DEUXIÈME PARTIE, CHAWTRE XVUI
le prince Jacques, à condition que le prince de Conti se désisrait de sa candidature ; mais on n'arriva à aucun résultat, et chaque parti conserva ses prétentions.
Le parti français, assurait Tabbé de Polignac, pouvait compter sur dix mille hommes de troupes, qui, à un moment donné, seraient d*une grande utilité , les violences commises à la Diète pouvant être considérées comme le prélude d*une guerre sanglante; du reste, ce parti ne pouvait manquer de devenir populaire en Pologne, lorsquon y aurait appris qu'à la de mande de l'ambassadeur de France à Constantinople , les Turcs avaient promis de s'abstenir de courses en Pologne et qu'on aurait entendu l'ambassadeur turc lui-même dire, en pleine Diète, que son maître n'avait agi ainsi qu'à la considération de Louis IIY. Cependant, le parti français fut sur le point de faire une perte bien sensible. Les Sapieha voulurent s'en séparer, non pas pour se rapprocher de celui de la famille Sobieski, dont ils étaient toujours les ennemis déclarés, mais bien pour se joindre au parti allemand. C'était vers le prince de Neubourg qu'ils penchaient. Le palatin de Wilna, chef de cette puissante maison des Sapieha, craignait que l'élection du prince de Conti ne donnât lieu à une guerre civile, dans laquelle le Brandebourg, l'Empire et la Russie, qui avaient fait alliance avec la reine de Pologne, ne manqueraient pas de prendre fait et cause pour le prince Jacques. C'était dans un conseil tenu chez le cardinal Radziouski que les Sapieha avaient fait connaître leur nouveau plan de conduite; l'abbé de Châteauneuf avait alors proposé un parti
i\S SÉdOCrATIOXS DE L'aBBÉ DK POirCNAC.
extrême : il consistait à déclarer au palatin de Wilna que s*iT abandonnait le prince de Conti, Tambassadeur de France, conformément à ses instructions, se joindrait à la famille de Sobieski et Taiderait de son argent ; grâce à cette mesure et à la haine que les Polonais ont pour les Allemands, un des princes Sobieski remportcra^tt infailliblement sur le prince de Bade, le seul candidat à craindre. Parmi les candidats allemands, en effet, le prince de Neubourg était celui qui convenait le moins aux Polonais, par la crainte qu'ils avaient qu*il n'épousât la Reine. Les ennemis du parti français ne se servaient de cette candidature que pour combattre celle du prince de Conti, comme ils s'étaient servis du parti français pour détruire rinfluence des Sobieski : c'était l'élection du prince de Bade que désirait le parti allemand, mais il tenait cette candidature cachée pour qu'elle ne fût pas attaquée trop tôt ; telle était Auf moins la manière de voir de l'abbé de Châteauneuf (1).
L'abbé de Polignac n'avait pas fait aux Sapieha une réponse aussi catégorique que l'abbé de Châteauneuf, dans la crainte d'écarter à jamais du parti français cette puissante maison. Dans la conférence tenue chez le cardinal Radziouski, il se borna à des remontrances, combattit l'élection de tout prince allemand, et s'étendit sur les avantages que présentait celle du prince de Conti. Les Sapieha ne redoutaient rien tant que la guerre, et, comme, à leurs yeux, la nomination du prince de Conti la rendait inévitable, l'abbé de Polignac s'efforça de leur
(1) LcUro de Tabbé de Ctiàteauneur à Louis XIV, U Juin 1697.
OECXIÈMK PARTIE, CHAPITRE XVIII. \Vd
ïûonlrcr que leurs voisins n'étaient pas à craindre: rÉIccîeur de Brandebourg avait besoin de son armée pour la sûreté de ses États et surtout pour garder la Prusse ducale ; le Czar aimait à voyager, il était à trois cents lieues de son pays et ses troupes étaient occupées ; celles de l'empereur d'Allemagne, combattant à la fois en Hongrie et sur le Rhin, ne pouvaient é.tre dirigées contre la Pologne; et, d'ailleurs, la Pologne n'avait-elle pas su résister à l'Allemagne, lorsque le parti allemand fut assez puissant pour élever sur le trône de Pologne deux princes à lui (l'empereur Maximilien, après le départ de Henri III, et Tarchiduc Maximilien, après la mort d'£iienne]?
Les Sapieha parurent ébranlés par les raisonnements de l'abbé de Polignac. L'argent étant indispensable en présence d'une éventualité de guerre, l'abbé leur dit que celui qu'on avait promis était sur la route de Dantzick ; « c'étoit tout perdre « que de leur avouer qu'il n'étoit qu'à Dantzick; c'est pour la « Pologne qu'a été fait ce proverbe : Qui terme a ne doit « rien. » Ils promirent enfin d'écrire au roi de France pour le prier de hâter le départ du prince de Conti. C'était les engager, autant que faire se pouvait, à soutenir le candidat français.
Quand Louis XIY reçut la dépêche par laquelle l'ouverture de la Diète et les engagements pris par les abbés de Polignac et de Châteauneuf lui étaient mandés, étonné d'apprendre que le parti du prince Jacques, qu'on lui disait naguère détruit, se relevait avec de nouvelles forces, au moment même oîi l'on allait procéder à réleciion du roi, il blâma formellement la
i^O KÉCOCIATIONS DE L'ABBÉ DE POLIGNAC
promesse qu'avaient faite ses ambassadeurs, de se constituer dtages, cette promesse ne convenant point à la dignité du caractère dont ils étaient revêtus (1).
(i) Lettre du Roi à Tabbéde Polignac, 15 Juin 4697.