‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 36 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE XI

« Tous les Ministres étrangers étoient hier chez moi à une « audience qu'ils m'avoient demandée de concert. Celui de « l'Empereur me reprocha, au nom de tous, tous les services « que j*ai rendus à la France depuis que je suis en état d'en « rendre, sans en oublier aucun, comme l'affaire de Hongrie, m que l'on me reprocha avoir été le sujet du traité deNimègue, « si avantageux pour la France ; après quoi il affecta de me a faire remarquer la reconnoissance que la cour de France « m'a aujourd'hui, en voulant arracher avec la dernière « dureté à mes enfants une couronne que le Roi, leur père, a « portée avec tant de gloire ; que j'en étois bien payée et que « je le iQéritois bien ; que si j'en avois voulu faire autant « pour eux, je verrois comme on me soutiendroit et tous mes « intérêts, puisque, malgré tout le passé, ils avoient tous « ordre de leurs mattres de m'assurer de toute leur amitié et 4( de tous leurs secours dans cette occasion ; et il me parott « qu'ils agissent avec toute la sincérité que je puis souhaiter.

« H. le prince de Conti, selon toutes les apparences, ne sera « pas roi ; mais il est à craindre que, par les promesses « excessives et incroyables pour l'élection que fait ici l'ambas- « sadeur (l'abbé de Polignac], par ordre du Roi (Louis XIV], à « ce qu'il dit, il ne fasse faire quelque élection bizarre, à quoi « on ne s'attend pas ; mais je prévois que la France aura « indubitablement un ennemi sur ce trône-ci.

« Il n'a pas mis le pied chez moi depuis le départ de mes « enfants, et ses domestiques traitent les miens partout comme « ennemis. Legoval, pour lequel vous savez que le pauvre feu

« Roi avoit tant de bonté et qui a même rendu à TAmbas- « sadeur tant de services, a été percé, ces jours passés, d'un « coup d*épée à travers le corps ; cela augmente tous les jours « depuis la levée d'une compagnie de soixante cavaliers qu'il « a à présent auprès de lui pour sa garde.

« Vous savez la pitoyable figure qu'il a faite ici dans tous « les temps, n'ayant souvent rien que de l'argent que je lui ai « prêté ; mais, depuis l'arrivée de l'argent du prince de Conti, < on en fait litière chez lui, et ce qu'il y a de plus étonnant, « c'est qu'il ne paye pas un sol de ses dettes, quoiqu'il doive i « toute la terre (1). »

Cette lettre, on le voit, n'était rien moins que bienveillante pour la cour de France, et, à coup sûr, les intentions qu'elle semblait prêter à l'abbé de Polignac n'étaient pas fondées. Elle fut connue de Louis XIV à peu près en même temps que celle de l'abbé, qui porte la date du 28 décembre. Obligé d'expliquer toujours, sinon de justifier, les demandes d'argent qu'il faisait, l'ambassadeur de France envoyait le total des promesses qu'il avait faites, total qui s'élevait à 800,000 livres. Pour s'excuser, il se rejetait sur l'impossibilité où il avait été de prévenir les événements survenus depuis la mort de Sobieski, la confédération de l'armée, les menées de la Reine et du prince Jacques. L'argent était pour lui un moyen dont il ne se faisait faute d'user, ne tenant compte que du résultat. « Je me suis toujours fait, » disait-il, « cette règle, peut-être

(\) Lettre de la Reine au sieur Dupont, 3S décembre 4696.

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