‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 190 sur 220 · De Rougé-Pierret, Ibid · texte numérisé non relu

De Rougé-Pierret, Ibid

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lancéolées, — imprimés à l'estampille avant la cuisson, sur la terre encore fraîche. D'ailleurs, aucun ornement, ni sur la panse qui, dans les amphorisques analogues, porte souvent le cartouche d'un pharaon : Amasis ou Apriès, ni sur l'anneau de pourtour où apparaît d'ordinaire un texte hiéroglyphique exprimant des souhaits de bonne année *.

Somme toute, des diverses pièces qui composent ce mobilier funéraire, aucune n'a par elle-même une importance exceptionnelle : mais leur réunion dans un même tombeau punique leur donne cependant un très grand intérêt. Il est rare partout, et surtout à Garthage, de rencontrer sur un même point un choix de pièces aussi différentes d'origine et de nature, et dont les types, très caractéristiques, concordent aussi exactement au point de vue chronologique.

Les poteries de fabrication locale, par leur ressemblance avec les vases phéniciens de la côte de Syrie et des îles voisines, nous reportent au temps où la Carthage primitive était encore profondément imbue des traditions artistiques et des procédés céramiques de la mère-patrie.

Les vases en bucchero sont identiques à ceux que l'on retire des nécropoles italiques des vne et vie siècles avant notre ère.

L'aryballe corinthien ressemble à s'y méprendre aux vases peints de ce type qui, à la même époque, garnis-

1. Cf. Catalogue général des antiq . égrjpt. du Musée du Caire. Fr.de Bissing, Fayenzgefaesse, p. 4, nos 3626 et 3627, attribués sans preuve à la XVIIIe dynastie, et p. 43 et suiv.,nos 3738 et 3749 (Xeujahrs/lasche) d'époque saïte.

saient les sépultures de la Grèce ionienne, et des îles de la région de Rhodes.

La gourde égyptienne, enfin, remonte également à la même période. C'est un produit de l'industrie du Delta, fabriqué à l'époque saïte. Les vases de ce genre n'apparaissent en Egypte qu'avec la XXVIe dynastie. Ils furent très employés pendant quelques années pour les cadeaux d'étrennes, mais leur vogue dura peu. Les plus récents remontent au règne d'Amasis. De ce nombre est celui qui vient d'être découvert dans le tombeau punique de Bordj-Djedid. Le mobilier funéraire avec lequel il a été recueilli est, il est vrai, beaucoup plus récent, puisqu'il comporte des monnaies puniques, qui ne peuvent, en aucun cas, être antérieures au ive siècle avant notre ère *. Mais il me paraît évident que le vase lui-même ne faisait point partie intégrante de ce mobilier, auquel il s'est trouvé mêlé d'une façon accidentelle. Il a été découvert en miettes, et incomplet : il manquait un quart de la panse et les deux anses. Il est, d'ailleurs, d'un style très pur, qui nous interdit d'y voir une contrefaçon de basse époque. Le cartouche pharaonique qu'il porte en son milieu indique, à mon avis, la date exacte de sa fabrication. La gourde du tombeau 135 peut être un peu plus ancienne, mais ne saurait guère être antérieure aux environs de l'an 600 avant notre ère.

C'est la date qu'il convient, selon toute apparence, d'assigner au tombeau lui-même.

Or ce monument funéraire est situé à la lisière de la première région de la nécropole protopunique de Der-

\. Sur la date de l'introduction de la monnaie à Carthage, cf. Millier, Numismatique de I ancienne Afrique, t. II, p, 72.

mech, encore tout égyptienne d'apparence, et qui m'a paru remonter aux vme et vne siècles avant notre ère. A quelques mètres en amont, commencent les rangées des sépultures plus récentes (vie et vc siècles), dont le mobilier prend un caractère tout différent, sous l'influence de l'art grec. Le tombeau 135 appartient, lui, encore à la première série : il fait partie de ce groupe de chambres sépulcrales bâties en grandes dalles ou simplement creusées dans le sable, et de sarcophages construits en blocs juxtaposés ou monolithes, d'où j'ai retiré les séries si curieuses de masques de terre cuite grimaçants, réalistes ou symboliques, les statuettes d'Astarté assise ou debout, les moules à décor chypriote, les scarabées de jaspe sarde, les bijoux d'or massif des types carthaginois les plus anciens, les étuis métalliques à tête de chatte ou de bélier, enfermant des lames enroulées, gravées de figures divines. Tous ces objets, d'une si haute importance pour l'histoire de l'art, sont fort difficiles à dater, en l'absence de toute inscription ou monnaie pouvant fournir un point de repère chronologique. La découverte du vase d'Amasis, en nous permettant de préciser la date d'un des principaux tombeaux de Dermech, apporte donc une contribution fort utile à l'archéologie de Garthage.

NOTES DIVERSES [Bull archéol., 1904-1906)

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