‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 77 sur 220 · Bail, archéûl. du Comité, 1899, ccvii-ccxi · texte numérisé non relu

Bail, archéûl. du Comité, 1899, ccvii-ccxi

tière punique de Thapsus ne diffère guère, comme dispositions générales, de ceux des villes voisines de Monas- Lir el de Lemla, au nord, de Mahdia, de Salakia et d'Kl- Alia, au sud, qui remontent à la même époque fur" et ii(' siècles avant notre ère).

Les tombeaux se composent presque tous d'un puits rectangulaire ou carré, toujours beaucoup plus large qu'à Carthage, et peu profond, 2 ou 3 mètres au plus ; contre une des parois est ménagé un escalier fort étroit, de cinq à sept marches. Sur la paroi opposée à celle de l'escalier, ou, par exception, sous l'escalier lui-même, s'ouvre la porte du caveau, fermée par une grande dalle. Le sol de la chambre funéraire est ordinairement à un niveau plus bas que celui du puits : on y descend par une marche. La chambre est rectangulaire, plus large que profonde, avec ou sans niche ; les parois sont, par exception, décorées de peintures très simples, simples bandes brunes, tracées horizontalement.

La nécropole romaine s'est superposée à celle des Carthaginois et s'est souvent enchevêtrée avec elle, de telle façon que le départ est presque impossible à faire entre ce qui appartient aux premiers et aux nouveaux occupants d'un même tombeau.

Plus de cinquante caveaux oui été trouvés violés, remplis de terre ou de sépultures romaines. Quatre, au contraire, étaient parfaitement intacts. Le plus riche contenait :

Des vases de fabrication locale, punique ; une grande amphore, placée près de l'entrée ; deux vases, du type dit bazzoula ; deux cruches à une anse ; quatre uncjuentaria du type ordinaire en fuseau ; deux plats ; une tasse ;

des godets à fard. Le tout en terre jaunâtre, bien cuite, parfois décorée de bandes et de touches brunes tracées au pinceau ;

Des vases plus fins, peut-être aussi de fabrication locale, mais imitant les vases d'importation. Terre brunâtre, très mince, légère et résistante ;

D'autres vases d'importation italo-grecque (Sicile et Grande Grèce). Terre rose vif, très fine et d'un grain serré, n'apparaissant avec sa couleur naturelle qu'au revers des vases, partout ailleurs revêtue d'un enduit vernissé noir très brillant, très résistant. Ornementation très sobre, formée de palmettes estampées ou de stries;

Trois lampes delphiniformes : deux sans anses, en bucchero, avec granules et rinceaux sur le disque ; la troisième aussi en bucchero, avec anneau de suspension vertical et strié, décor perlé sur le disque, tête de Pan à la naissance du bec. Une quatrième lampe affecle la forme d'un fer à cheval, en terre rouge, avec une tête d'éléphant figurée en fort relief sur le disque ;

Quelques objets de métal, dont une belle fibule en bronze, intacte ;

Une figurine de terre cuite, de fabrication probablement alexandrine et de style grec. Elle représente Orphée debout, jouant de la lyre. Le musicien est vêtu à la mode asiatique, du pantalon recouvrant les jambes jusqu'aux chevilles, d'une longue robe à demi-manches, sur lesquelles retombent par-devant les deux bandes d'une sorte de pallium, d'un collier au cou, et d'un bonnet phrygien, posé sur de longs cheveux bouclés, qui encadrenl le visage au profil hellénique. Pas de traces de peinture. Trou d'évenl en arrière. Hauteur, 0 m. 18.

Les autres caveaux renfermaient de nombreuses lampes et poteries, présentant toutes les formes caractéristiques des premiers siècles avant notre ère, et identiques à celles des nécropoles voisines de la nécropole de Bordj-Djedid à Carthage, de celles de la côte algérienne, et notamment de Gouraya (Gunugus). La seule pièce vraiment originale est un vase en forme de gourde ovale, reposant sur trois protubérances à la base, et muni d'un goulot au sommet. Il représente un rat, en terre fine rose vif, avec décor vernissé noir, tracé au pinceau, figurant les traits caractéristiques de la bête, tête et queue, et sur le corps des feuilles d'eau et une palmette d'un dessin élégant.

Les tombeaux romains, trouvés dans les caveaux ou dans les puits, ne présentent aucune particularité digne d'être notée. Ce sont généralement des auges maçonnées, recouvertes d'un toit en dos d'âne formé de tuiles ou de briques. Ils renfermaient, outre quelques lampes circulaires, avec ou sans queue, de fabrication romaine, plusieurs statuettes, d'un style infiniment moins pur que celui de l'Orphée, et semblables à celles que l'on a retirées en grand nombre des tombeaux de Sousse, de Monastir, de Lemta :

Une Vénus diadémée, débouta côté d'un Amour;

Un enfant à cheval, vêtu de la chlamyde (deux exemplaires) ;

Un torse de statuette de Vénus pudique.

Les objets les plus importants, découverts jusqu'ici à Thapsus, sont deux cippes en pierre calcaire, qui ont été trouvés, non pas dans les caveaux, mais sur la lerre qui comblait le puits d'accès. Il me paraît évident que

ces cippes formaient la partie intérieure et saillante de la tombe — le fait se produit quelquefois pour les tombeaux de Bordj-Djedid, à Carthage ; dressés verticalement dans le champ de repos, au niveau du sol naturel, ils désignaient l'orifice du puits comblé, qui interceptait l'accès du tombeau, après avoir servi de passage pour y déposer les morts.

Ces deux monuments présentent beaucoup d'analogie avec ceux que Ton a découverts dans les tombeaux puniques de Sardaigne, et dont j'ai eu l'occasion d'étudier récemment quelques spécimens au musée de Cagliari, notamment les cippes de Tharros publiés par Spano1. Ils ne doivent en aucune façon être confondus avec les petits autels dits « brûle-parfums », de type égyptien, qui, dans les nécropoles carthaginoises les plus anciennes, marquent, au-dessus du sarcophage, l'emplacement de la tête du mort. Il faut, au contraire, les rapprocher de la série des mausolées à sommet pyramidal, dont la force architecturale reproduit encore à l'époque romaine, et avec des dimensions grandioses, mais d'une façon très fidèle, le petit cippe carthaginois primitif.

L'un de ces cippes est monolithe. Il se compose d'une base rectangulaire massive, à peine épannelée, destinée vraisemblablement à être dissimulée dans la terre ; d'un dé allongé, plus minée ; d'une table à rebord saillant, surmontée d'un pyramidion. Hauteur totale :

L'autre cippe me paraît avoir été composé de deux

1. Bullettino, II, p. 26. Ils son! reproduits dans ['Histoire de VArt,de MM. Perrot H Chipiez, III, p. 235, fi^. 173, 174, 175.

pièces, qui ont été trouvées séparément : le eippe proprement dit, dans le puits d'un tombeau ; la base, à peu de distance de l'orifice, dans un gourbi arabe.

La base, rectangulaire, affecte la forme spéciale d'un tronc de pyramide, baut de 0 m. 32, ayant à la partie inférieure 0 m. 63 de long sur 0 m. 38 de large, et, au sommet, 0 m. 68 sur 0 m. 35. La face inférieure présente quatre trous de scellement, le sommet, deux seulement ; leur axe est dirigé dans le sens de la longueur en bas, de la largeur en haut. La base était donc placée sur une table en pierre, et supportait elle-même un cippe, qui lui était relié par des goujons de métal. Ce petit monument est probablement celui qui a élé retrouvé, à peu de distance de la base, par MM. Epinat et Novak. Nous ne pouvons malheureusement pas le prouver en toute certitude, car les goujons encastrés dans le cippe ont fait éclater la pierre en se rouillant, et la partie inférieure manque.

Le cippe, légèrement pyramidal et terminé au sommet par un pyramidion, présente des moulures de profil tout égyptien, notamment la gorge qui soutient la table supérieure.

Base et cippe sont taillés avec le plus grand soin, dans deux blocs de tuf jaune à grain très fin.

M. A. Épinat a bien voulu offrir au musée du Bardo ce curieux monument, le premier de ce type découvert en Afrique. Les fouilles, interrompues par le mauvais temps, reprendront au printemps, avec une subvention de la direction des Antiquités, et tout porle à croire qu'elles amèneront de nouvelles trouvailles, au grand bénéfice de nos collections d'archéologie punique.

NOTES DIVERSES {Bulletin archéologique, 1899-1900)

DECOUVERTE A HENCHIR-ALAOUIN , PRES D OUDENA

(communiquée par M. Gauckler)

(Note de M. Ph. Berger.)

M. Ph. Berger, chargé d'examiner la photographie d'une inscription trilingue, latine, grecque et néo-punique 2, découverte à Henchir-Alaouin, près Oudena, et envoyée par M. Gauckler, communique à la commission le résultat de son examen :

Le texte doit être établi comme il suit :

PROTOMACVS medicus

FACTA- IMCOSM KOYINKTOC M A P K I O ç tt p ta r o M A X O C II P A K A €1 A O u r'atooç

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