DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XXV
d'indiquer un Poparzie quand le nôtre serait fini; et Tarmée, que nous pouvons gagner à l'heure qu'il est par un prompt payement, pourrait se déclarer pour l'Électeur de Saxe, au lieu qu'en tournant toutes les délibérations du côté de la liberté seulement, en faisant une ligue ouverte contre l'usurpateur et son parti sans nommer le nouveau roi» l'armée ne peut s'empêcher de demeurer avec nous, parce qu'elle peut bien balancer entre M. le prince de Conti et l'Électeur de Saxe, surtout si le dernier paye et que le premier ne paye pas ; mais elle ne peut balancer entre Saxe et la liberté (1).
Malgré ses efforts, l'abbé de Polignac ne put obtenir qu'on fit, pour le prince de Conti, une seconde nomination. En cédant au vœu de l'ambassadeur français, la noblesse aurait craint de montrer que son désir d'avoir ce prince pour roi l'emportait sur son amour pour la liberté. Du reste, elle laissait entrevoir son intention de se rallier à l'Électeur de Saxe, si le prince de Conti n'arrivait pas. Elle redoutait cette double nomination qui, de la part de l'Électeur, pouvait être le signal des hostilités. En résumé, elle ne voulait pas se compromettre. Il fut donc décidé qu'on tenterait le Rokotz. Humiecki en devait être le maréchal, et le palatin de Kiovie ou le grand-trésorier de la couronne, généralissime, après qu'on en aurait fait l'offre au palatin de Wilna.
Le 25 août, les sénateurs et la noblesse arrivèrent à Varsovie. La première chose qu'ils demandèrent fut de l'argent,
(\) LeUre de Tabbé de Polignac au Roi, 30 août
210 MÉGOGUTIONS DB L'ABBÈ DE POLIGNAC.
et quand le Roi devait arriver. — «Incessamment», répondait toujours Tabbé de Polignac. Celui-ci, qui n*avait pas vu venir sans crainte le moment de la réunion de la Diète, commençait à se rassurer; il écrivait même à Louis XIY :
« Rien ne m*avoit paru si dangereux que le concours de « tant de noblesse attirée par Tespérance d'avoir bientôt son « roi, d'en prendre au moins de nouvelles [sic), et j'avois lieu « de craindre qu'après s'être assemblée sur ce fondement, m elle ne prtt quelque résolution brusque lorsqu'elle sauroit « l'incertitude et la pauvreté dans laquelle nous nous trouvons; a cependant, il en est arrivé. Dieu merci, tout autrement, et « je ne crois pas que l'Électeur de Saxe s'en relève. »
Le 26 au matin, une messe du Saint-Esprit fut célébrée pour l'ouverture de la diète et, après un sermon du P. Rankemiez sur la nécessité de soutenir un bon choix, tous les électeurs se rendirent auKolo dans le même ordre qu'à la Diète d'élection. Le Grand-Chambellan y faisait l'office de maréchal. Le serment qu'il avait prêté en cette qualité ne lui permettait pas de parler en faveur d'un candidat plutôt que d'un autre ; il se borna à déclarer que le seul but de la Diète était de prévenir la guerre civile. « Ce résultat ne peut être obtenu, » s'écria le palatin de Calish, « que par une ligue fortement « cimentée contre ceux qui ont appelé l'Électeur de Saxe en « Pologne.» Un gentilhomme de Mazovie voulut alors prendre la défense de ce prince; mais à peine eut-il prononcé quelques paroles, que toute la noblesse cria : au Saxon\ Il fut presque mis en pièces à coups de sabre, et un de ceux qui voulaient
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le protéger ne trouva de refuge que sous la robe du cardinal Radziouski. « Il y a encore des tratlresl » dit le castellan de Calish. À ce cri, le fils du palatin de Plosko et trois ou quatre autres, quittèrent la diète ; il fut alors décidé qu*aucune pro* testation ne serait reçue contre la validité de rassemblée» puisque la convocation avait été générale et faite selon toutes les règles par le Primat, qui seul en avait le droit.
Il y avait à cette première séance i,000 gentilshommes ; plusieurs demandèrent qu'on nommât une seconde fois le prince de Conti. N'est-il pas déjà nommé? leur répondit-on ; chassons seulement le Saxon. La séance fut remise au lendemain, sans qu'on prit d'autre décision.
« C'étoit là ce que je craignois, » écrivait l'abbé de Polîgnac à Louis XIY, « car je n'en espérois rien de bon et je « voyois nos gens déterminés à ne pas aller plus loin, à moins « que la poste n'apportât des nouvelles du roi de Pologne qui « pussent nous consoler. Nous sûmes, au contraire, que ce « prince était encore, le 9 de ce mois, près de Votre Majesté, « bien qu'un courrier de Varsovie fût arrivé à Paris le 4. »
Il est de fait que le manque d'argent à Dantzick rendait bien difficile la position de l'abbé de Polignac à Varsovie. Il n'en continua pas moins ses démarches et réussit à faire avorter le projet qu'avait eu Sapieha, grand-trésorier de Lithuanic, d'abandonner le prince de Conti pour le prince Jacques Sobieski. La séance du lendemain fut plus nombreuse que celle de la veille. Le cardinal Radziouski, dans un discours fort habile, déclara qu'il ne s'agissait pas de savoir lequel des
deux élus était le véritable roi ; mais bien de se liguer pour la liberté et la religion ; qu'il fallait porter remède aux maux de la République, et que Tun des concurrents la serrait de trop près pour la secourir. L'empressement de l'Électeur de Saxe, dit-il en terminant, est d'un mauvais augure pour son règne.
Le Rokotz fut résolu.
Sapieha, palatin de Wilna et grand-général de Lithuanie, refusa la charge de grand-généralissime de la République. Pour expliquer ce refus, il allégua les motifs qu'il avait déjà mis en avant lorsqu'il s'était agi de signer le Poparzie ; il prétendit que les craintes qu'il avait alors n'avaient été que trop justifiées par les événements. Brouillé avec l'Électeur de Saxe, le prince Jacques avait voulu se faire nommer généralissime, et les Sapieha l'auraient appuyé ; mais l'abbé de Polipac empêcha cette nomination. Le parti saxon ne s'opposa pas tout d'abord au Rokotz ; l'évéque de Cujavie avait en vain lancé des Universaux pour convoquer ses partisans. Peu de Polonais avaient osé se présenter à Varsovie, bien que le castellan de Culm y fût venu chargé de bonnes sommes.
Le 28 août, M. Humiecki fut élu maréchal du Rokotz ; il eut ainsi toute l'autorité du maréchal de la Diète: Le Grand-Chambellan s'était réservé seulement le droit de présenter au prince deConti le diplôme ou procès-verbal de son élection.
Le Grand-Trésorier de la couronne et le Palatin de Cracovie avaient, comme Sapieha, refusé la charge de généralissime, disant que, sans argent, il n'y avait pas d'armée possible. Il