‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 183 sur 220 · ANTIQUITÉS PUNIQUES AU MUSEE DU BARDO · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS PUNIQUES AU MUSEE DU BARDO

Dans la salle réservée aux menus objets d'origine punique, l'on a placé, en face de l'entrée, le plan en relief de Garthage. Des deux grandes vitrines occupant le milieu de la pièce, celle de gauche est réservée aux antiquités de fabrication carthaginoise qui proviennent des nécropoles protopuniques jusqu'au ivc siècle ; celle de droite, aux poteries, figurines et menus bijoux de la dernière période de la Cartilage phénicienne. A chaque vitrine correspond une armoire murale renfermant les vases d'importation — étrusques ou corinthiens d'abord, puis attiques, siciliens, campaniens, — qui complétaient le mobilier funéraire des tombeaux puniques et qui ont servi à les dater. Enfin, une collection de tous les types connus de la poterie carthaginoise, méthodiquement classée dans la grande vitrine du fond de la salle, permet d'étudier l'évolution et la dégénérescence des formes, 1res originales au début, dans leur barbarie primitive, et perdant peu à peu leurs particularités caractéristiques

pour acquérir l'élégance banale des produits importés de Fart gréco-romain.

Le grand salon des fêtes a été doté de nouvelles vitrines contenant la collection des lampes d'argile ', classée méthodiquement de manière à permettre d'embrasser d'un coup d'œil l'évolution des formes successives et les transitions des types, depuis la soucoupe rudimentaire de la Carthage primitive, jusqu'aux derniers produits de l'industrie byzantine.

Les armoires droites, appliquées contre les murs, contiennent les verreries romaines, quelques bronzes, et les charmantes ou curieuses figurines de terre cuite sorties récemment des nécropoles punico-romaines d'Hadrumète et du Sahel Tunisien. Les vitrines plates qui remplacent l'embrasure des fenêtres ont reçu les nombreuses pièces d'or et d'argent du médaillier, tandis qu'au milieu de la salle, de part et d'autre de la patère de Bizerte, deux meubles octogonaux présentent en pleine lumière les joyaux et les gemmes : amphorisques d'albâtre, coupes en cristal de roche ; bagues romaines, ornées d'intailles ; couronne byzantine en or massif rehaussée de cabochons; étuis, anneaux, bracelets, pendants d'oreille, cachets, scarabées en jaspe, en agate, en cornaline, retirés depuis quatre ans des sépultures puniques les plus anciennes de Garthage.

Cette nouvelle salle a reçu le nom de M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, qui a inauguré les agrandissements du musée Alaoui le 28 avril 1903, au nom de M. Loubet, président de la République Française.

i. IPl. CCXXXVI.l

Le musée du Bardo s'est enrichi, en 1903, de tout le produit des fouilles de la Direction des Antiquités, à Carthage, et d'un choix des trouvailles les plus remarquables faites sur divers points du territoire, notamment à Gigthi, à Sousse, à El-Djem, à Sidi-el-Hani, à Sbeïtla.

Les collections puniques ont reçu : deux mille boulets de catapulte en pierre calcaire, souvent marqués de lettres, et vingt mille balles de fronde en terre cuite, provenant des dépôts de projectiles de l'arsenal de Carthage, retrouvés cette année au nord du port militaire ; puis tout le mobilier funéraire d'une centaine de tombeaux datant du ive au 11e siècle avant notre ère, qui ont été explorés, en 1903, sur la colline de l'Odéon : statuettes et figurines de terre cuite, poteries de fabrication locale ou d'importation, vases et outils de bronze, notamment un compas, cassolettes de plomb, anneaux, couteaux, harpons, têtes de lance en fer, bijoux d'or et d'argent, amulettes en verre, en émail, en or, en ivoire, en cornaline, en corail. Parmi les objets les plus précieux de cette collection, il faut citer surtout une égide demi-circulaire en lapis lazuli, surmontée de la tête de lionne de la déesse Sokhît ; une vingtaine de scarabées en pierre dure, dont les sujets gravés se classent dans deux séries très différentes, bien que contemporaines, l'une symbolique et mystique, d'influence tout orientale encore, l'autre réaliste et de style purement hellénique ; enfin, une cinquantaine de bagues, d'anneaux sigillaires, de pendants d'oreille, de médaillons et d'éléments divers formant bracelets ou colliers, et fabriqués, suivant l'époque ei aussi d'après la fortune du défunt, en or fin et massif, en êlectrum ou en doublé.

M. Bordage, ingénieur des mines, a découvert dans un tombeau de l'époque romaine, situé au pied de l'Aïn- Khamouda, près de Thala, un frontal d'argent qui ceignait encore le crâne d'un squelette de femme1. Dans un tombeau voisin se trouvait une tessère en plomb ornée d'une simple rosace en relief. Ces deux objets ont élé offerts par lui au musée du Bardo. Le premier est très précieux, et d'un rare intérêt pour la connaissance des cultes phéniciens dans l'Afrique romaine. C'est une lame d'argent estampée, sur laquelle se détachent en relief divers attributs et images divines, tous relatifs à la triade punique. Le frontal reproduit, avec de légères variantes, un modèle qui n'était connu jusqu'ici que par deux exemplaires moins complets, trouvés comme celui-ci sur les hauts plateaux de la Numidie : l'un, aujourd'hui perdu, à Batna ; l'autre, dont les débris très mutilés ont été recueillis dans la collection Farges, à Gounifida, près de Tébessa.

Les séries épigraphiques ont reçu une douzaine d'exvoto puniques à Bâal-Haman et à Tanit, trouvés aux environs des ports de Carthage ; quatre stèles à basreliefs et inscriptions, provenant d'un sanctuaire punicoromain de Zaghouan.

1904 2. — L'exploration d'une cinquantaine de tombeaux puniques des ive et ve siècles avant notre ère a fourni de nombreux bijoux d'or, quinze gemmes gra-

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