‹ Négociations de la̓bbé de Polignac en Pologne concernant le̓́lection du prince de Conti comme roi de PologneChapitre 61 sur 115 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITHE XVIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITHE XVIII

moins rapproché, vtnt prendre sa place et fournir les sommes d'argent qu'il ne pouvait ni ne voulait distribuer ; d'ailleurs, il n'ignorait pas ce qu'aux dernières élections la candidature de son père, Philippe-Guillaume, avait coûté à sa maison, et celte leçon semblait devoir lui profiter.

Léopold, duc de Lorraine , n'avait pas beaucoup plus d'espérances à concevoir que le prince de Neubourg. Sa mère, veuve de Michel Koribut, était peu satisfaite des Polonais, qui lui avaient refusé son douaire, parce qu'après la mort de son époux elle avait été s'établir à l'étranger. La famille des Patz, qui, à la dernière élection, avait soutenu les intérêts de cette princesse, en voulant faire à Sobieski une loi de répudier Marie-Casimire d'Arquien pour épouser la veuve de son prédécesseur, Michel, n'était plus en crédit, et ceux qui restaient de cette maison étaient jeunes et sans emploi. Il n'était pas supposable que la couronne de Pologne fût destinée à Léopold, après avoir été refusée à un aussi grand prince que son père, le duc Charles, dont la candidature au trône de Pologne avait échoué deux fois de suite, après l'abdication de Jean-Casimir (1647] et après la mort de Michel Koribut.

Ces deux candidats étaient au moins aussi désagréables à Marie-Casimire et au prince Jacques Sobieski qu'au parti français. La veuve de Sobieski et son fils firent exprimer à Vienne leur mécontentement de l'appui qu'ils trouvaient auprès de l'Empereur, en lui demandant si c'était là la récompense destinée à la famille d'un prince qui avait sauvé l'Empire. L'Empereur répondit que Sobieski avait empêché les Polonais

de payer le douaire de la veuve du roi Michel; que, quant à lui, il ne se ferait pas faute de le répéter sur les biens de ceux qui avaient été les auteurs de cette injustice, et que le duché d'OIaw, que le prince Jacques possédait en Silésie, servirait en partie à Ten dédommager. Ce dissentiment survenu entre TEmpereur et la Reine eut pour résultat immédiat de fortifier le parti français.

Le prince Louis de Bade était, pour le prince de Conti, un concurrent plus digne et plus sérieux. Il passait, avec juste raison, pour un des meilleurs capitaines de l'époque; c'était lui qui avait conservé la Transylvanie à l'Empereur à une époque et dans des conjonctures telles que l'Allemagne eût cru en être quitte à bon marché au seul prix du sacrifice de cette province. Il avait battu les Turcs à la bataille de Salankemen (1691) où le grand visir, Mustapha Koproli, fut tué ; il avait en outre commandé , sur le Rhin , les troupes confédérées de l'Allemagne. L'Électeur de Brandebourg promettait de faire toutes les dépenses nécessaires pour l'élection du prince de Bade, et celui-ci, pour l'en dédommager, devait, étant roi de Pologne, lui céder, en toute souveraineté, la Prusse royale, et l'exempter de la foi et de Thommage qu'il était obligé de faire à la Pologne pour la Prusse ducale. L'Électeur avait pu être de bonne foi lorsqu'il avait pris cet engagement vis-à-vis du prince de Bade, mais il n'était pas assez riche pour le tenir.

Parmi les candidatures moins sérieuses, était celle de don Livio Odescalchi , prince romain et neveu du pape Innocent XI, auquel les promesses n'avaient rien coûté. Il s'était fait

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fort de payer l'arriéré de solde de Tarraée et de faire rentrer la Pologne en possession de la ville d*Elbing, engagée à T Électeur de Brandebourg. Il promettait, en outre, de reprendre Kaminiee, de ne pas se marier, ou du moins, de laisser la nation polonaise lui choisir une épouse, de fonder à Rome un collège pour vingt-cinq Polonais et vingt-cinq Lithuaniens, et de laisser tous ses biens à la Pologne, indépendamment de la donation entre vifs qu*il lui ferait de 200,000 florins de revenu. Don Livio Odescalchi avait envoyé en Pologne Tabbé de Monte Catini , avocat consistorial, pour appuyer sa candidature. « Les Polonois, qui aiment la raillerie et qui « n'épargnent pas même ceux qui leur donnent de l'argent, « se demandoient les un's aux autres si Odescalchi avoit un « procès en Pologne, et si cet avocat n*étoit pas venu pour le « solliciter. Ils n'en demeurèrent pas là; ils servirent cet « italien à la mode de son pays, et, par des pasquinades, « ils luy firent passer Tenvie d*augmenter le nombre des « compétiteurs ; ils publièrent par écrit que Davia, nonce de « Sa Sainteté, se déclaroit pour Odescalchi ; qu'il offroit trente « millions à la République et que l'Italie se dépouilloit pour 4( lui de ce qu'elle avoit de plus considérable. On faisoit « courir une liste et un tarif de tous ces précieux bijoux, entre « lesquels étoient trois originaux de Raphaël, de sa meil- « leure manière ; six de Paul Véronèse ; quatre de Jules « Romain; sept du Titien; treize d'Annibal Carrache, et plu- « sieurs de quelques autres grands maîtres dont les Polo- « nois entendoient peut-être parler pour la première fois.

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« deux Statues antiques de Rémus et de Romulus n'y étoient « pas évaluées à peu de chose; il y avoit une médaille d*Othoii « en bronze destinée à payer deux quartiers à Tannée. Enfin, 4( on étoit résolu de livrer aux Polonois, le jour du couronne- « ment, les statues de Pasquin et de Marforio (1). »

Que le nonce du Pape à Varsovie fût chargé de soutenir Livio Odelcaschi, c'est ce que Ton peut affirmer en présence des efforts qu'il fit pour donner le change à l'abbé de Polignac au sujet de la candidature du prince de Bade et de l'Électeur de Brandebourg, que le Czar visitait souvent à Kœnisberg. L'abbé de Polignac, dans une lettre à Louis XIY, s'exprimait ainsi à cet égard :

« Le nonce du Pape m'a voulu persuader que le prince de « Bade ne serviroit que de prétexte à l'Électeur de Brande- « bourg et que l'argent qui repose ici chez le baron d*Overm beck, étoit destiné pour le margrave Albert, son frère, que a l'on vouloit proposer, sur la fin de la Diète, à la République « de Pologne, avec l'offre de la Prusse ducale et du change- « ment de religion ; mais je ne vois à cela aucune apparence, « et, depuis que le Nonce m'en a parlé, le bruit s'en est ré- « pandu sans que personne l'ait voulu croire. »

Des tentatives de transactions furent faites entre ces différents partis ; on essaya d'abord de les réunir en foveur du prince Jacques, en renonçant à la Reine, à l'Électeur de Bavière et au prince Alexandre. On offrit aussi d'abandonner

(I) Scission de Pologne^ p. 95 et 96.

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