PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XI
« avec moins de prudence que de bonne intention, de ne « considérer pa$ tant la dépense que le succès dans une « entreprise de cette importance. » Louis XIV, au dire de l'abbé dePolignac, devait faire encore de nouveaux sacrifices ; six millions ne seraient pas trop pour assurer la couronne de Pologne dans la maison de Conti, comme elle le fut dans celle des Piast et des Jagellons. Il était à craindre que TÉlecteur de Bavière, celui de Brandebourg, TAngleterre et la Hollande ne fissent une ligue avec r4utriche pour contrebalancer l'influence française; ils pouvaient alors facilement réunir douze ou quinze cent mille écus à offrir à la République polonaise et quatre ou cinq cents aux particuliers, pour assurer la candidature du prince de Neubourg ou du prince de Bade. De plus, le Czar n'avait pas dissimulé son aversion pour le candidat français et menaçait de faire entrer en Lithuanie cent mille Moscovites, si le prince de Conti était nommé.
Cette lettre de l'abbé de Polignac n'était qu'un long plaidoyer justificatif de sa conduite. Il la terminait en comparant les promesses faites à diverses époques par les candidats au tr6ne de Pologne, argument historique qu'il avait déjà invoqué. Le passé, selon lui, expliquait le présent.
Henri III n'avait*il pas été obligé d'épouser la princesse Anne, sœup de Sigismond-Auguste, âgée de 50 ans, fort laide et sans dot? Sobieski ne s'était*il pas engagé à reprendre tout ce que la Pologne avait perdu sous les rois Casimir et Michel, c'est-à-dire Kaminiec et la Podolie avec toute l'Ukraine, en deçà et au delà du BorysthèneT
Les engagements pris avant Télection ne devaient pas effrayer, les rois oubliant quelquefois les promesses qu'ils avaient faites comme candidats.
Pareille dépêche fut expédiée le même jour au prince de Conti par l'abbé de Polignac, qui, huit jours après (4 janvier 1697), demandait encore de l'argent à Louis XIY, en s'exprimant de la sorte :
« J'ai trouvé la Pologne allemande ; il est question de la « rendre française, et cet ouvrage est entre les mains de Votre « Majesté. J'ose dire hardiment à Votre Majesté que, plus « nous approchons du terme, plus le succès m'en parott « infaillible, autant que les événements du monde le peuvent « être. Votre Majesté a, pour M. le prince de Conti, tous les « grands du royaume, la noblesse et l'armée; ce qui n'est m point dans ses intérêts n'est plus capable de faire un roi, « mais seulement un tumulte et quelque division. »
L'Électeur de Bavière, pour obtenir l'appui du cardinalprimat Radziouski, avait fait les offres suivantes :
i* 750,000 écus pour l'armée ;
2^ Abandon de toutes les économies royales en temps de guerre ;
3® Union à perpétuité des douanes royales à la couronne;
i® Prise de Kaminiec ;
5^ Sortie de la reine de Pologne ; sa retraite à Rome. Elle devait laisser à la République toutes les starosties de sa réformation ;
6° Établissement en pays étranger des trois princes Sobieski.