‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 76 sur 220 · Bull, archéol. du Comité, 1898, p · texte numérisé non relu

Bull, archéol. du Comité, 1898, p

2. [A propos de la nécropole punique de Bordj-Djedid à Carthage, M. Ph. Berger, annonçant la découverte d'une inscription, s'exprime en ces termes, dans la Revue d'Assi/rioloyie, t. V, l'asc. I.

« Carthage, qui depuis si longtemps nous inondait d'ex-voto fastidieux el monotones, vient enfin de nous livrer une inscription punique d'un réel intérêt ; c'est la dédicace de deux sanctuaires à Astarté et à Tanit, contenant des indications détaillées sur leur construction, ainsi que l'énuinération des magistrats sous lesquels cette œuvre a été accomplie.

« dette nouvelle découverte provient d'un quartier de Carthage peu exploré jusqu'à présent. Au mois de novembre dernier, le directeur des antiquités cl des arts en Tunisie, M. Paul Gauckler, était informé de 1 existence d'une nécropole punique au bord de la mer, non loin du fort appelé Bordj Djedid. Mû par un sentiment auquel il faut rendre hommage, il s'effaça devant le Père Delattre, qui explore avec tant de bonheur ci de persévérance depuis de Longues années, le sol de Cartjiage, et lui Laissa le soin de fouiller cette nouvelle nécropole. Depuis lois, elle n'a pas cessé de fournir un riche butin archéologique, non pas1, sans doute, d nue époque très reculée, si l'on en juge par les quelques fragments d inscriptions puniques qu'on y a découverts, mais t rès riche, très varié, h certainemenl antérieur ;■ la prise de Caçthagé par les Romains. »

Le plateau forme falaise du côlé de la mer, qu'il domine à pic d'une dizaine de mètres : les tombeaux sont creusés dans le tuf à des profondeurs variables, et se répartissent en deux catégories : tombes à auges, presque à fleur de terre ; caveaux s'ouvrant au fond d'un puits

Fig. i.

rectangulaire, de profondeur variable, mais souvent considérable, et taillés en plein roc.

Le premier tombeau de cette seconde catégorie, ouvert par Ali-el-Gheriani, était occupé par un squelette, très décomposé, entouré des objets suivants : deux soucoupes du type habituel ; deux fioles à panse sphérique. décorée de zones rougeâtres ; trois amphores, d'une forme particulière, qui n'a jamais été rencontrée dans la nécropole de Douimès (fig. 1); deux lampes du type protopunique, soucoupe pincée en trois endroits sur les bords, pour déterminer deux becs : l'une de ces lampes, au lieu d'être plate, a le fond sphérique, et offre, par cou-

séquent, une variante inédite d'un type très connu ; trois monnaies de Garthage en bronze, offrant au revers la lête de cheval ; une belle lampe rhodienne, sans queue et sans aileron, à bec allongé et arrondi, en terre rose à couverte vernissée noire.

Dans les tombes voisines ont été trouvées diverses fioles, soucoupes ou jarres, de formes analogues : deux lampes protopuniques, ornées de dessins brun foncé ; une stèle à bas-relief, du type si connu des stèles faussement dites à Tanit, et dont le caractère funéraire, et non pas votif, a été démontré par la découverte du tombeau punique de Teboursouk ; un beau scarabée en sardoine, présentant sur sa face inférieure un sphinx ailé, accompagné d'un disque.

M. L'adjudant d'artillerie Celierier, gardien de la ballerie de Bordj-Djedid, dont l'attention avait élé attirée par les sondages d'Ali-el-Gheriani, a découvert de son

coté, à peu de distance des tombes précédentes, et en pleine terre : un petit ossuaire, en calcaire de Keddel, qui renfermait des ossements, sans aucun mobilier funéraire, et deux fort belles têtes de statuettes gréco-puniques, d'un excellent style. La première (fig. 2), en terre rouge (hauteur du fragment, 0 m. 16), représente une femme coiffée du polos, et dont le visage se détache sur une sorte de disque, destiné peut-être, quoique cela me semble fort douteux, à figurer un voile tombant du sommet de la tête. Les traits du visage sont réguliers, le profil est grec. Les cheveux sont répartis en deux bandeaux, à plusieurs étages de bouclettes, séparés par une raie médiane ; les oreilles sont ornées d'un grand croissant, auquel est accrochée une pendeloque ionique.

La seconde tête, plus endommagée que la précédente (hauteur du fragment, 0 m. 13), reproduit le même type avec de notables variantes. Elle est en terre noire, recouverte d'un enduit peint. Elle est encadrée d'un voile étalé, qui tombe en arrière du sommet de la tête, couronnée du polos ; les oreilles n'ont pas de pendants.

En, résumé, l'intérêt des premiers objets trouvés, dans les quelques sondages qui nous ont permis de reconnaître et de déterminer l'étendue de cette nouvelle nécropole punique, suffit à prouver l'importance de ce gisement, jusqu'ici inconnu, d'antiquités carthaginoises.

NÉCROPOLE DE TIIAPSUS

J'ai visité récemment à Mahédia le chantier de fouilles de MM. Novak et Epinat, et j'ai pu étudier sur place, grâce à leur obligeance habituelle, tous les résultats de leurs travaux. Voici, en attendant le compte rendu complet et détaillé que je leur ai demandé de rédiger pour la Commission de l'Afrique du Nord, un exposé sommaire de ce qui m'a paru présenter le plus d'intérêt dans leurs trouvailles :

La nécropole punique de Thapsus s'étend au nordouest du promontoire qu'occupait la ville antique, sur les premières pentes du cordon littoral rocheux qui borde toute la cote du Sahel tunisien, et forme comme un bourrelet, séparant la mer du bas pays avoisinanl. Ce cordon se compose de dunes de sable solidifiées, et transforrrlées en un tuf compact et serré; belle pierre aussi blanche et aussi tendre que la craie, et qui possède en outre le grand avantage de devenir d'autant plus dure cl plus résistante, qu'elle reste plus longtemps exposée au contact de l'air. Les collines, où le tuf affleure, comme sur 1m côte du Sahel tunisien, présentent donc les conditions les plus favorables à l'établissement de nécropoles souterraines, telles que celles des Carthaginois. Le cime-

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