‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 58 sur 115 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITIIE XVII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITIIE XVII

4( La République est suppliée de considérer si, sans compter « le mérite de H. le prince de Conti, aucun de ses concurrents a offre, d'une part, autant d'avantages, et, de l'autre, tant de « sûretés, et si le Roi très chrétien n'avoit pas sujet d'espé- « rer qu'on s'en contenteroit.

^ Cependant, on demande pourquoi le banquier de Paris a « spécifié dans ses lettres de change le terme de trois mois « après l'élection.

« Comme on veut procéder avec candeur et ne rien cacher de ^ la vérité à la République, on ne fera pas difficulté d'avouer « qu'on a pris le terme pour faire passer les fonds à Dantzick, « et qu'on a voulu se dispenser de le faire avant l'élection, « pour ne point bazarder, dans l'incertitude du succès, en a premier lieu 400,000 francs pour le change et pour la voi- « ture des espèces, et, en second lieu, pour ne point risquer « le fonds même du dit million d'écus, qui seroit exposé à la « discrétion et à la vengeance d'un prince ennemi, si un autre « que M. le prince de Conti étoit élu Roi. Les craintes de Sa « Majesté très chrétienne sur ce sujet ne sont que trop justice fiées puisqu'il est de notoriété publique qu'on n'a épargné « ni promesses ni menaces auprès du banquier de Dantzick, « pour l'empêcher d'avancer de l'argent sur les lettres de « change qu'il avoit reçues, et d'accepter celles qui pourroient « arriver de nouveau ; néanmoins, pour ôter tout prétexte aux « ennemis de la France de rendre ses promesses suspectes, « on a dépéché à S. M. T. C, depuis un mois, pour lui mar- « quer la nécessité d'envoyer des lettres de change payables

140 NÉGOCIATIONS DE L'aEBÉ DE POLiCNAC

« pour le temps de l'élection ; mais, en même temps , comme « cet argent est destiné pour la République, on espère :

« 1 * Qu'elle voudra bien ordonner aux banquiers de Dantzick « de ne point faire difficulté de recevoir et d'accepter les dites « lettres de change ;

« i? Qu'elle prendra cet argent sous sauvegarde, pour être « rendu à S. M. T. C, en cas que H. le prince de Conti ne fût « point élu ;

« 5^ Qu'elle engagera le roi futur, si c'est un autre que lui, « à en procurer le renvoi ;

« 3^ Qu'elle donnera des sauf-conduits et des gardes aux

K banquiers, pour venir sans crainte en pleine Diète

« c'est de quoi la République est suppliée par les soussignés. »

Les inquiétudes de l'abbé de Polignac commencèrent à se calmer lorsqu'il apprit que Holwell, banquier de Dantzick, avait ordre de lui payer 600,000 livres, et s'engageait à fournir trois millions après l'élection du prince de Conti. Ces ressources lui permirent de contrebalancer l'influence du prince Jacques, qui, depuis l'ouverture de la Diète d'élection, n'avait pas dépensé moins de 100,000 écus, et avait fait entrer dans son parti plusieurs palatinats sur l'appui desquels comptaient les partisans du prince de Conti.

L'élection du maréchal n'était pas encore terminée; on aurait dit qu'il s'agissait de celle d'un roi , tant était grande l'importance qu'on y attachait de part et d'autre. Enfin, le 5 juin, Bielinski, grand chambellan de la couronne, candidat du parti français, fut nommé maréchal de la Diète, avec douze

Page 1