DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XIX
ments nécessaires pour établir sa candidature. Le castellan de Culm écrivit aussitôt au chevalier Fleming, colonel d'un régiment dans les troupes de Saxe et cousin-germain de sa femme; il offrit ses services à l'Électeur, et sur sa réponse il partit secrètement au mois de février 1697. Il se rendit à Dresde ou il fut reçu « avec toutes les démonstrations d'amitié, d'estime « et de confiance que les princes témoignent à ceux qui leur « seront utiles. » Il représenta à l'Électeur l'état ob se trouvait la Pologne ; il dit que le prince Jacques était perdu ; que les princes ses frères n'avaient aucune prétention à la couronne ; que la Reine se soutenait à peine avec le peu d'amis qui, par honneur, ne l'avaient pas abandonnée ; que sa complaisance pour l'ambassadeur de France l'avait dépouillée de deux millions qui étaient l'unique ressource pour rétablir les affaires de son fils aîné ; que les princes Charles de Neubourg, Léopold de Lorraine et Louis de Bade n'avaient point de parti formé ; que celui du prince de Conti était puissant, à la vérité, mais qu'il ne serait pas impossible de le détruire et de mettre à sa place Son Altesse Électorale, si elle voulait suivre, pour ellemême, le système adopté par l'ambassadeur de France pour le prince de Conti ; que ce ministre avait mis toute la Pologne dans les intérêts de son candidat par la promesse solennelle qu'il avait faite à la République, d'employer trois millions à payer les armées.
Przependowski ajouta que l'abbé de Polignac ne s'acquitterait jamais de ses promesses ; qu'il n'avait reçu que 500,000 ou 600,000 livres sur Dantzick , qu'il avait été obligé d'en
laisser protester les letu*es de change, et qae la R«ine était assez sûre des banquiers de cette ville pour espérer que, dans la suite, Tambassadeur de France ne serait pas mieux servi ; que Ton ne remarquait pas que la Cour de France eût pris cette affaire avec son empressement ordinaire ; que , quand bien même elle la suivrait avec zèle, la nécessité Tobligerait, pour n*étre pas sujette aux mauvaises intentions des banquiers , d'envoyer son argent en espèces ; qu'elle en avait besoin ailleurs ; et que la guerre que cette couronne avait avec les plus formidables puissances de l'Europe, l'empêcherait d'exposer trois millions et la personne du prince de Contt sur des vaisseaux, qui, outre le danger de naufrage, courraient encore risque d'être pris par les flottes d'Angleterre H de Hollande, flottes supérieures en forces, qui gardaient si étroitement les passages, que les frégates les plus légères ne pouvaient leur échapper. Enfin, il conclut que c'était à Son Altesse Électorale de profiter de la sincérité de ses avis et de rechercher les sommes nécessaires pour réussir dans une entreprise glorieuse et sans difficulté ; qu'à son égard, il ne s'était détaché des intérêts de la France que parce qu'il avait assisté à différents conseils et avait connu, mieux qu'un autre, l'impossibilité d'exécuter les desseins sans argent, et que l'ambassadeur de cette couronne s'attendait inutilement à de nouvelles lettres de change ; qu'il avait questionné les banquiers et que, sur leur réponse, il avait bien connu que l'abbé de Polignac était dans une erreur dont il n'avait pas jugé à propos de le tirer. Le castellan de Culm avait réservé, pour la dernière
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proposition, celle qu'il avait cru devoir être la moins agréable à Frédéric-Auguste; elle consistait à déterminer rÉlecteurà se faire catholique. Il eut soin d'appuyer sa proposition sur un précédent historique : en 1530, Tempereur Charles-Quint ayant menacé Jean-Frédéric, électeur de Saxe, de le dépouiller de sa qualité d'électeur, si, à une messe solennelle célébrée à Augsbourg par les catholiques, il ne faisait pas sa fonction de connétable de l'Empire, Jean-Frédéric avait obtenu des théologiens protestants la permission de remplir les fonctions attachées à sa dignité pour le tirer du danger qu'il courait de la perdre. Przependowski pensait donc que les théologiens saxons ne seraient pas moins indulgents, pour Frédéric- Auguste, que Luther et ses disciples l'avaient été dans le siècle précédent, le cas actuel étant bien plus important, puisqu'il s'agissait d'une couronne.
Przependowski fut chargé de préparer, en Pologne, les esprits à accepter ses projets, pendant qu'en Saxe on n'omettrait rien de ce qui serait nécessaire pour réussir. On lui promit d'envoyer, avant la Diète, le chevalier Fleming pour exécuter ses ordres ; il reçut en partant quelques présents, et on le combla d'honneurs et de magnifiques promesses.
Frédéric de Saxe suivit son projet avec constance et ténacité; il eut des conférences avec l'Électeur de Brandebourg et fil avancer quelques troupes sur Torgau près de la Silésie, sous prétexte d'entrer, au nom de l'Empereur, dans l'es affaires de la succession de Mecklembourg, succession qui était disputée entre les princes de Schwerin et de Gustrow; il vendit au duc
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de Hanovre, pour 500,000 écus, ses droits sur le duché de Saxe-Lauenbourg, et demanda à l'Empereur le payement des subsides qui lui étaient dus depuis trois ans; il vendit les revenus de son domaine de Hisnie au clergé luthérien de Saxe et leva des contributions extraordinaires dans ses Etats ; il disait en avoir besoin pour la campagne de Hongrie.
Ce fut alors que le baron Rose partit pour Rome; il commença par avoir un entretien secret avec le cardinal de Janson, chargé d'affaires de France près le Saint-Siège. Sans lui parler d'abord des projets de PÉlecteur de Saxe au sujet de la couronne de Pologne, il commença par l'assurer que Louis XIY trouverait, en cas de paix, l'Électeur de Saxe plus disposé qu'aucun autre prince d'Allemagne, à entrer dans les intérêts du grand Roi par un traité particulier, et eut grand soin, en outre, d'excuser l'alliance de l'Électeur avec l'Empereur ; puis montrant au cardinal deux blancs-seings de Frédéric-Auguste, il lui confia, sous le plus grand secret, que l'un de ces blancsseings devait servir à prendre des engagements avec Louis XIV, s'il consentait à appuyer son élection au trône de Pologne ; Tautre devait être donné à Innocent XII, auquel l'Électeur de Saxe devait promettre, dès qu'il serait roi, d'embrasser la religion catholique.
L'envoyé de Saxe finit par demander au cardinal de Janson quelles seraient les dispositions de Louis XIV à l'égard de Frédéric-Auguste, s'il se mettait au nombre des concurrents au trône de Pologne. Le cardinal de Janson se contenta de répondre qu'il ignorait les intentions de Louis XIV, auquel il
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allait rendre compte de cette conversation et demander des instructions; ce serait seulement lorsqu'il les aurait reçues qu'il pourrait faire au baron Rose une réponse catégorique. Le baron Rose fit observer que, n'ayant pas le temps d'attendre à Rome la réponse du Roi, Louis XIV pourrait adresser ses ordres à ce sujet à l'abbé de Polignac en Pologne ; il partit, en effet, de Rome peu de jours après, laissant au cardinal de Janson la conviction qu'il avait fait la même confidence à quelques-uns des ministres du Pape. Il était naturel de penser que la candidature de l'Électeur n'était pas désagréable à la cour de Rome; elle pouvait espérer « que la Saxe, qui, au « siècle passé, avoit été le berceau du luthéranisme, pourroit, « dans celui-ci, lui servir de tombeau (1). »
Louis XIY répondit au cardinal de Janson (14 mars 4697) que les propositions de l'Électeur de Saxe étaient peu solides; il ne pouvait d'ailleurs appuyer un candidat engagé de toutes manières à l'Empereur.
Le baron Rose, rendant compte de sa négociation à l'Électeur de Saxe, lui avait rapporté pour réponse que le cardinal de Janson estimait que les choses étaient trop avancées en Pologne pour que Louis XIY y pût appuyer les prétentions de l'Électeur, à moins que, dans la suite, il n'y eût lieu de le proposer comme tiers parti ; alors seulement le roi de France concourrait volontiers à cette élection, comme à toute affaire qui pourrait être avantageuse à l'Électeur et à la maison de
(1) Dépêche du cardinal de Janson, 49 février 4697.
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Saxe. L'ÉIecleur, content de ce début, envoya le baron Rose en Danemarck auprès de M. de Bonrepos pour lui faire les mêmes ouvertures qu'au cardinal de Janson ; mais H. de Bonrepos refusa de se charger de cette négociation , à cause de la grande distance qui séparait Paris de Copenhague et qui ne permettait pas de recevoir assez promptement les dépêches du Roi. Ce fut alors que le baron Rose passa en Hollande et alla trouver H. de Caillière, plénipotentiaire français à Ryswick. Il lui fit, de la part de TÉlecteur de Saxe, des propositions, avec prière de les faire parvenir au roi de France.
Par ces propositions, l'Électeur de Saxe s'engageait à retirer les troupes saxonnes qu'il avait en Hongrie, au service de l'Empereur; à entretenir, dans ses États, une armée de vingt mille hommes, à condition que Louis XIV en payerait moitié; armée qui serait toujours à la disposition du roi de France, dans le cas où la paix ne serait pas faite l'année suivante; à attaquer l'Empereur jusqu'en Bohême; enfin, à conclure avec Louis XIY une alliance offensive et défensive, heureux qu'il serait que Strasbourg restât à la France. Le baron Rose partit ensuite de La Haye pour aller à Hambourg attendre la réponse que le roi de France ferait à M. de Caillière.
Louis XIY répondit à M. de Caillière qu'il voyait avec plaisir qu'il se trouvait encore en Allemagne des princes désireux de se soustraire à l'oppression ; mais que, malheureusement, les propositions de l'Électeur étaient trop tardives. Louis XIV ne pouvait favoriser les prétentions de l'Électeur de Saxe au trône