite « de l'Odéon ». Une tranchée ouverte de l'Ouest à l'Est, tangente au bord de la déclivité en arc de cercle qui paraissait indiquer la limile extérieure du théâtre, lit découvrir, à quatre mètres sous terre, un énorme mur convexe, rasé jusqu'aux fondations, qui constituait évidemment jadis l'enceinte de l'édifice.
Immédiatement au delà, l'on rencontra de nombreux alignements de puits, profonds de quatre à six mètres; les chambres funéraires auxquelles ils aboutissent sont creusées dans une argile compacte cl grasse, qui possède la propriété de retarder la décomposition des chairs, qu'elle enveloppe de son enduil Imperméable et qu'elle isole ainsi du contact de l'air ri de l'eau. Ouelques-unes de ees lombes, que leur mobilier funéraire permet de dater du ni" siècle avaul noire ère, renferment des sque-
l. Delattre, BullHin épigr., i. VI, |>. s.'i h suir,
lettes que recouvrent les débris pourris de cercueils à clous de bronze ou de fer, ou qui sonl déposés dans d'énormes sarcophages monolithes de lui". Mais à mesure que Ton s'éloigne du théâtre dans la direction du Nord, parallèlement à la première tranchée ouverte au bas de la colline, les sépultures à inhumation se font plus rares ; à cent cinquante mètres de l'édifice, elles disparaissent complètement, tandis que, plus loin encore, les derniers caveaux puniques, qui sont tous à incinération, font place à des restes de tombeaux romains du ier siècle avant notre ère, d'un caractère toul différent. Ces derniers, étant installés à fleur de terre, ont tous été démolis au moment de la construction de l'Odéon, et Ton n'a retrouvé, dans les premières couches complètement bouleversées du sous-sol, que les débris épars, mais encore suffisamment caractéristiques, de leur mobilier funéraire.
En somme, la nécropole punique de l'Odéon paraît avoir servi du 111e siècle avant notre ère jusqu'au moment de la prise de Garthage, et même un peu plus lard encore ; elle remonte à une époque où l'incinération était devenue la règle, l'inhumation n'étant plus employée que par exception.
La plupart du temps, le mort a été brûlé avant d'être livré à la terre, et ses restes calcinés sont enfermés dans un coffret de pierre, dans une amphore, ou simplement déposés en tas dans la chambre funéraire. Celle-ci n'est plus réservée à une seule personne, mais à toute une famille; parfois même, c'est une fosse commune, où les cendres, et les vases qui les accompagnent, sonl entassés pêle-mêle, non seulement dans le tombeau lui-même.
mais dans le puits d'accès, presque jusqu'au niveau du sol. Les rites funéraires ont donc perdu beaucoup de leur importance à cette époque et le culte des morts n'a plus de vrais fidèles.
Rien ne le prouve mieux que la composition du mobilier qui garnit les tombes. L'on trouve peu de bijoux d'or, et toujours à bas titre ; l'anneau orné de spirales, dont nous avons signalé la présence dans les tombeaux puniques dès le vie siècle avant notre ère, s'est progressivement rétréci jusqu'à des proportions microscopiques ; on ne fabrique plus guère de parures qu'en electrum, en argent, ou même en cuivre, plaqué d'une très mince couche de métal précieux. C'est le triomphe du doublé. La ville s'est évidemmenl appauvrie depuis la première guerre punique; pour sauver les apparences, les orfèvres sont forcés de tricher sur la matière employée.
Les intailles en pierre dure, les scarabées, les bibelots d'ivoire et démail finement ciselés, les vases précieux ne se rencontrent plus guère; on les remplace par de grossières figurines d'animaux domestiques ', chevaux, porcs ou colombes ; par de vieux pots, souvent ébréchés ou raccommodés ; par des lampes toutes neuves, au contraire, que l'on conserve l'habitude de déposer auprès du mort, mais sans savoir trop pourquoi, et sans prendre la peine de les allumer ; puis quelques sous carthaginois ou alexandrins en bronze, tout usés, enfermés dans un sac de linge, des collections d'unguentaria très ordinaires en lerre cuite, el de nombreuses pastilles de verre translucide, dont nous ignorons encore la destination exacte.