PI. XXXV
3. Cf. Gauckler, G. H. Acad. imcr., 1001, p. 603, el Marchr du Service m /.V.9.0, p. f> et 7.
dans l'ouverture de la chambre funéraire qu'il bouchait hermétiquement, avait parfaitement protégé celle-ci contre l'envahissement des terres. La tombe ne portait aucune trace de violation. Elle était demeurée intacte, dans l'état même où elle se trouvait au moment de la déposition du cadavre, il y a deux mille cinq cents ans. Le caveau mesurait, à l'intérieur, 1 m. 90 de haut, 2 m. 20 de long et 0 m. 95 de large. Il était construit en blocs de calcaire coquillier, bien équarris, de grande taille. Le toit était formé de larges dalles transversales, assemblées avec soin, posées à plat au lieu d'être contrebutées, et doublées d'un plafond en cèdre que la pourriture avait fait tomber en poussière. Les parois étaient toutes revêtues d'une épaisse couche de stuc, d'apparence saccharoïde et d'une éclatante blancheur, qui s'était détachée à demi de la pierre, et pendait par grandes lames cristallisées, sonores comme du métal.
Sur le sol dallé, était étendu un squelette de femme adulte, très décomposé, mais facilement reconnaissable cependant au développement très accusé du bassin. La tête était à l'Ouest, vers le fond du tombeau, les pieds vers l'ouverture, du côté du soleil levant, comme c'est la règle dans les tombes protopuniques.
A la place de l'oreille droite, je recueillis, parmi les cendres, le pendant d'or massif qui caractérise à Carthage les sépultures les plus anciennes, jusqu'au Ve siècle, et que remplace ensuite l'anneau d'or aux extrémités enroulées sur lui-même : c'est une croix en tau, surmontée d'une anse ovale. Le cou était entouré d'un riche collier, formé de perles, d'olives, de barillets en cornaline rouge-sang, en agate rubannée noire, brune
ou blanche, en émail jaunâtre ou turquoise, alternant avec des globules d'or (in striés ou godronnés ; puis des figurines en pâte de verre, oudja, Horus et Bès ; des pendeloques sphériques en or ou en cornaline ; deux disques d'or, l'un figurant le croissant de la lune retombant sur le globe solaire ' ; l'autre, avec ombon central
et bourrelet de pourtour rentrant en pointe à la partie inférieure, reproduisant exactement la forme du célèbre pendant de collier qui porte une dédicace archaïque à Âstarté Pygmalion 2 ; enfin, au centre, un médaillon habilement ciselé, d'un modèle fort en vogue à Carthage
1. Comparez aux bijoux analogues Irouvés dans la nécropole île Douimès, par exemple, Delattre, Cosmos, 1806, p. 7:>7 et Bg, — Pli. Berger, Musée Lavigerie de Saint-Louis de Carthage, p. 230 et pi, XXXII, n* 13.
2. Cf. Ph. Berger, C. /?. Acad. iriser., 1900, p. 220, et Musée !;>>■,;,,'rie..., p. 4:<, n° V, h pi. VI, n" s ;'■ corriger en n° i).
et dont nous avons découvert, le P. Delaltre el moi, divers spécimens analogues, sinon absolument pareils1. Celui du tombeau 135 se compose d'une plaquette d'or en forme de niche, haute de 0 m. 016, large de 0 m. 014, épaisse de 0 m. 0015, rectangulaire à la base, cintrée au sommet, et surmontée d'une large bélière. Dans le champ évidé, qu'entoure un cadre à double rang de perles, se détache en relief, sur un autel à gorge égyptienne, un flacon en grènelis, à large goulol et sans anse, accosté de deux uraei dressés, coiffés du globe astral. Au-dessus, plane Fépervier solaire, aux ailes symétriques largement éployées (fig.) .
Il n'y avait pas d'autres bijoux. La défunte tenait de la main droite une coupe, formée d'un œuf d'autruche scié par le milieu, el décoré au pourtour dune zone de fleurs de lotus et de palmettes, sommairement indiquées en rouge et noir par quelques louches de pinceau.
Sur la poitrine étaient déposés plusieurs autres fragments d'oeuf d'autruche, rondelles ou quartiers, peints de figures grimaçantes, qui jouaient le rôle d^apotropaïa,
La main gauche reposait sur un vase à parfum égyptien en bronze, d'un type fort rare et très particulier, qui n'a jamais été rencontré ailleurs à Carthage, et dont le musée du Caire lui-même ne possède, je crois, qu'un seul exemplaire 2. C'est un flacon tronconique à fond plat, sans anse, haut de 0 m. 125. La panse, renflée vers le sommet, et atteignant dans sa plus grande largeur 0 m. 07 de diamètre, ne mesure que 0m. 04 à
i. Cf., par exemple, Ph. Berger, ibicL, p. 230, pi. XXXII, n" 8. 2. Cf. Catalogue général des antiquités égyptiennes du musée du Caire. — Fr. de Bissing-, Metallgefacsse, p. '«0, n" 3498.
la base. Elle ne présente aucun ornement. Au-dessus, le goulot, très étranglé et très court, mesure seulement 0 m. 018 de diamètre. L'orifice est entouré d'un disque horizontal, large de 0 m. 04, qui se creuse sur la tranche d'une rainure striée, faite pour retenir la capsule qui servaità boucher le flacon. Le métal, d'excellente qualité, homogène et sonore, est recouvert d'une belle patine. La forme est bien conçue, et de stvle très sobre. Elle
rappelle le type de ces vases rituels, placés sur un autel, qui sont assez souvent représentés au sommet des stèles votives à Baal Haman et TanitPêné Baal *, et que reproduisent aussi nombre de bijoux d'or protopuniques '2, notamment le médaillon que je viens de décrire. Gomme ceux-ci, le flacon de métal du tombeau i35 semble avoir joué un rôle symbolique et rituel.
Diverses poteries complétaient ce mobilier funéraire.
1. Cf. par exemple, Ph. Berger, Musée Lawgrerie...,pl. III, 8,ol pi. IV, 2.