‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 95 sur 220 · DÉCOUVERTES A CARTHAGE EX JANVIER-FÉVRIER · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES A CARTHAGE EX JANVIER-FÉVRIER

J'ai rhonneur de faire connaître à l'Académie que je viens d'entreprendre des fouilles méthodiques à Cartilage, non loin des citernes de Bordj-Djedid, dans un terrain à flanc de coteau, qui s'étend entre la grande tranchée où Vernaz découvrit, en 1885, les premiers tombeaux carthaginois et la nécropole punique de Dominés, explorée avec tant de succès dans ces dernières années par le P. Delattre. Ces fouilles ont été commencées avec les Fonds que l'Académie avait bien voulu mettre à ma disposition.

Ce terrain appartienl à la famille Bessis et Ben Attar, qui s'était toujours refusée jusqu'ici à le laisser explorer. Ce n'est qu'après de longues négociations que j'ai réussi à le louer pour un an, afin d'v pratiquer des fouilles méthodiques, à des conditions très avantageuses pour l'Etat, (pu devient propriétaire de tous les objets découverts au cours de mes travaux.

I. Comptes rendus de V Académie des Inscriptions, IS'.i'.i. p. 156-157 el 162-164 CI. llull. arch. du Comité, 1899, clxiii cl s. .

La région où il s'étend est Tune des plus importantes de Carthage : elle a toujours été habitée, et les civilisations successives y ont toutes laissé des traces, qui apparaissent comme des couches de sédiments superposés, lesquelles atteignent par endroits 7 à 8 mètres de hauteur.

J'ai fait ouvrir, il y a trois semaines, une grande tranchée parallèlement au rivage de la mer. Cette tranchée se dirige vers la colline de Bordj-Djedid, en coupant toutes les couches de la cité antique jusqu'à la terre vierge.

En attaquant le sol actuel, on rencontre les divers débris que la charrue ramène à la surface, carreaux de revêtement en terre cuite, monnaies, lampes ou poteries; à 1 m. 50 de profondeur, se trouvent quelques tombes byzantines, l'une entièrement revêtue de mosaïque grossière, une autre présentant la formule chrétienne habituelle fidelis in p ace :

SAFRAGFIDELIS- IN PACE

Au-dessous apparaissent quelques constructions de basse époque, puis une maison romaine, qui semble remonter à la période constantinienne, bien quelle renferme quelques débris d'époques plus anciennes.

Le déblaiement du sous-sol a fait apparaître d'abord un étroit couloir, avec les marches d'un escalier conduisant à une grande salle qui devait être fort importante, à en juger par les débris de stucs peints et moulés qui recouvrent les murs et dessinent une série de niches. Mais la salle est coupée, dans toute sa longueur, à un

mètre de l'entrée, par un mur établi après coup, sans ouverture, et les fouilles poursuivies de l'autre coté de ce mur ont pris, tout de suite, un caractère très intéressant. Dans les décombres retirés, on a recueilli des débris de toute nature, poteries, nombreux fragments de stucs peints de vives couleurs et d'un style tout pompéien |des statues, statuettes, inscriptions, etc.]...

Tout an fond de la cachette1 apparaissent quatre statues en marbre blanc, presque intactes.

Au-dessous du caveau, qui remonte encore à l'époque romaine, Ton ne trouve plus que des tombeaux puniques très anciens, et l'on passe brusquement du Ier siècle après Jésus-Christ au vr" siècle avant notre ère. Les champs de repos où Carthage enterrait ses morts ont été respectés par elle, tant quelle a vécu indépendante. Ils se sont progressivement étendus, au fur et à mesure des besoins de la population, en s'éloignant du centre de la cité.

Les caveaux creusés en plein roc, dans le plateau de tuf qui s'étend au delà de Bordj-Djedid, ne remontent guère plus haut que le m° siècle avant notre ère. Les tombeaux plus anciens, au contraire, sont plus rapprochés des habitations de la Carthage primitive et s'étagent sur les pentes sablonneuses les plus voisines de l)ermech.

Les premières tombes ouvertes sont de simples fosses à inhumation, creusées dans le sable vierge. Le seul indice de leur existence esl la couleur plus sombre des terres, rejetées après coup dans le puits pratiqué pour

i. v. pi. II. j

descendre le cadavre. Elles sont généralement très

pauvres, et ne renferment guère que le scarabée en cornaline ou en pale, sorte de carte d'identité du mort, un anneau en bronze, un disque d'œuf d'autruche, avec une figure peinte servant d'amulette protectrice; quelques perles de colliers, très peu de poteries, jamais de monnaies.

D'autres fosses sont recouvertes d'une simple dalle, qui garantit la tête et les objets précieux groupés autour du crâne. L'une d'elles nous a fourni un grand masque ' punique intact, en terre cuite, presque identique à l'une des trois pièces du même genre qu'a découvertes le P. Delattre. Les traits du visage sont déformés par une grimace hideuse, sans doute destinée à épouvanter le sacrilège qui tenterait de violer la sépulture. Sur le front, se détachent, en fort relief, le croissant retombant sur le disque, et deux macarons circulaires.

Une autre tombe renferme un cylindre assyrien en jade2, figurant peut-être le dieu Marcluk étouffant un monstre ailé. C'est la première gemme de ce genre que l'on découvre dans l'Afrique du Nord.

A mesure que l'on avance vers la colline, ces tombeaux deviennent plus nombreux, plus importants, plus riches ; quelques-uns sont disposés en auges, entièrement tapissées de dalles. L'on y trouve des bijoux d'argent, des colliers formés de milliers de perles en pâte de verre et pierres dures, améthyste, agate, cornaline, cristal de roche, quelques pendants d'oreille et quelques bagues en or.

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