DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXlll
négocier le mariage de la veuve de Sobieski avec Auguste de Saxe.
Cependant, Tabbé de Châteauneuf ne dissimulait pas ses craintes à Tabbé de Polignac; à la date du i août, il lui écrivait:
« Nos amis sont en fureur, vous en savez les premières « raisons ; en voici de nouvelles :
n V Parce que le roi de Pologne, étant encore à Paris, le 4( 15 juillet, n'y vouloit pas recevoir le titre de Majesté;
. « 2® Qu'on y attendoit une ambassade solennelle pour le « faire partir, et que la scission fût apaisée ;
« 3^ Que le trente-huitième jour après Télection nous ne « soyons pas mieux garnis ni mieux informés que le lende- « main.
« Là-dessus, résolution prise, entre eux, de tout quitter « sans donner du temps au-delà de ce qu'ils avoient déjà « donné, et, par vengeance, vous allez les voir devenir nos « plus cruels ennemis (1). »
L'abbé de Polignac, de son côté, écrivait à Louis XIY dans le même sens.
Le mécontentement des partisans du prince de Conti était grand; leur position devenait de plus en plus embarrassante; ils n'osaient se rattacher au parti de l'Électeur de Saxe « qu'ils avoient traité de haut en bas, » et, en même temps, ne pouvaient continuer de s'attacher au parti du prince de
(I) Lettre de Pabbé de Ghftteauneuf à Tabbé de Polignac, 4 août.
Conti, qu'ils accusaieat d'agir avec indifférence. Ce que Tarnbassadeur de France mandait au Roi, de Frédéric-Auguste, était peu rassurant :
« L'Électeur de Saxe, » disait-il, a est à Cracovie depuis le « premier de ce mois, oii il agit en roi paisible ; il a 1,200 « [sic] hommes avec lui; le reste de ses troupes, augmenté « jusqu'à 10,000 hommes, est demeuré à Ternovie, en Silésie, « sur la frontière de Pologne, pour le rejoindre au premier « commandement. Le Dewoynick lui ayant dit que la noblesse « pourroit s'offenser des forces étrangères qu'il introduiroit « dans le royaume, le Prince lui répondit qu'il avoit aban- « donné pour la couronne sa religion, sa femme et ses États, « mais qu'il n'abandonneroit pas son armée pour être peut- « être à la discrétion du parti de la France.
a II tratne partout avec lui sa maîtresse, nièce de Tévéque « de Passau, pour preuve de la sincérité de sa conversion.
a Ses gardes font de grands désordres dans les terres des a gentilshommes; ils battent les curés, pillent les églises et « les font servir d'écuries.
« D'un autre côté, nous apprenons que l'Électeur et les a États de Saxe sont au désespoir ; que les ministres luthé- « riens prêchent publiquement contre lui, et que le duc de M Saxe-Gotha songe très-sérieusement à profiler de l'occasion a pour faire valoir ses anciens droits (1). »
Les partisans de Frédéric-Auguste avaient fixé au 1 5 sep-
(I) Lettre de fabbé de Polignac au Roi, 6 août.