PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XII
rarmée de Pologne (1). L^ambassadeur joignait à cette dépêche un état des charges et emplois que le prince de Conti devait distribuer après son élection, et la formule du serment par lequel s'étaient liés envers lui ses partisans.
Les circonstances étaient tellement pressantes que l'Abbé demandait une réponse et de l'argent par le retour du courrier; il sollicitait même l'envoi d'un agent français, qui pût constater l'heureux résultat qu'il avait obtenu et certifier la vérité de ses assertions. Toujours désireux de justifier ses promesses, il disait à Louis XIV, dont il redoutait le mécontentement : « Si j'avois moins promis ou moins donné, j'aurois « peut-être mieux obéi, mais je n'aurois pas si bien avancé « les affaires. »
Le même courrier apportait au marquis de Torcy, secrétaire d'État des affaires étrangères, la lettre suivante, que lui adressait directement l'abbé de Polignac(2).
« J'apprends, tant par la lettre de Sa Majesté, du 4 janvier, « que par la réponse de H. Hilon, qu'on a été fort scandalisé « de la lettre de change que j'avois tirée sur lui et qu'on « n'avoit pas voulu accepter sans savoir auparavant ce que le « premier argent étoit devenu ; qu'à cela il s'étoit joint un « mécontentement universel de toute ma conduite, comme si « j'avois gâté les affaires de M. le prince de Conti au lieu de a les avancer :
« 1^ Par des offres trop fortes, au-delà de mes pouvoirs ;
(t) Lellre de Tabbô do Polignac au Roi, 4 Tcvrier 1697.
(2) Publiée par M. E. Sue. Ilisl, de la Marine française, t. V, p. 400.
104 NÉGOCIATIONS DE L'ABBB DE POLIGNAG.
« 2® Par une distribution prématurée des sommes que a j'avois entre les mains, et quelques-uns même ajoutant, en « troisième lieu, par la manière dont je m'étois brouillé avec la « Reine. Là-dessus, on fronde ma lettre à Tévéque de Cujavie; « on tourne contre moi Tenlèvement du portrait ; l'offre que <( j'ai faite au commissaire de la République pour éloigner les « Tartares, laquelle m'a fait grand honneur et ne m'a rien « coûté. On publie que je n'agis point par zèle pour le service « du Roi, mais par esprit de vengeance ; que je m'amuse à « des occupations frivoles ; que j'emploie à des dépenses pour a mon plaisir l'argent qui m*est confié pour les affaires ; et a qu'en un mot, je suis un homme incapable de conduire « une entreprise de la force et de l'importance de celle-ci , « mais un écolier qui mérite le fouet.
« Tandis qu'on me traite ainsi à Paris, et que la critique est « ouverte contre tout ce que je fais, M. le prince de Conti est « roi de Pologne dans le cœur de tous les Polonais, si l'on en « excepte seulement un petit nombre de gens attachés encore « à la Reine ou au prince Jacques, dont les noms vous sont « connus.
« Voilà, Monsieur, la véritable cause du déchaînement que « cette princesse tâche d'exciter contre moi.
« Tant qu'elle ne l'a fait qu'en Pologne, je ne m'en suis « point troublé; au contraire, je m'en suis fait honneur, non « seulement parce que ma conduite respectueuse et modeste à « son égard, ma fidélité à servir le Roi préférablement à toutes « choses, et le bon effet que cette injuste colère produiroit