PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XI
compte de l'emploi qu'il comptait faire des sommes d'argent par lui demandées ; il était donc de toute nécessité de réduire les promesses ; mais, dans ce cas, comme il était à craindre que le nombre des partisans du prince de Gonti ne fût sensiblement diminué et son élection compromise, pour utiliser les démarches déjà faites et Targent dépensé, Louis XIY adressait à son ambassadeur de nouvelles instructions :
« Il faut, » disait-il, « t&cher d'engager les partisans du M, prince de Conti, moyennant les 560,000 livres que vous « avez distribuées et les 100,000 livres de pension que je veux « bien encore donner, à favoriser l'élection du Prince dont les « attachements ne me seroient point suspects et qui puisse « m'avoir l'obligation de la couronne de Pologne. Le prince « Alexandre Sobieski conviendroit fort pour cet effet. Ce plan « est désormais celui que je veux que vous suiviez, s'il ne « vous reste plus d'espérance de faire réussir l'élection de a mon cousin le prince de Conti aux conditions que je vous ai « permis d'accorder, savoir : les 600,000 livres que j'ai déjà « fait passer en Pologne ou 800,000 livres au plus, 100,000 « livres de pension et les trois millions qu'il s'engage de faire « payer à l'armée après l'élection. »
Louis XIY espérait que la reine de Pologne, plus à même qu'aucun prétendant de faire des dépenses pour la prochaine élection, appuyerait celle de son fils Alexandre, soutenu par la France. Du reste, ce candidat n'était pas exclusivement indiqué à l'ambassadeur de France, auquel, avant tout, il était recommandé d'empêcher l'élection d'un roi qui devrait
la couronne aux ennemis de la France. L'abbé de Polignac se trouvait donc autorisé à appuyer la candidature de TÉlecteur de Bavière ou celle d'un seigneur Polonais, si l'une des deux devait présenter plus de chances de succès que celle du prince Alexandre.
Quant au consentement de la reine de Pologne à cette combinaison, il était impossible d'y songer. A la froideur qui existait depuis longtemps entre elle et Tabbé de Polignac avait succédé un sentiment de malveillance réciproque dont les symptômes étaient difficiles à dissimuler, et qu'une démarche inconsidérée de la Reine ne fit que rendre plus apparents encore. Cette princesse avait plusieurs fois fait demander à l'ambassadeur de France un portrait qu'il avait d'elle; celui-ci, qui y attachait du prix, refusa de le rendre. La Reine, n'en persistant pas moins dans la volonté bien arrêtée d'avoir son portrait, profita de l'absence de l'Abbé pour aller chez lui accompagnée de gardes, et fit enlever le tableau.
Pour éviter un scandale, l'Ambassadeur ne se plaignit pas ouvertement; il se borna (3 décembre 1696) à informer du fait Louis XIY. Si l'ambassadeur de France avait de justes griefs contre la reine de Pologne, Harie-Casimire, de son côté, était mécontente de la ligne de conduite que suivait l'abbé de Polignac ; l'expression de son mécontentement fut transmise par elle au sieur Dupont, qui avait accompagné en France les princes Alexandre et Constantin Sobieski. Dans sa lettre, qui fut communiquée à Louis XIY, la Reine s'exprimait ainsi :