‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 57 sur 115 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XVll · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XVll

Les ambassadeurs de l'Empereur et de TÉlecteur de Brandebourg étaient arrivés à Varsovie, et leur présence rendait encore plus difficile la tâche des agents français.

L'abbé de Châteauneuf instruisit le roi de France des bruits que l'on faisait courir contre le candidat français (1). On disait, écrivait l'abbé de Châteauneuf, « que, si M. le prince « de Conti étoit une fois nommé, il pourroit impunément a manquer à sa parole, sachant bien les difficultés qu'il y « a à procéder à une nouvelle élection ; que les lettres de 4( change, telles que nous les avons, ne sont que du papier, 4( puisque le banquier ne s'engage à payer que lorsqu'il aura « touché les remises, fondé sur l'avis de son correspondant « qui lui enjoint, à la vérité, d'en promettre le payement, « mais qui le dispense de les accepter; que les ambassade deurs de Charles IX se mirent en otage, comme nous proa posons de le faire, mais qu'ils se sauvèrent bientôt après « contre la foi publique, moyennant une somme donnée au « gouverneur qui les gardoit. »

Dans cette conjoncture, les abbés de Polignac et de Châteauneuf, ne pouvant plus obtenir de délai, firent paraître une note adressée à la république de Pologne.

Il fallait justifier la France, qu'on accusait d'avoir voulu tromper la Pologne par des espérances mensongères :

« A LA SÉRENISSIME RÉPUBLIQUE :

« Les ennemis de la France, ayant vu le progrès que la (1) Lettre de l'abbé de Châteauneuf au Roi, 3i mai 1697.

138 NÉGOCIATIONS DE L'aBBÉ DE POLIGNAG.

« réputation de M. le prince de Conti faisoit tous les jours « dans Tesprit de la noblesse, et ne pouvant disconvenir « d*un mérite aussi connu que le sien, ont tâché du moins « de lui nuire en publiant qu'il n'y avoit nulle sincérité dans « les avantages qu'il offroit à la République. C'est pourquoi « on se croit obligé de lui déclarer :

n i^ Que le Roi très chrétien a envoyé à son ambassadeur, « il y a six semaines, des lettres de change pour un million « d'écus, payables trois mois après la nouvelle de l'élection, a laissant à la discrétion de la République de prescrire à a M. le prince de Conti telles autres sommes qu'elle jugeroit a à propos conformément aux malheurs des temps et à la con- « joncture présente de la guerre ;

« 2^ Qu'outre sa parole royale et la sûreté des dites lettres « de change dont le banquier répondroit, ses ministres ont « ordre de déposer leur caractère et de se constituer en « otages, dans quelque place de sûreté qu'il plairoit à la a République de leur marquer, jusqu'au payement du dit « million d'écus ;

« 3^ Qu'ils jureroient, s'il étoit nécessaire, au nom de M. le ' « prince de Conti, qu'il n'entreroit point dans le royaume que « la dite somme ne fût acquittée, insérant, pour cela , dans le « Pacta Conventa, la cause de nullité d'élection , afin que la « République fût en droit de ne point le recevoir s'il manquoit « à une promesse de cette nature dont l'accomplissement doit « suivre de si près l'élection et précéder son entrée dans le « royaume.

Page 1